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LE PROCÈS DE LA RÉVOLUTION

se''ùait-il pas s^ élever son cœur, son esprit, son lang 'ge ? Et, comme voisins, nous {les Allemands) fûmes les premiers enflammés d'ardeur.

« A lors la guerre commença et les Fran-

ébranle la terre. Quelque chose de semblable s'était déjà vu aux Croisades.

Ce fut bien un dessein arrêté, prémédité, de combattre pour l'affranchissement de tout le vieux monde. Orateurs,

écrivains, soldats, tous proclament que çais en armes s' approchèrent ; muis c'est leur tâche supérieure. Il y a de la semblaient n'apporter que V amitié. Et ils rhétorique dans leurs propos ; leur con- l'apportèrent, en effet, car ils avaient tous viction n'en est pas moins profonde. Ils l'âme exaltée ; ils plantaient gaiement les sont partis en guerre contre toutes les gais arbres de la liberté ; ils prcnnettaient survivances, étrangères ou françaises, à chacun son droit, à chacun son gouverdu moyen âge. Quand bien même les nement propre. Les jeunes gens, les vieilpeuples, stupéfiés par le despotisme et lards se félicitaient, et la danse joyeuse

par la superstition, préfèrei chaînes », ils les en délivrent. Eux, ils savent mieux.

Et ce n'est pas encore assez de débarrasser les ennemis d'hier du régime ^ féodal et de leur appor- \ ter les lois justes, tolé- |.

rantes, de la République.

Ils les mettront, contre l'intérêt français lui même, sur les voies dr l'unité. Ils aiment et j.

croient aimés. Il n'y a pas une parole dans l'histoire qui sorte d'un cœur plus profond que le cri de la Marseillaise : « Les peuples sont pour nous des frères ! »

La Révolution jugée par Goethe. — Cela fut compris, dés les premières

CHANT DU DHl'.iRT, l'AR RLDE journées radieuses de la surnommé : Z-a Marseillaise de pierre

nça autour des nouveaux étendard; Ainsi les Français entraînants gagnèrent d'abord les esprits des hommes par leur ardente et courageuse conduite, puis le cœur des femmes par leur grâce irrésistible. Même nous trouvâmes léger le fardeau de la guerre qui exige de si grands sacrifices. Une espérance lointaine planait devant nos \ eux ; elle attirait nos regards séduits dans de nouvelles carrières. Il est beau le ternis où, avec ■ on amie, le fiancé prend essor à la danse, en attendant le jour de l'union souhaitée ; mais il était plus magnifique le temps où le premier des biens que l'homme puisse rêver nous sembla proche et

Révolution, par tout ce ,Vf P'f .^-'" ""^ hauts-'eiiefe qui ornent accessible ! Toutes les

,., fl j i-i "Arc de rnomphe. fCl. HacluHe.) , ., • ^ j.,..

qu il y avait de noble • langues étaient déliées ;

dans l'humanité. C'est Gœthe, le plus vieillards, hotnmes faits, jeunes gens ex-

grîmd des Allemands, qui parle par la primaient hautement des pensées et des

bouche du juge de Hermann et Dorothée : sentiments sublimes. »

« Qui peut nier que son cœur ne se soit La Révolution n'a jamais été évoquée

épanoui, qu'il ne l'ait senti battre plus dans plus de vérité et avec plus d'émotion.

librement dans sa poitrine, aux premiers Le procès de la Révolution. — Depuis

rayons du nouveau soleil, lorsqu' cm entendit l'anglois Burke et le savoisien Joseph de

parler du droit commun à tous les hommes, Maistre jusqu'à leurs plus récents descen-

de la liberté qui exalte les âmes et de la dants, il a été institué un procès de la

précieuse égalité? Alors chacun espéra Révolution, non seulement pour ses

tnvre desa propre vie ; elle sembla se briser, fautes et pour ses crimes qui sont évi-

la chaîne soûs laquelle tant de nations sem- dents, mais pour son esprit même, esprit

blaiettt asservies et que l'égoisme et Voisi- du mal, selon les uns, esprit d'utopie,

vetê tenaient dans kurs mains. Dans les selon les autres.

jours tumultueux, tous les peuples n'avaient- On est désarmé contre qui tient pour

ils pas les yeux fixés sur la capitale da assuré que l'ignorance est un bien, l'arbre

monde, qui l'avait été si longtemps, et qui de la science un arbre empoisonné, le

méritxit maintenant plus que jamais ce génie de la Lumière et de la Liberté un

i'tre magnifique .^ Les noms de ces hommes, ange rebelle. Par contre, ce sont les

les premiers porteurs du message, n'étaient- faits qui répondent aux hommes de peu

ils point pareils aux plus grands noms de foi pour qui tout progrès, qu'il soit

qui soient parmi les astres? Chacun ne politique ou social ou scientifique, est une

L'AXCIEX RÉ'IME ET LA KliVOLVTIOX.

utopie. Le mouvement se prouve en marchant, la force utilisable de la vapeur (inutilisée pendant quarante siècles) par les bateaux à roue et les cliemins de fer. Pareillement les principes directeurs de la Révolution, comparés par ses ennemis à des feux follets trompeurs, sont deveiius les phares des libres démocraties et de la civilisation elle-même. Ils sont restés aussi lumineux que dans la première nuit où ils brillèrent. Ils n'ont rien perdu de leur vertu qui, bien au contraire, s"est fortifiée à travers les orageuses épreuves. Leur vérité est devenue si manifeste que les détracteurs de la Révolution n'en voudraient pas perdre le bénéfice et, eux-mêmes, au besoin, s'en réclament.

Deux politiques. — L'ancien régime reposait tout entier sur le dogme de l'autorité royale.

« Dieu établit les rois comme ses ministres et règne par eux sur les peuples. C'est par eux qu'il exerce son empire. La personne du roi est sacrée ; attenter sur elle, c'est un sacrilège. On doit obéir au prince par principe de religion et de conscience. Le service de Dieu et le respect pour les rois sont choses unies. C'est l'esprit du christianisme de faire respecter les rois avec une espèce de religion, que Tertullien appelle très bien « la religion de la seconde majesté ». L'autorité royale est absolue. Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu'il ordonne. Sans cette autorité absolue, il ne peut ni faire le bien, ni réprimer le mal. Quand le prince a jugé, il n'y a pas d'autre jugement. Les jugements souverains sont attribués à Dieu même. Au prince seul appartient le commandement légitime ; à lui seul appartient aussi la force coactive (puissance pour contraindre à exécuter ce qui est ordonné légitimement). L'autorité royale doit être invincible. ») Evidemment, le prince se doit à lui-même d'être bon, juste, humain, « ferme contre son propre conseil et ses favoris lorsqu'ils veulent le faire servir à leurs intérêts particuliers » ; il doit * craindre Dieu », <■ savoir la loi, les affaires », « connaître les hommes » ; * il doit se connaître lui-même » ; « il doit aimer la vérité, écouter et s'informer, pimir les faux rapports, s'accoutumer à se résoudre par soi-même ». Cependant « il faut obéir au prince comme à la justice même, sans quoi il n'y a point d'ordre ni de fin dans les affaires ». « Celui qui ne veut pas obéir au prince n'est pas renvoyé à un autre tribunal, mais il est condamné irrémissiblement à mort, comme

l'ennemi du repos public et de la société humaine. » Et, sans doute, « le prince se peut redresser lui-même, quand il reconnaît qu'il a mal fait ; mais, contre son autorité, il ne peut y avoir de n mcdc que dans son autorité ' >/. Voilà la p. litiqne tirée de V Ecriture.

Or, désormais, *oute la puissance est dans le peuple ; il ne doit obéissance qu'à ses propres luis ; la nation se gouverne elle-même ; plus de sujets : des citoyens ; la liberté de chacun n'est limitée que par la liberté d'autrui ; la conscience est libre, la pensée est libre, le travail est libre ; les charges et les garanties sont égales pour tous ; tous sont admissibles aux emplois ; i! n'y a plus de justices audessus de la justice, de droits au-dessus du droit. C'est autour de ces vérités que gravite le monde d'aujourd'hui. Il y aura toujours de mauvais gouvernements à côté des bons ; le peuple, investi du suffrage, a désormais le pouvoir de choisir ses gouvernements ; un simple carré de papier y suffit : il se fait à lui-même ses destinées.

Les violences de la Révolution. — Un pareil changement dans l'Etat et dans la Société ne pouvait pas se réaliser sans de violentes secousses. La nature n'a point passé d'une époque à une autre sans de terribles bouleversements. On ne saurait davantage chercher à justifier les crimes de la Révolution qu'on ne propose à l'admiration une éruption volcanique.

Ce serait méconnaître jusqu'au blasphème l'esprit même de la Révolution que de prétendre imposer silence à la conscience devant ses fureurs. Il y a eu des scélérats dans le camp de la Révolution comme il y a eu des hommes de bien dans le camp opposé.

Pour ses chefs les plus illustres, ils furent très loin, à la différence de Richelieu, d'avoir toujours le dessein de tout ce qu'ils firent ; ils furent le plus souvent emportés par dei éléments plus forts que leur volonté. Quelques-uns, qui essayèrent de résister à la tourmente, furent aussitôt brisés. Ceux qui ne l'essayèrent pas le furent aussi, un peu plus tard. Mais ils étaient si ardemment patriotes et à ce point épris du bien public qu'ils avaient sacrifié d'avance leur mémoire avec leur vie.

La Révolution limitée. — On a soutenu que la Révolution aurait dû s'arrêter après avoir supprimé les privilèges, remis la bourse des contribuables aux mains de

I. BossuET, Politique tirée de l'Ecriture sainte, livre III, t. IV, V, passitn.

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