‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 273 sur 725 · A I-J72. U ENCYCLOPÉDIE · texte numérisé non relu

A I-J72. U ENCYCLOPÉDIE

car la science est une comme la nature.

D'AIembert, déjà illustre comme géomètre, entré à vingt-trois ans à l'Académie des sciences, prit la direction de la partie mathématique et écrivit la préface.

Le Discours préliminaire, d'une élégance simple, courageux sans témérité, sagace sans proton d e u r , vigoureux sans éloquence, lumineux sans éclairs, fut reçu par un bruyant applaudisse ment qui s'étendit à toute l'Europe et d écida du

de Condillac, qui développe des théories communistes ; Quesnay, le physiocrate, médecin de Louis XV, fondateur de l'école économique ; l'abbé MoreUet, autre économiste ; le hardi moraliste Duclos ; le président de Brosses ; l'infatigable chevalier de Jaucourt, et cent

L'EneycIo pédie. — Tout ce qui compte dans le siècle a répondu à l'appel. D'abord, la phalange, la garde : \'oltaire; Montesquieu.

qui donne l'admirable article sur le goût ; Buffon et Dauben ton pour l'histoire naturelle ; Rousseau pour la

musique ; Marmontel ' pour la littérature;Turgot pourl'administrat ion et l'économie politique. frontispice de

v;^„* ^.?ci<itc> '-•'' Vérité sort de son ttu.ple ; elle V leni ensuite l Encyclopédie qui la dc^n^a de ses le gros de les Ans l'acclament et lui

l'armée :Hel-

vétius, le futur auteur des livres de V Esprit ci àt V Homme, ancêtre du positivisme, qui proclame « que la morale doit être traitée comme une physique expérimentale »; le baron d'Holbach, le futur auteur du Système de la nature ; ral)bé Kaynal qui écrira l'Histoire philosophique des Indes; l'abbé Mably, frère

I. Jîomancicr à la mode (les Incas, Bélisaire), auteur tlo charmants mémoires.

autres , sa - \ ants, artistes, industiiels, avocats, simples

ouvriers (pour la technique des métiers), histoiiens, géographes, grandes dames et coutuiières (pour leb modes), et.

pour la métaphysique orthodoxe et la t itologie, les ai)bés Bernier, Yvon et Mdllet,aumônitrs de l'arnue des philosophes.

Désormais, il y a un parti encyclo- ]) diste, un parti organisé, disci l)liné, docile ui mot d'or- ('u, ardent 1 la lutte, bientôt, lui aussi, exclu bif et violent.

Bataille pour l'Encyclopédie . — L-E.NcvcLOPEDiE Pardeuxfois,

n oppose qu une faible résistance à . , i- .•

voiles. Les Sciences, les Lettœs et tapuDllCatlon

présentent des offran.les. du Diciion-

(D'après une gravure de Cochin ) „^,y^ ^^-^^^^

né est suspendue, d'abord à la requête des Jésuites, puis à celle du Parlement à « cause du tort irréparable qui résulte d'un tel ouvrage pour les mœurs et pour la religion », et Diderot est envoyé à Vincennes.

D'AIembert se lasse, Rousseau déseite.

Mais Diderot tient bon, promet « d'être sage » et remet en marche la grande machine qui doit faire triompher la raison. Il est appuyé ouvertement par la

ass

MOMESOUIEU.

i6Sq A 1755.

faveur des salons et par l'opinion, en secret par Richelieu, Choiseul, Bemis, Malesherbes, directeur de l'imprimerie, par Mme de Pompadour elle-même, dont Voltaire a dit galamment : « Elle est des nôtres. »

Il s'est juré d'achever l'entreprise, et de l'achever en France, bien que le roi de Prusse et l'impératrice de Russie l'invitent à la transf)orter chez eux, et la victoire lui reste. Le dernier volume paraît en 1772.

L'esprit encyclr.pédiqae. — Le répertoire termine, la bataille reprendra en ordre dispersé, avec les chevronnés de l'Encyclopédie et d'audacieu.x nouveaux venus, le moraliste Charafort, le romancier Choderlos de Laclos, auteur d'un terrible réquisitoire contre la société {les Liaisons dangereuses), l'avocat Linguet, Rivarol, et la troupe, d'année en année plus nombreuse, des journalistes.

Moniunent plus vaste que grand, chef-d'œuvre avorté, Babel vite écroulée, que n'a-t-on dit de l'Encyclopédie?

Diderot, d'.AJembert eux-mêmes ont reconnu la valeur très inégale des articles fournis par tant de collaborate urs.les faiblesses et les lacunes de l'œuvre. L'édiîîce est précaire, mais l'esprit encyclopédique a survécu dans le rationalisme, qui est à la fois un doute systématique et universel et la limitation de la croyance aux vérités établies par les faits et par l'expérience.

Les constructeurs. — Evidemment, l'Encyclopédie a été surtout une entreprise de destruction. Cependant les philo-, sophes n'ont pas limité leur ambition à réduire l'autorité de la tradition et de la coutume. Beaucoup sont des constructeurs.

De fait, les hommes de lettres sont devenus les principaux hommes politiques du pays *. Les matières du gouvernement sont le fonds commun de tous leurs écrits, depuis le traité doctrinal jusqu'à la chanson. Quelque variés que soient les s^'stèmes, tous pensent qu'il faut asseoir la société nouvelle sur « des règles simples et élémentaires, puisées dans la loi naturelle et dans la raison 0.

Aussi bien l'Encyclopédie, pour grande qu'ait été sa place dans le siècle, n'est pas tout le siècle. Montesquieu ne l'a pas plus attendue pour retrouver les titres égarés du genre humain * que Bufïon pour renouveler les sciences naturelles ; Rousseau n'est entré dans le « parti » que pour

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