I. Marmontel, Mémoires, livre
Les nouveaux nobles. — Ces impositions, qui terrassent les paysans, « maintenus par la barbarie féodale dans un engourdissement mortel ^ », n'empêchent pas les seigneurs campagnards de s'endetter ; la plupart sont des nobles ruinés.
Pour la noblesse de cour et la noblesse ecclésiastique, aristocraties de l'aristocratie, leur prodigalité et leur négligence ont le plus souvent raison de l'immensité de leurs revenus. Le prince de Guémenée fait une faillite de 35 millions. Le duc d'Orléans laisse un actif de 114 millions et 74 millions de dettes.
Que l'argent roule et passe des nobles « qui tiennent à honneur à vivre noblement », aux fermiers généraux et aux financiers, aux « nouveaux riches », qui ont d'ailleurs hâte de sortir de la roture et qui n'ont à aucune époque acquis plus facilement la noblesse qu'à la veille de la Révolution 3, il n'y a pas grand mal.
Mais le scandale qui fait monter le flot des colères, c'est que ce roturier, qui doit à sa richesse, bien ou mal acquise, ses titres de noblesse, participe aussitôt aux privilèges de sa nouvelle classe et se trouve exempt de la participation dans les dépenses publiques. « Il suffit d'être riche pour devenir noble et de devenir noble pour cesser de payer *. »
Les inégalités fiscales. — De toutes les inégalités, c'est celle de l'impôt qui offense et irrite le plus. Au surplus, qu'elle soit en haut ou qu'elle soit en bas, elle est, entre toutes, pernicieuse.
Le privilège fiscal des riches, noblesse et clergé, qui fait peser l'impôt sur les classes laborieuses, non seulement arrête le développement de la fortune publique, mais crée la misère.
C'est surtout de cette misère, œuvre affreuse de l'inégalité, que va sortir la Révolution.
D'autre part, le privilège fiscal des moins fortunés conduirait vite les démocraties à la démagogie césarienne :
<i Le pain et les jeux de cirque. »
Pour les hommes de la Révolution, «contribuable» et «citoyen» seront si bien des mot-^ synonymes que Robespierre, à une motion d'exemption de l'impôt pour les classes nécessiteuses, opposera la question préalable.
<i La motion, dira le terrible conventionnel, est humiliante pour le peuple en ce qu'elle le priverait d'apporter son obole à la patrie et laisserait au riche le