Discours de Jenkinson (lord Liverpool
2, Chambre des lords (février 1792).
Perte de la Belgique. — Comme l'année précédente, la guerre débuta par des défaites ; elle suivit, pour ainsi dire, la même marche.
Dumouriez, qui avait jeté eh 1792 Di^lon sur la Belgique, se jeta; cette fois, lui-même sur la Hollande, emporta d'abord Breda, puis se fit battre, dans la personne de son lieutenant Miranda, sur la Meuse.
Battu ensuite lui-même à Neerwinden par le prince de Cobourg et forcé d'évacuer la Belgique, il recommença La Fayette, mais avec toute la différence d'un condottiere sans scrupule à un honnête homme qui se trompe.
Trahison de Dumouriez. — Alors qu'il escomptait une victoire, il avait écrit à la Convention une lettre menaçante. Au lendemain de son échec, il s'aboucha avec im envoyé de Cobourg et lui fit part i^e ses intentions : marcher sur Paris, disperser la Convention et rétablir la royauté constitutionnelle avec le dauphin. L'accord conclu, il e-ut la folie de s"ouvrir de ses projets à des agents jacobins qui revenaient de Hollande.
La Convention, aussitôt avertie, le manda à sa barre, puis, sur son refus d'obéir, ordonna au ministre de la Guerre (Beumonville) de se rendre, avec quatre représentants, à l'armée et de l'y arrêter. Dumouriez se saisit d'eux, les livra aux Autrichiens et chercha à soulever l'armée. Les soldats refusèrent de s'associer à sa trahison, et il fut réduit à passer au camp ennemi, avec le duc de Chartres et deux escadrons (4 avril).
Les affaires n'allèrent pas mieux sur le Rhin ; Custine perdit toute la rive gauche sauf Mayence, que Kléber, avec Merlin de Thionville, va défendre héroïquement pendant quatre mois.
La Vendée. — En même temps, la Vendée se souleva. Née au Marais et au Bocage, l'insurrection déborda bientôt sur les départements de l'Ouest, Bretagne et Normandie.
La Vendée était restée profondément royaliste et catholique. Comme la Bretagne, moins française encore que celtique, elle supportait avec peine le pouvoir central, les yeux fermés à l'idée de l'unité nationale.
Elle avait pris déjà parti pour les prêtres insermentés, ses vicaires, qui vivaient très près du paysan et, beaucoup plus que les nobles, le menaient.
L'exécution du roi, oint de Dieu, lui parut un sacrilège. La réquisition pour l'envoi des gars à la lointaine frontière, contre un ennemi inconnu, jeta tout le
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peuple des campagnes dans la révolte.
Mieux valait se battre contre la République que pour elle.
Les villes, en majorité, restèrent fidèles. Les paysans ne furent d'abord que des bandes, armés de bâtons ferrés, de haches, de faux recourbées, de vieux fusils, avec des chefs paysans, Cathelineau, voiturier et sacristain, le gardechasse Stofflet. Ce pays de taillis et de bois, raviné, coupé de fossés, traversé de haies, était propre à la guerre de partisans.
La Chouannerie. — Les nobles, — d'Elbée, Charette, Bonchamp, Lescure, Larochejaquelein (Monsieur Henri), — après avoir hésité à s'engager avec cette rude démocratie rurale, essayèrent ensuite de la discipliner. L'armée « catholique et royale » força Saumur, poussa jusqu'à Nantes.
Les insurgés, qui avaient repris le drapeau de la Royauté, s'appelaient les Blancs ; les républicains les Bleus, à cause de la couleur des uniformes. Le nom de cJi oua nn er i e Aésxgna. plus particulièrement la révolte bretoiuie, à cause du cri de la chouette qui servait de ralliement.
Souvent héroïque, souvent sauvage, — avec ses chefs qui évoquent les guerriers de l'Iliade et ses paysans-soldatsdont <' le souvenir n'amoindrit pas la France ^ » — la Vendée apprendra à la Révolution « ce qu'il en coûte d'avoir une religion pour ennemie * ». Sur l'heure, les patriotes ne virent dans les Vendéens que des « bri-