CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX
(1 les lois constitutionnelles de la monar- — Comme les officiers déclaraient que
chie », y comprenait Finamovibilité des- la troupe n'était plus sûxe, « qu'il était
magistrats et le droit des cours de impossible de compter sur elle * », le roi
vérifier dans chaque province la volonté céda. Un édit du 8 août convoqua les
du roi. Etats pour le i'''' mai i/Si).
Brienne fit arrêter d'Eprémesnil en Brieune démissionna et Necker fut
plein Parlement, puis enregistrer les rappelé.
édits dans un nouveau lit de justice. La Second ministère de Necker. — Il
compétence judiciaire des principaux n'y avait plus qu'à marcher droit à la
Parlements était transportée à des tri- consultation nationale. Necker, vieilli,
bunaux d'appel, sous le nom de Grands dépassé déjà par la grandeur des événe-
Baillages, et les attributions publiques ments, n'avança qu'en hésitant, du Parlement de Paris à une cour plé- Le doublement du Tiers. — Ainsi
nière composée de princes, de grands il imagina de convoquer à nouveau les
dignitaires ecclésiastiques, militaires et notables pour avoir leur avis sur le
civils, et de quelques magistrats. doublement du Tiers. C'était le moins
Les États du Dauphiné. — Les Par- que la représentation de la nation ne fût
lements nonçaient seulement dans un intérêt de caste aux pouvoirs qu'ils avaientsi longtemps revendiqués ; mais, comme il était manifeste que le roi cherchait à écarter la réunion des Etats généraux,lecoup de Brienne n'eut d'autre résultat que d'étendre à tout le pays l'agitation pa
pas trop gros sièrement faussée: 2 5millions de roturiers contre 300 000 no blés, anoblis (les parlementaires,noblesse de robe) et ecclésias ti ques. Les notables, en tête ^ 1 e comte d'Artois et les Condé, se déclarèrent hostiles « au nouveau sys-
Au.\ acclamations du peuple, l.i France ramène Necker à Louis XVl, tan- tèmC ».
dis que s'enfuit le serpei.t de la calomnie. t „<, Parlp
(D'après une gravure allégorique du temps fBil>L A'at. Est.). ^^^ iraiic
ments, qui risienne. La noblesse et le clergé se étaient rentrés en triomphe, demanprononccrent pour les parlementaires et dèrent, eux aussi, le retour pur et simse joignirent au Tiers pour exiger, avec pie aux formes de 1614 et, du coup, perle rappel des édits, la convocation des dirent une popularité imméritée. Aussi
LK R.Vl'HEL DE NKC:K.ER
bien n'avaient-ils jamais été aimés que contre quelqu'un, Brienne ou Maupeou, Mazarin ou Concini.
Necker passa outre {2 7 déocmbre 1 788.)
Il régla ensuite le mode de votation :
uffrage direct pour le clergé et la noblesse
Etats
Le Dauphiné prit la tête du mouvement.
Après une jouniée d'émeute à Grenoble {la Joiirnce des Tuiles), les Etats provinciaux se réunirent à Vizille, à l'ancien château des Lesdiguières qui (les femmes, filles, veuves et mineurs appartenait à deux grands industriels, votant par procureur noble) ; pour le les frères Perier (21 juiDet 178K), Ils y Tiers, suffrage, tantôt à deux, tantôt à rédigèrent le programme qui allait deve- trois degrés, avec prédominance des nir celui du parti « national » : plus de ruraux contre les gens des villes et, à la jjrivilèges fiscaux ; point d'inipût sinon base, tous les citf)yens, âgés de vingtvoté par les Etats généraux ; élection cinq ans, payant une capitation de immédiate; vote, non par ordre, mais 6 livres.
l)ar tète ; doublement du Tiers (c'est-à- La veille des Etats généraux. — Un
dire que le Tiers Etat aura autant de tel changement dans la direction des députés que la noblesse et le clergé reunis). i. Lettre du marèch^il de Vaux au ministre
Convocation des États généraux, de la Guerre.
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LK PARTI-XATIONAL. — lySg.
affaires publiques, l'inuiiense attente d'une Assemblée qui rétablira la prospérité et fondera un monde nouveau de justice, d'égalité et de liberté, ne pouvaient pas aller sans des troubles. Il y en eut à ''ans (pillage de la fabrique Réveillon, au faubourg Saint- Antoine) et dans presque toutes les provinces.
La récolte avait manqué : le pain, là Oîi il y avait du pain, était à quatre sous la Tivre ; l'hiver de i jSS- 1 78g fut très dur. La disette et le froid accrurent cruellement une misère qui était depuis longtemps effroyable. Les documents officiels donnent pour Paris un sixième d'indigents : à Lyon so 000 ouvriers vivent de la charité publique, les deux tiers de la population à Rennes. Dans les campagnes, « il faut voir de près la misère pour s'en faire une idée » ; « le spectacle en est déchirant » ; on vit « de pain d'orge ou d'avoine, de son mouillé », ou «l'on est réduit aux aliments des bêtes » ; « des familles entières passent deux jours sans manger ' ».
Les émeutes. — Quoi d'étonnant si des fuieurs de détresse éclatent, à la dernière heure, — la plus longue — chez ce peuple, qui, depuis des siècles, supporte le poids de l'impôt, vit de privations, « est asservi sur la terre malheureuse »! II y a donc des émeutes * par tout le royaume ; les 's affamé? », les « désespérés », se répandent sur les routes, et il se mêle fatalement à ces troupeaux pitoyables des bandes de vagabonds et de brigands professionnels.
•f D'où sortent-ils? Etrangers de tous pays, armés de grands bâtons, déguenillés, les uns presque nus, les autres bizarrement vêtus, affreux à voir 2 ».
Le gouvernement ne chercha pas à réprimer ; d'ailleurs, il y eût été impuissant, avec sa police et sa gendarmerie qui se dissolvaient et l'armée qui était de cœur avec le peuple.
Le Parti National. — Nécessairement, la lourde noblesse provinciale, presque toute la noblesse ecclésiastique et les anciens parlementaires s'effrayent de ces désordres et les exploitent contre le parti des réformes avec une imprudente violence de paroles
Au contraire, une importante partie de la noblesse des salons * fait confiance aux temps qui s'aimoncent ; et,
1. Rapports des intendants. — Voir Tai.ve, t. I> P- 43a et suiv.
2. Taise, d'après Marmontel, Hézenval, Mme Vigée-Lebrun, Young, etc.
3. Il y aura 90 et quelques « libéraux » sur les 2j5 députés de la noblesse.
pareillement, une partie du clergé, les «intellectuels», et presque tout le clergé de campagne, les curés « patriotes '». A%-ant qu'il fût tombé aux Tencin et aux Rohan, de graves avertissements étaient venus de l'épiscopat. Ce n'est pas Voltaire ou Rousseau, c'est Bossuet qui a dit ; <i 11 n'est pas possible que de si grands maux qui sont capables d'abîmer l'Etat soient sans remède ; autrement, tout serait perdu sans ressource. »
Rien n'est perdu que ce qui mérite de périr ; le remède, c'est la nation qui va être appelée à se gouverner elle-même. ■
Aussi le parti « national » qui a pris la tête du mouvement pour les Etats généraux et veut avant tout l'abolition de l'arbitraire et des privilèges et une constitution, ne se recrute-t-il pas seulement dans le Tiers, parmi les philosophes, les savants, les avocats, les médecins, mais encore parmi les grands seigneurs éclairés, surtout parmi les jeunes, qui se sont battus en Amérique et sont épris de liberté «à l'anglaise».
On y voit les Luynes et les Noailles, les Laliy-ToUendal et les Lameth, les La Rochefoucauld et les La Fayette voisiner avec les Condorcet et les Barnave, les Bailly et les Roederer, les Brissot et les Danton, les Volney et les Desmoulins. Le duc d'Orléans en est. Il y a trois ecclésiastiques, Talleyrand, Sieyès, Louis, dans le comité directeur des Trente.
La brochure de Sieyès. — « La formule victorieuse » de 89, c'est l'abbé Sieyès qui la donne dans une brochure d'un immense retentissement: «Qu'est-ce que le Tiers Etat ? — Tout. — Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique ? — ■ Rien. — Que demande-t-il ? — A y devenir quelque chose. »
Mirabeau en Provence. — La « campagne électorale » qui résume, domine tout, c'est celle du comte de Mirabeau, rejeté par la noblesse de Provence, acclamé par le Tiers, à Aix, à Marseille.
Son éloquence, c'est de la raison tonnante. II sera, de beaucoup, l'orateur le plus puissant entre tant d'hommes — volontiers on dirait déjà : trop d'hommes qui vont illustrer la tribune et qui, trop aisément, quand ils auront parlé, croiront avoir agi (Barnave, Pétion, Volney, Robespierre, Merlin, Tronchet, Lameth, Maury, Ca?alcs).
Les Cahiers. — En même temps que les ordres élisaient leurs i 165 députés, ils rédigeaient les Crhiers, selon la tradi-
4. Sur 300 députés du clergé, il y aura plus de 200 curés n patriotes » et évêques « libéraux. »
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