XII^ ET XIII^ SIÈCLES. — GUERRES CONTRE LES ANGLAIS
Ce fut le cas d'Eléonore d'Aquitaine.
Ayant accompagné le roi à la deuxième Croisade, elle le prit en haine, tandis qu'il la suspectait d'infidélité et lui reprochait de n'avoir pas encore donné d'héritier mâle àla dynastie. Au retour, elle demanda le divorce sous prétexte de parenté.
Le roi ayant consenti et le divorce ayant été prononcé par une réunion d'ecclésiastiques, elle reprit ses terres et les porta en dot à Henri Plantagenet, petit-fils de GuiUaume le Conquérant par sa mère Mathilde. Henri possédait déjà le comté d'Anjou, le duché de Normandie, la Touraine et le Maine. Ce plus riche feudataire de France devint roi d'Angletetre à la mort de son cousin Etienne de Blois.
Vers la fin du xn« siècle, le roi d'Angleterre tenait donc en fief près de la moitié de la France d'aujourd'hui. Une femme orgueilleuse, violente, dévergondée, portait successivement la prépondérance de l'Occident au roi de France et au roi d'Angleterre.
' Il paraît aujourd'hui monstrueux que cfes peuples aient pu passer, dans une succession ou dans une dot, d'un pays à un autre, et se trouver, d'un jour à l'autre, sans leur assentiment, français ou anglais, espagnols ou allemands, selon la volonté d'un testateur ou selon le caprice d'une femme. Les hommes du moven âge ne s'étonnaient même pas de la loi qui faisait d'eux une propriété familiale.
Suger. — Pendant la deuxième Croisade, le royaume fut très sagement administré par Suger, abbé de Saint-Denis et ancien précepteur de Louis VH, moine malingre, subtil et éloquent. Le roi et le peuple lui décernèrent le titre de père de la patrie.
S'il eût vécu, il aurait sans doute empêché le fatal divorce, cause immédiate de la formation du royaume angevin et cause lointaine de la guerre de Cent Ans.
Philippe Auguste'. — Bien que le domaine royal eût cessé de progresser sous Louis \II, la royauté s'était fortifiée, ce qui n'était pas moins important, dans ses rapports avec la grande comme •avec la petite féodalité. La marche ascendante reprit sous Philippe Auguste.
Ce fut un très grand règne ; la royauté devint décidément maîtresse de la France. Victorieuse daivs ses guerres contre les Plantagenet, les comtes de Flandres et l'empereur, la l'rance passa au premier plan de l'EuDpe.