L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES
(en deux ans, près de 700 millions) pour donner l'illusion de la prospérité financière, en préparant gaîment la banqueroute.
Calonne, en attendant, a pu contenter tout le monde, le roi par la multiplication des acquêts au comptant pour ses largesses particulières, la reine par l'achat de Saint-Cloud, les frères du roi par le paiement de leurs dettes, les seigneurs obérés par le rachat à prix fort de leurs domaines, la cour par l'augmentation des pensions et des donations, les fermiers par le rétablissement des croupes, les banquiers par la fréquence des emprunts, et, aussi, de nombreux corps d'ouvriers et leurs employeurs par une vaste et fastueuse entreprise de travaux publics : la création du port de Cherbourg, les canaux du Languedoc, de Bourgogne, du Rhône et du Rhin.
Necker, le marquis de Mirabeau (le vieux physiocrate qui s'appelle lui-même Y Ami des hommes), avertirent en vain des conséquences inévitables d'un tel gaspillage et d'une manutention si folle des finances.
Le déficit. — Calonne, quand la nécessité s'imposa de révéler le déficit qui s'élevait à 140 millions par an et le chiffre des récents emprunts qui dépassait un milliard et demi, imagina de muer le ministre des abus qu'il avait été en réformateur radical.
Le plan d'amélioration des finances qu'il porta à Louis XVI comprenait des économies sur tous les départements et sur la maison du roi ; en remplacement de la corvée en nature, de la gabelle et des vingtièmes, un impôt général sur tous les biens fonciers sans aucune exception, donc sur ceux de la noblesse, du clergé et du roi lui-même ; enfin, par le triple jeu d'assemblées de paroisse, de district et de province, nommées par le roi, « une forme de délibération nationale ».
Louis XVI se contenta d'observer que «c'était du Necker tout pur».
Comme Calonne ne doutait pas qu'un tel remaniement serait rejeté par le Parlement, il proposa de le soumettre aune •assemblée de notables, « chose dont il n'y avait pas eu d'exemple » depuis Louis XIII, ce qui fut accepté par le roi.
L'Assemblée des notables. — La convocation des notables paraît avoir été suggérée h Calonne par l'homme qui va bientôt remplir le monde des éclairs et du tonnerre de son génie, Gabriel de Mirabeau, fils de Mirabeaul'ancien, et luimême déjà fameux pour sa jeunesse
tourmentée (enlèvement de la marquise de Monnier, trois années de captivité au donjon de Vincennes, procès contre sa femme), et par une cohue de publications de fautes sortes, politiques, économiques, licencieuses, d'où ont
surnagé des pamphlets Ma?inrae vïgéeïebrun!
d'une orageuse rhéto- c/tàreau de /■niidsor). rique, sur le Despotisme, les Lettres de cachet, la Monarchie prussienne, V Agiotage.
Mirabeau avait été employé par Calonne à travailler l'opinion aux premiers temps de son ministère. Il lui demanda d'être nommé secrétaire de l'assemblée des notables. Econduit, il se jeta aussitôt dans l'opposition : « Si je suis bon à prendre, je ne suis pas bon à laisser. »
La convocation des notables ne fut pour Calonne qu'un expédient ; il n'était occupé, dira Mirabeau, « que d'échapper à la difficulté du moment et de trouver les moyens d'être ministre demain, sans savoir comment il le serait dans huit jours ».
Chute de Calonne. — L'expédient des notables ne servit qu'à hâter la chute du contrôleur général.
Choisis par le Gouvernement et presque exclusivement dans les hautes classes (140 princes du sang, ducs et pairs, maréchaux, archevêques et évêques, conseillers d'Etat, naagistrats, contre sept officiers municipaux^, les notables, réunis à Versailles (du 22 février au 25 mai 1787), ne se refusèrent pas moins vivement que n'eussent fait les parlementaires à se dépouiller de leurs privilèges et « à faire taire », comme leur avait demandé le roi à la séance d'ouverture,* les intérêts particuliers devant l'intérêt général ».
Calonne eut beau faire entendre « dans un langage magnifique » ', des vérités qu'il déclarait lui-même « inébranlables » : (I Que dans la proscription des abus réside le seul moyen de subvenir aux besoins de l'Etat ; que le plus grand des abus serait de n'attatiuer que les petits ; que la contribution aux charges de l'Etat est la charge commune de tous ; que toute préférence envers l'un est une injustice envers l'autre ; que les ecclésiastiques doivent l'exemple, ayant été enrichis par