‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 326 sur 725 · CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE

L'Eglise était-elle propriétaire de ses secours d'une loi agraire, cette division

biens? de la propriété qui sera l'une des graudes

Selon Louis XIV, c'était le roi : « Il forces de la France nouvelle.

était le seigneur absolu de tous les biens tant des séculiers que des ecclésiastiques pour en user comme sages économies, c'est-à-dire selon les besoins de l'Etat. » La nation prenait la place du roi : donc, selon Talleyrand, Mirabeau, l'abbé Grégoire, elle devenait maîtresse des biens qui n'avaient pas été donnés aux prêtres.

Notre petite propriété date des biens nationaux, et, des assignats de la Révolution, le paysan de l'époque contemporaine.

Constitution civile du cJergé. — L'abolition des vœux monastiques, le refus de déclarer le catholicisme religion d'Etat, l'admission des protestants à

mais au culte qu'elle prenait désormais tous les emplois et des juifs au nombre

à sa charge. des citoyens, excitèrent seulement des

Le clergé avait renoncé aux dîmes ; réclamations et quelques énreutes. La

il offrit (par l'évcque Boisgelin) un don constitution civile du clergé fut le signal

de 400 millions, sans contre-partie. Il fût de la contre-révolution,

resté ainsi en dehors de l'Etat, selon la La loi du r7 juin 1790, qui supprima

Série 475"

Assignat

formule de l'abbé Maury : « Nous existons sans l'Etat ') ; et, de bénéficiaire qu'il était sous l'ancien régime, il fût devenu propriétaire du reste de ses biens sous le nouveau.

Les assignats.

— Les biens ecclésiastiques, dont la vente était difficile, servirent de gage à une émission considérable de papier - monnaie, 400 millions de bons ou assignais à qui l'Assemblée ne tarda pas à donner le cours forcé de la monnaie.

L'assignat évoquait le souvenir de Law ; mais comme il représentait sa valeur en biens nationaux, — biens cer-

VN A.SSICN.VT Pai>ier-Bionnaie dont la valeur était assigi

les chapitres, diminua le nombre des évéques, donna leur nomination aux électeiu"s et fixa le traitement des membres du clergé, réduisant le revenu des prélats et augmentant celui des curés, ne touchait ni au dogme ni au culte.

Les limites diocésainesétaient une opération matérielle, qui n'avait rien de religieux ; les adversaires les plus véhéments de la Constitution civile conviennent que les diocèses étaient inégaux jusqu'à l'absurde et que les évéques y résidaient trop rarement ; les évéques des premiers siècles avaient été élus par

lie sur les biens na (BAI. Nat., Est.)

tains et proches au lien des champs les fidèles,

hypothétiques du Mississipi, — il s'accli- Par contre, il n'appartenait pas à une

mata vite, malgré que l'Eglise fulminât assemblée de laïcs de dénouer le lien qui

en chaire confie quiconque achèterait les rattachait au pape l'cvèque, et, avec

immeubles dont elle était dépossédée, l'cvèque, son clergé, et de ramener le

Qu'était-ce que l'assignat, shton «du bien, catholicisme aux pratiques de l'Eglise

de la terre mobilisée ? ' » primitive.

La crise financière où le nouveau L'Eglise et la Révolution. — Aussi

régime eut risqué de sombrer à son tour, bien la constitution civile, en appa-

fut ainsi conjurée, car, comme disait rence évangélique et apostolique, <■ une

Robert Liiidet, (' tout porteur d'assignats égloguc religieuse », était-elle effecti-

devient un défenseur de la Révolution, vement une mesure politique, mais

même malgré lui ». vexatoire, puisqu'(?lle prétendait sous-

L'opération ne servit pas seulement traire le prêtre à la seule autorité qu'il

à aider aux besoins les plus pressants; tînt pour légitime ; hypocrite, puisqu'elle

elle contribua encore à assurer, sans le tendait à introduire la Révolution dans

le catholicisme ; et, d'aiEeurs, au rebours

X MidiELET. de l'esprit des philosophes du xviH'' siècle.

asr

LES FÉ/)f:RATIONS.

Losiquos avec eux-mOnies, les constituants eussent séparé l'Eglise de l'Etat au lieu de chercher à réfonner l'Eglise, gardienne de la foi, par l'Etat, de sa uature étranger à la foi.

« 11 fallait, écrit Mme de Staël, imposer à chaque communion le devoir d'entretenir les prêtres de son culte. »

La constitution civile du clergé a été la plus lourde erreur de l'Assemblée.

Les deux clergés. — Le roi se résigna, avec beaucoup de peine, à sanctionner le décret : le pape Pie VI, bien que sollicité par le cardinal de Bernis, ambassadeur de France à Rome, de donner son adhésion à une loi qui lui enlevait tout pouvoir dans le royaume, s'y refusa. Les évèques défendirent .lux métropolitains d'instituer les prélats qui seraient nommés selon les formes civiles. Le bas clergé lui-même déserta la Révolution qu'il avait appelée de ses vœux.

Des troubles éclatèrent, surtout dans

le Midi. L'Assemblée, s' enfonçant dausson erreur, répondit h la révolte en décrétant que, sous peine d'être destitués, les ecclésiastiques jureraient fidélité à la nation, à la loi et au roi et obéissance à la constitution civile. <

Le plus grand nombre ayant refusé, il y eut désormais deux clergés : l'un constitutionnel, dont les nouveaux chefs reçurent l'institution canonique des évéques d'Autun (Talleyrand) et de Lydda (Gobel) ; l'autre, rcjractiure, appuyé ouvertement par le pape et en secret par le roi, qui refusa de céder la place, et déclara nuls les sacrements administrés par les intrus ; ceux qui les recevaient seraient excommuniés.

Bien que, dans nombre de paroisses, «on assistât au changement de curé comme on eût assisté à un changement de fonctionnaires ^ », ce fut le schisme et, bientôt, la pire guerre civile.

Page 1