MORT DE DANTON
En décembre, à son retour d'Arcis, il réunit ses amis, leur exposa son plan : briser la Commune, suspendre le tribunal révolutionnaire, v'ider les prisons, remplies de suspects, vestibules de la guillotine.
Il eut un entretien avec Robespierre.
« Sans doute, il faut comprimer les royalistes, mais il ne faut pas confondre l'innocent avec le coupable. — Eh ! qui vous a dit qu'on a fait périr un innocent? » Danton, à l'ami qui l'accompagne :
« Qu'en dis-tu? Pas un innocent n'a péri? »
Le Vieux Cordelier de Camille Desmoulins naquit de cette, parole de Danton : <i Qu'un jour, la République, hors de péril, pourrait être Henri IV, faire grâce à ses ennemis ».
Camille, empruntant ses traits à Tacite, tit un tableau de la tyrannie jacobine sous le nom de la tyrannie des Césars. « Un citoyen avait-il de la popularité.... Suspect ! — Fuyait-il au contraire la popularité.... Suspect! » Vingt fois le mot meurtrier revient. Camille demanda l'établissement d'un Comité de clémence. L'ennemi a été rejeté du territoire de la République. Il faut finir la Révolution, pacifier les partis. « La liberté, c'est la justice ! »
Dantonistes et Hébertistes. — En même temps qu'il subissait cet assaut de la pitié, Robespierre était attaqué du côté opposé par le parti de l'e-xtrême violence.
C'étaient les gens de la Commune, Hébert, Momoro, Ronsin, qui, depuis qu'ils avaient fait la loi à la Convention, prétendaient traiter de pair à égal avec le Comité et poursuivraient la révolution « intégrale ». Socialistes et athées, quand Robespierre tient la propriété pour sacrée et professe la religion du vicaire savoyard. La Commune installa le culte de la déesse Raison, figurée par une danseuse de l'Opéra, à Notre-Dame.
Robespierre, voyant sa situation en péril, trouva la manœuvre la plus simple. Il dénonça à la fois aux Jacobins les deux factions des * exagérés » et des « indulgents » comme « tendant, sous des bannières différentes et par des routes diverses », au même but : <. la désorganisation du gouvernement populaire, la ruine de la Cnnveution et le triomphe de la tyrannie. » En outre, Danton et ses amis, « hypocrites ambitieux », « se défiaient de la justice nationale », qu'Hébert trouvait trop molle.
Saint-Just refit h l'Assemblée le discours de Robespierre aux Jacobins, sans démontrer davantage que ces torrents de
sang fussent utiles à la victoire ou à la liberté.
Procès des Dantonistes. — La double opération fut vivement menée. La Convention ayant donné au Comité les pouvoirs les plus étendus contre les conspirateurs et la Commune, les hébertistes furent arrêtés, jugés et tués en cinq jours (i" au 5 germinal, 30 mars). Puis Saint-Just porta l'acte d'accusation contre les dantonistes aux deux Comités réunis (Sûreté et Salut public). «Complicité avec d'Orléans et Dumouriez et les ennemis de la République », Pitt et Cobourg.
Cela paraît aujourd'hui imbécile autant que monstrueux. Alors c'était mortel. Les Comités, terrorisés, accordèrent l'arrestation.
Danton, averti par Ruhl, dit d'abord:
«Ils n'oseront!», puis, qu'il «aimait mieux être guillotiné que guillotineur ».
La Convention, le lendemain, sous la menace brutale de Robespierre et après un discours forcené de Saint-Just, envoya Danton, Caniille et leurs amis, « derniers partisans du royalisme », devant le tribunal révolutionnaire où ils comparurent le 12, avec Fabre, Chabot et deux ou trois coquins de bas étage, Allemands et Danois, afin de justifier le mot d'ordre : « Conspiration de l'étranger ».
Mort de Danton. — Danton se défendit avec violence: «Moi! vendu? Moi, le partisan des royalistes et de la royauté ! » Et comme les fenêtres du tribunal révolutionnaire étaient ouvertes, on entendit de l'autre côté de la Seine, jusque sur le quai de la Ferraille, les éclats de sa voix de géant.
Les jurés, bien que triés parmi les plus solides, s'émurent. Fouquier-Tinville avertit Saint-Just que « les accusés réclamaient l'audition (qui leur avait été refusée) des témoins à décharge » et « qu'ils en appelaient au peuple ».
Tremblante devant les aboyeurs de la guillotine et s'enfonçant dans la peur comme dans son seul refuge contre le soupçon, la Convention décréta, sur la motion de Saint-Just, appuyée par Robespierre : « Tout présumé de conspiration, qui résistera ou insultera la justice nationale, sera mis hors des débats surle-champ. » « Marquez, avait dit Saint- Just, la distance qui vous sépare des coupables. »
Les débats furent clos. L'un des jurés, Topino-Lebrun, raconte qu'il leur fut montre une pièce secrète, un faux, « lettre que Fouquier disait venir de l'étranger et qui était adressée à Dan-
aî^o