I. QUÎNET
l'Assemblée elle-même, à travers tant de métamorphoses, girondine, dantoniste, robespierriste, thermidorienne, Assemblée Protée.
La Constituante, sur la table rase de l'ancien Régime, a plutôt établi des principes que des institutions et, comme elle n'a pas encore dégagé de la métaphysique la politique qui est une tout autre science, elle n'a pas toujours construit en terre ferme.
Un esprit plus réaliste présida aux travaux des Comités de la Convention, d'une infatigable activité, l'Assemblée s'étant déclarée « comptable de ses moments à la nation entière ». En séance publique, l'Assemblée, le plus souvent, n'eut qu'à ratifier les décrets qu'ils lui présentaient.
Ces fondations appartiennent presque également aux trois périodes de la Convention, où dominent tour à tour la Gironde, la Montagne et la majorité nouvelle de Thermidor.
Le Grand Livre. — Le Grand Livre de la dette publique, conception de Cambon (loi du 24 avril 1793), a substitué l'unité de la dette à la confusion léguée par l'ancien régime ; il est l'origine de la dette consolidée, le titre unique et fondamental de tous les créanciers de la nation qui a succédé au roi.
Cambon s'est refusé à répudier les dettes de la monarchie ; il les « républicanisa », les confondit avec les dettes nouvelles qui résultaient de la guerre contre l'Europe.
Code civil. — Louis XI, au dire de Comines, « désirait fort qu'en ce royaume l'on usât d'une coutume (législation) et d'un poids et d'une mesure ». L'unité juridique et civile, incessamment pro-
LES LOIS DE LA CONVENTION
mise, a été vivement réclamée par les Cahiers. La Coastituante a décrété qu'il sera fait un Code de lois civiles communes à tout le royaume. La Convention, avec Cambacérès, le mit sur le chantier.
Ce Code civil, dont Napoléon dira à Sainte-Hélène • qu'il est sa vraie gloire, supérieure à celle de quarante batailles gagnées, est né au Comité de législation.
Système métrique. — L'uniformité des poids et mesures, que l'Académie des sciences a été chargée par la Constituante de préparer, a été réalisée, sur le rapport de Prieur (de la Marne), par le décret du 18 germinal an III qui fixa les différentes parties du système métrique.
Rien qu'à Paris, le mot arpent se prenait, avant la Révolution, dans cinq acceptions et il y avait jusqu'à quarantecinq noms différents pour désigner les mesures et les poids.
« L'idée de rapporter toutes les mesures à une unité de longueur prise dans la nature s'est présentée aux mathématiciens, dès l'instant où ils ont connu l'existence d'une telle unité et la possibilité de la déterminer », — le mètre, la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre ; — <i un tel système n'appartenant exclusivement à aucune nation, on pouvait se flatter de le voir adopter par tous les peuples. ^ »
« Vandalisme révolutionnaire ». — Tout le problème de l'instruction publique a été abordé par la Convention et résolu dans ses grandes lignes : principe de l'obligation et de la gratuité de l'enseignement primaire ; création des « écoles centrales » d'où sont venus nos lycées et collèges ; réorganisation ou fondation de tous les grands établissements scientifiques et artistiques : Collège de France et Muséum, Bibliothèque et Archives nationales. Ecole normale et Ecole polytechnique. Ecole de Mars (devenue Ecole de Saint-Cyr), Ecoles de droit, de médecine, des mines, des aspirants de la marine. Conservatoire de musique et Conservatoire des arts et métiers. Bureau des longitudes. Musée des monuments français. Musée du Louvre, Institut de France en trois classes afin d'être « l'abrégé du monde savant, le corps représentatif de la République des lettres ».
« Démocratie, démopédie », écrira Proudhon ; Grégoire a écrit dans son rapport de l'an II : « Il faut que l'éducation publique s'empare de la nation qui