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L'INVASION

DANTON i;5,-i7i^,.

(Peinture anonyme, Musn Cai >tavuUt,\

Comme pouvoir, rhomme d'Etat

anton— D'août 1792 à juillet 1793, la tête et le cœur de la Révolution, c'est Danton. Il a trente-trois ans. Il a conçu, préparé, dirigé l'insurrection qui a mis bas la monarchie.

C'est à l'heure des extrêmes périls que, suivant im mot de luimême, « un boulet l'a porté au ministère ».

Mirabeau a été, hors du de la Révolution, pendant sa période monarchique, il sera, au gouvernement, l'homme d'Etat de la Révolution pendant sa première période républicaine.

Physiquement, il ressemble à Mirabeau, avec son mufle rouge, brouillé de petite vérole, ses yeux fauves, sa mâchoire de dogue, mais ce fils d'un procureur champenois, basochien lui-même, est « peuple » ; on l'appelle le « Mirabeau de la canaille ».

Il hii ressemble aussi par son tempérament, son goût du plaisir, sa générosité naturelle, — « magnanime », dira de lui Royer-Collard, philosophe grave, — son formidable langage qui va droit au fait, son dédain des rhéteurs, des sophistes, des démagogues, des hypocrites, par sa passion du bien public, donc de l'action.

Il lui ressemble encore parce que sa violence n'est, elle aussi, qu'un masque qu'il doit mettre pour conduire à ses buts, qui sont hauts, le peuple des faubourgs, les clubs, l'Assemblée, les forces brutales qui, si elles lui échappent, perdront sa Révolution et sa République.

Et comme lui, il est passionné d'ordre au milieu des tempêtes qu'il a lui-même déchaînées ; passionné de liberté, d'une liberté qu il veut, «pour la conserver», dégager des enthousiasmes ; toujours dominé par des vues politiques.

Conducteur d'hommes, il raisonne tout, soit qu'il veuille faire peur (aux royalistes du dedans, quand il s'abstient de museler les chiens dévorants de la Commune, ou aux rois du dehors quand il leur jette en défi «une tête de roi ») ; soit qu'il veuille rassurer la France paysanne et bourgeoise, — quand sa première motion à la Convention, c'est, avant même de proclamer la République, de déclarer * foutes les propriétés éternellement maintenues », — ou l'Europe

quand il engage la terrible Assemblée à faire voir que « la politique peut s'allier aux vertus républicaines ».

Son mot d'ordre d'août 1792: «De l'audace ! encore de l'audace ! toujours de l'audace ! », c'est tout lui, son âme intrépide et forte, son volcan intérieur ; c'est aussi de la politique.

Maisplus que Mirabeau, il est patriote dans les moelles, dans son sang, — j'allais écrire : dans sa lave ; — il a été la voix même de la patrie eu danger. 11 a confondu dans un même amour de chair et d'esprit la Révolution et la France, parce que ■ la Révolution continue la France ; vie, honneur, gloire, rien ne compte que la France : «Je ne connais que l'ennemi, battons l'ennemi ! Que m'importe ma réputation ! Que la France soit libre et que mon nom soit flétri !...», et il préférera la mort à l'exil, parce qu' « on n'emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers ».

Défense nationale. — Dans le tragique été de 1792, ce fut Danton qui exalta les courages, organisa la défense, prépara la victoire.

L'invasion avait commencé dès le 19 août. Brunswick, avec le roi de Prusse, entra en. Lorraine, venant de Trêves, et s'empara aisément de Longwy. Les Autrichiens se portèrent par la Belgique en direction de Lille. Le prince de Condé suivit, avec les deux frères du roi et 5 000 émigrés.

Verdun se rendit le 2 septembre, malgré son commandant -(Beaurepaire) qui se fit sauter la cervelle plutôt que de signer la capitulation. Les Prussiens ne doutaient pas d'être en quelques jours à Paris.

Leur avance foudroyante mit le désarroi dans l'Assemblée. La plupart de ses membres et le ministre de la Guerre lui-même voulaient se retirer à Blois.

Danton s'y refusa, criant que «la France était dans Paris » et, pour montrer sa confiance, y faisant venir sa vieille mère et ses enfants.

La Fayette, « constitutionnel » jusqu'au bout, essaya de soulever l'armée du Nord ; l'armée resta fidèle ; il s'enfuit pour tomber entre les mains des Autrichiens (qui le retinrent prisonnier pendant quatre ans).

Danton, résolument, le remplaça par Dumouriez, devenu tout à coup républicain, peu sûr, mais qui savait la guerre et eut vite fait de pétrir « la bonne pâte » de la jeune armée.

lygz. — MASSACRES DE SEPTEMBRE.

ar»

Les volontaires de Quatre-vingt-douze.

— Les volontaires venaient de toutes parts, <i sortaient de dessous terre ». En moins de trois semaines, le manifeste de Brunswick fit surgir plus de cent bataillons, aussitôt armés et mis en route '.

« On ne fait bien la guerre, avait dit Danton, que dans l'enthousiasme. » Le sien se communiqua, comme l'incendie.

Quand les volontaires, courant à la frontière au chant de la Marseillaise, entonnaient la strophe : « Amour sacré de la patrie ! », la foule se mettait à genoux. « On était, écrira Marmont, dans une atmosphère lumineuse; j'en ressens encore la puissance et la chaleur à cin-

avaient projeté de « réduire la Révolution par la crainte ». Ce n'était pas qu'une menace. Alliés et émigrés entendent bien « exécuter à la lettre » les menaces de Brunswick. Fersen et Mercy ne se lassent pas de répéter qu'il faut « exterminer les révolutionnaires » ; Montmorin « qu'il faut frapper les Parisiens par la terreur » ; Taube « qu'il faut faire périr ce repaire de brigands * ». « Point de miséricorde », écrit Mallet du Pan. Les princes ont fait afficher à Thionville : « Il faut ou redevenir Français fidèles ou périr révoltés. » Les Prussiens, à leur ordinaire, pillaient, ravageaient, pendaient beaucoup.

La Commune, à son tour, voulut faire

LES M.'iSSACREb IJE SEl'TEMUKE

La scène renrisente le massacre de prisonniers qui viennent de passer devant l'ini des tribunaux improvisés à

l'Abbaye et à la Force. (D'après Swebach, Bibl. Nat., Est.)

quante-cinq ans comme au premier jour. » peur aux royalistes, aux «aristocrates»,

Dumouriez montra sur la carte au aux prêtres non assermentés,

colonel Thouvenot la forêt de l'Argonne H y en avait plusieurs milliers dans

étend face ?i Verdun : «Voilà les les prisons, surtout à l'Abbaye et aux

qui

Thcrmopyles de la b'rance. »

Préludes de la Terreur. — La Commune de Paris et son journaliste Marat jetèrent sur ces heures sacrées une tache sanglante qi'e rien ne peut effacer.

La Commune, qui s'attribuait la victoire du lo août, était entrée en lutte avec l'Assemblée et prétendait dominer Paris.

Cannes, qui avaient été arrêtés comme «suspects». On répandit, le i^"' septembre, une brochure intitulée : Grande trahison de Louis Capet, complot dccouvcri pour assassiiwr dans la nml du 2 au 3 totis les bons citoyens.

2. Fersen, t. I, p. 117, t. II, p. 361,365; Montmorin, Corresp., t. III, p. 327. — Voir , ... SoREL, t. Il, p. 327 : Que la terreur n'est pas le

On a vu que la cour et la coalition fait des seuls révolutionnaires, et t. III, p. 3; I. GouvionSaint Cyr. Tocqueville, etc.

ara

C'était l'accusation deCatherinecontre Coligny et les protestants, à la veille de la Saint-Barthélémy. Il y a comme une poétique, im rituel toujours les mêmes des grands crimes.

Massacres de Septembre. — Ainsi préparés par le Comité de surveillance de la Commune, où siégeait Marat avec Sergent, Panis et cinq autres sectionnaires, les massacres s'exécutèrent de prison en prison pendant trois jours, le plus souvent avec un simulacre de justice, devant des tribunaux présidés à l'Abbaye par l'huisîier Maillard (des journées d'octobre) et à la Force, par Hébert et Rossignol.

On estime le nombre des égorgeurs (plusieurs bouchers) à 150, celui des victimes à i 614 ', un millier de «suspects », 250 prêtres, des nobles, des officiers, des gardes du corps, la surintendante de la maison de la reine, la princesse de Lamballe, dont la tête, plantée au bout d'une pique, fut portée sous les fenêtres du Temple : et 500 autres détenus de droit commun, voleurs, forçats déjà à la chaîne, vieux pauvres, tilles publiques. Les « septembriseurs » furent payés (24 livres à chacim).

Maillard prononça quelques acquittements ; l'abbé Sicard, successeur de l'abbé de l'Epée à l'Institut des sourdsmuets, fut épargné « comme un homme trop utile pour qu'on le fit périr ».

On a cherché en vain un ordre écrit de la tuerie ; elle était déjà commencée quand la Commune manda, « au nom du peuple •>, à la section «des quatrenations»: « Mes camarades, il vous est ordonné de iuger tous les prisonniers de l'Abbîiye sans dis'tinction, à l'exception de l'abbé Lenfant, que vous mettrez dans un lieu sûr. ■> L'abbé était le frère d'un mernbre de la Commune ; il fut néanmoins tue.

Abstention du gouvernement. — Les pouvoirs, pendant ces atroces journées, restèrent inertes. Le maire de Paris, Pétion, la garde nationale avec Santerre, l'A.ssemblée, le conseil, Danton comme Roland et Servan, et Robespierre aux Jacobins s'émurent ou s'effrayèrent, et laissèrent faire.

Quand le massacre cessa, d'épuisement ou de dégoiJt, la Commune, et Marat lui-même, n'eurent pas l'affreuse sincérité des auteurs de la Saint-Barthélémy ; ils n'osèrent, à aucun moment, se glorifier des meurtres de septembre qu'ils avaient aussi certainement voulus que

I. Granier de Cassag.vac, d'après les Archives de la Commune, détruites en 1871.

Catherine et Guise' leur «saignée » d'août.

Danton dira que « nulle puissance n'aurait pu empêcher les massacres ».

C'est la charge lourde sur sa mémoire.

L'Arçonne. — Telle était la fièvre de ces temps que Paris s'inquiéta peu de l'horrible chose. A deux pas des prisons tr. nsformé s en boucheries, les électeurs commencèrent à voter pour la Convention. Les enrôlements continuèrent dans l'enthousiasme au Champ de Mars.

Danton, installé au ministère de la Guerre près de Servan, le «talonnait»., envoyait agent sur agent (Westermann, Fabre) à Dumouriez et à Kellermann, les « enveloppait de son grand souffle», «connut » leurs plans -.

Si Brunswick avait poussé sur la route de Paris après la prise de Verdun, il n'y €Ût trouvé encore qu'une résistance chaotique. Par bonheur, il s'attarda dans sa facile conquête ; quand il reprit sa marche, Dumouriez avait refait son armée et appelé de Metz celle de Kellermann.

Le 12 septembre, Breteuil écrivait à Fersen : « Les Prussiens dévalent sur Paris ; le duc de Brunswick ne compte s'arrêter à Valmy que le temps qu'il lui faudra pour renouveler et assurer les vivres de son armée. » Le 13, un corps d'Autrichiens et d'émigrés força la forêt d'Argonne au défilé de la Croix-aux-Bois ; puis Dumouriez, à la suite d'un combat malheureux, fut obligé d'abandonner le camp de Grand- Pré et de se replier sur l'Aisne. e

Les Thermopyles de la France étaient perdues, la Champagne ou\'erte aux alliés qui n'étaient plus qu'à trois journées de Paris.

Valmy. — Cependant Kellermann, gourmande par Dumouriez, avait hâté sa marche et l'avait enfin rejoint sur la route de Chàlons, à deux lieues de Sainte- Menehould. Dumouriez, d'un sûr coup d'œil, lui enjoignit de se porter sur le plateau de Valmy, aux lieux mêmes où Breteuil avait marqué l'étape finale de Brunswick, non pas face aux Prussiens, mais sur leurs derrières, de sorte que ce fut Kellermann qui sembla menacer la route de Paris et les Prussiens la garder.

Le 20 au matin, les deux armées, à peu près égales en forces, de 34 000 à 36 000 hommes, avec une cinquantaine de pièces d'artillerie, commencèrent par se canonner longuement à travers un brouillard épais.

C'était la première fois que tant d'artillerie se trouvait aux prises ; la

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