‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 308 sur 725 · RÉUNION DES ÉTATS GÉNERAU X · texte numérisé non relu

RÉUNION DES ÉTATS GÉNERAU X

leurs représentants et imposé au gouvernement un contrôle efficace et régulier.

Comment Teût-elle pu ?

« Ces réfomies limitées », « ces transfgrmations graduelles ^ », il eût fallu d'abord que les privilégiés et le roi les consentissent en toute loyauté, sans se les faire arracher et sans esprit de retour. Il n'en fut rien. L'ancien régime, sauf de nobles exceptions, ne cessa point d'opposer une résistance, brutale ou sournoise, à l'ordre nouveau. La longue bataille ne fut point livrée contre un ennemi imaginaire. y

Il y eut tout 1: temps luie armée ennemie en campagne. Le droit ne put être fondé que par la force. « Vivre libre ou mourir » ne fut pas de la rhétorique.

La nécessité de créer une légalité nouvelle, quelque chose d'entièrement nouveau, apparut du premier jour. Sous l'ancien régime, il n'y avait exactement d'autre Constitution et d'autre légalité, depuis les Etats généraux de 1614, que

le (' bon plaisir ». Avec l'abolition des Etats généraux pendant deux siècles, la possibilité d'une transition avait disparu. Fouillez, remuez le vieux sol : vous n'y trouverez aucune charte, pas un chiffon de papier. On ne rapièce, on '\e réforme que ce qui existe.

Cela est si vrai que l'acte de convocation des Etats généraux atteste luimême qu'il n'y avait rien. Le roi invitait ses sujets « à établir un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement », « une manière fixe et constante de gouverner ».

Le peuple. — Aussi bien la Révolution est-elle inintelligible si l'on ne reconnaît pas d'abord que son principal acteur, son <i héros », c'est le peuple lui-même. La nation y tient la place du destin dans la tragédie antique. C'est l'étude approfondie de la Révolution qui conduira Auguste Comte à la découverte de la vérité qui domine l'histoire : « Les hommes s'agitent et l'humanité les mène. »

L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

Réunion des États généraux^ — L'ou- ^verture des Etats généraux à 'Versailles avait été fixée au 5 mai. La veille, les douze cents députés accompagnèrent en procession le roi et la reine, de l'église Notre-Dame à l'église Saint-Louis, pour v entendre la messe du Saint-Esprit.

Une foule immense emplissait les rues, nombre de curieux étaient venus de Paris. Ce fut un jour de fête, de joyeuse confiance, sous un beau soleil.

Mais déjà on apercevait les signes de l'incompréhension où étaient le roi et la cour des temps nouveaux et des grands changements dans les esprits et dans les choses. Le protocole, les costumes, les séparations de rang des Etats de 1614 ont été strictement maintenus dans la procession et aux églises.

Le lendemain, à la première séance, quand le roi, s'étant placé sur le trône, eut mis son chapeau, le Tiers se couvrit en même temps que la noblesse et le clergé alors que, selon l'étiquette, il eût dû se tenir découvert ; sur quoi le roi, plutôt que d'accepter cette insolence, aima mieux retirer sa coiffure.

Son discours traita des besoins d'argent du royaume et de la réforme des impôts, comme si les Etats avaient été convoqués seulement pour le vote des subsides. Pas un mot de la Constitution, de la liberté attendue, de la suppression des privilèges. Si le roi a accordé le dou-

Page 1