juin
Le manifeste, tant de fois sollicité, impatiemment attendu, éclata quelques jours après (25 juillet).
Brunswick, au nom de l'empereur et du roi de Prusse, y déclarait que les souverains alliés ne se proposaient pas d'autre but — ■ ce qui était faux — que de faire cesser l'anarchie en France et d'y rendre au roi l'autorité légitime. Seront traités en rebelles les gardes nationaux et « tous autres » qui s'opposeront aux armées alliées. Les habitants qui oseront se défendre seront châtiés suivant les rigueurs de la guerre, « comme rebelles », « leurs maisons démolies et brûlées ».
Si la viUe de Paris ne se soumet pas au roi, ses administrateurs et tous les membres de l'Assemblée seront responsables sur leurs têtes et tous « punis militairement sans espoir de pardon ».
Si le château des Tuileries est envahi et la famille royale outragée, les rois alliés « en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une destruction totale » ; les révoltés subiront les derniers supplices.
Brunswick semble n'avoir signé qu'avec scepticisme ce furieux discours, qui était l'œuvre de Fersen et de deux émigrés. Limon, ancien intendant du duc d'Orléans, et Calonne. L'impératrice Catherine le trouva excellent : « Voilà comment il faut parler, surtout aux gueux quand ils se mêlent de raisonner *. »
Marie- Antoinette, selon le récit de l'une de ses dames d'honneur^, «avait l'itinéraire des princes et des Prussiens. Tel jour, ils seront à Verdun... »
Les Sections. — Le. manifeste devait produire la terreur ; il souleva une immense colère patriotique. Quiconque ne ressentit pas l'outrage fait à la nation fut regardé comme un traître. Les « gueux », s'obstinant à « raisonner », commencèrent par renverser le trône.
Ce fut Danton qui mena l'affaire. Sur le terrain de combat préparé par la Gironde, il opéra avec sa résolution coutumière. Quarante-sept sections de Paris (sur quarante-huit) votèrentla déchéance.
Le bataillon des Marseillais (celui qui donna son nom au chant de l'armée du Rhin) venait d'arriver, appelé par Bai"baroux ; il entraîna les autres fédérés.
Le roi crut bon de dire lui-même à l'Assemblée « qu'on ne le verrait jamais recevoir la loi des étrangers ou celle d'un parti (les républicains) ». Cela parut l'aveu de son double jeu.