‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 380 sur 725 · I. Victor Hugo · texte numérisé non relu

I. Victor Hugo

On battait l'a van t-garde, on culbutai t le centre ; Dans la pluie et la neige, et de l'eau jusqu'au

On allait : En avant! [ventre

Et l'un offrait la paix, et l'autre ouvrait ses

[portes.

Et les trônes, roulant comme des feuilles mortes.

Se dispersaient au vent.

La Révolution leur criait : « Volontaires! Mourez pour délivrer tous les peuples vos frères! »

Contents, ils disaient : Oui. 'imberbes ! » «Allez, mes vieux soldats, mes généraux Et l'on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes

Sur le monde ébloui!

La tristesse et la peur leur étaient inconnues. Ils eussent, sans nul doute, escaladé les nues,

Si ces audacieux. [pique,

En retournant les yeux dans leur course olym- Avaient vu derrière eux la grande RépubUque

Montrant du doigt les cieux !

Conquête de la Hollande. — Ce fut

la rigueur même de l'hiver qui décida Carnot à brusquer l'invasion de la Hollande.

Le duc d'York, parti pour l'Angleterre, avait laissé son armée entre la Meuse, à peu près infranchissable si près de son embouchure, et le Wahal.

La Meuse, s'étant entièrement pri<;e de glaces, découvrit le front des Anglo- Bataves ; le 'Wahal, charriant, compromettait leur retraite (nivôse an III, décembre 1794).

Pichegru passa la Meuse sur trois points avec son artillerie, s'empara de l'île de Bommel par 17 degrés de froid qui avaient engourdi les Hollandais. Le Wahal s'étant pris en aval de Nimègue, il le franchit entre Bommel et Thiel.

Les Anglo-Bataves et les Hanovriens, s'ils s'étaient réunis, auraient pu courir, avec près de 70 000 hommes, les risques d'une bataille générale. Mais l'extraordinaire offensive les avait comme frappés de stupeur. Le général anglais se retira en Hanovre et le prince d'Orange, après avoir averti les Etats de La Haye que tout était perdu, s'enfuit à Londres.

Le reste de la campagne (janvier i7y5> ne fut qu'une promenade. Pendant que les Orangistes et les émigrés s'enfuyaient vers l'Allemagne, les républicains avancèrent dans un ordre irréprochable, acclamés par les libéraux et les démocrates bataves. Amsterdam, Rotterdam et La Haye furent occupés sans résistance et toutes les sept Provinces- Unies soumises eu moins de deux mois. La I-Yance n'avait pas frappé de coup aussi rapide depuis Louis XIV.

Comme la flotte hollandaise, mouillée près de Texel, escomptait le dégel prochain du Zuydersée pour gagner la côte

LF.S TKAITF.S DE BALE.

anglaise, Pichegru se hâta d" envoyer sur le roi d'Espagne et son ministre Godoi.

le golfe encore glacé des escadron- de qui aspirait déjà au titre de < prince de

hussards et quelques batteries d'artillerie la Paix », demandèrent à traiter, légère qui entourèrent au galop les vais- Les frontières constitutionnelles. —

seaux et les obligèrent à se rendre. Après, comme avant Thermidor, la Con-

La Coalition disloquée. — Cette extra- vention a continué à identitier la Répu-

ordinaire aventure, dans le même temps blique et les frontières naturelles ; ces

de nouveaux succès eu Espagne où Moncey, sous P é r i g non , poussa i u s qu'aux portes de Pampe - Imie, la chute attendue de Luxembourg et, sauf Mayence, toxiiours assiégée par Kléber, la ■ .:)nquête assurée de tout le pays entre Meuse et Rhin, dislo-

limites sont devenues un principe de la Révolution.

Comme aucune idée ne vaut qu ' autant qu'elle a pris la forme d'un décret, Carnot, le 14 février 1793, avait fait rendre le décret « sur les anciennes et naturelles limit es delà France» ; 1 ' Assemblée

LA FLOTTE HOLL.4.ND.^lSE EST PRISE PAR LES HUSSARDS

DE LA rÉpLBLIQUE

quèrent la La scène représente le Zuydersée, pris de glaces, où Pichegru lança JUra d'en faire

Coalition quelques escatlrons de hussards et des batteries d'artillerie contre les «les boulc-

. '■ j vaisseaux mouillés au Texel, qui avaient escompté le dégel pour gagner j j ,

Le roi de la côte anglaise. i D'après Delort) Vards de la

Prusse était, République ».

depuis un an, d'autant plus enclin à s'en Ces frontières «constitutionnelles»

retirer que les aâaires de Pologne rete- de la République, généraux et diplo-

naient davantage son attention. Le se- mates en démontraient la nécessité pour

cond partage, entre la Prusse et la Rus- des motifs de convenance et de stratégie :

sie, avait provoqué l'insurrection de Ko- garder la Belgique et le Rhin afin de bar-

sciuszko ; les troupes prussiennes, rappe- rer la route du Xord-Est aux invasions

lées du Rhin sur la Vistule, susèreut et assurer la paix. — Ce seront les ins-

devant 'Varsovie ; Kosciuszko ne suc- tructions données à l'ambassadeur on

comba que sous les coups de Souvaroff. Suisse, Barthélémy, chargé de négocier

C'était maintenant avec la seule Autriche avec les envoyés prussiens. — Toutefois

que la Russie préparait le troisième dé- la Révolution n'a pas cessé de faire la

pècement qui rayerait la Pologne du guerre, selon le mot de Pitt, « à coups

nombre des Etats et amorcerait le par- d'opinions armées ». C'est la liberté qui

tage de l'Empire ottoman. • interdit de ramener les « despotes »,

Finalement, la Prusse aura aussi sa l'Autriche en Belgique, les princes

part (Varsovie) dans le dernier acte de évêques sur le Rhin, le roi de Sardaigne en

ce grand crime. L'Autriche recevra Cra- Savoie.

covie, et la Russie s'adjugera tout le A qui se risque de parler de reculer

reste et, en outre, la Courlande (octobre jusqu'à la Meuse est réservé le soupçon

1795). de modérantisme ; faction des anciennes

En attendant d'être admis au partage, limites, c'est faction contre-révolution-

le roi de Prusse avait compris la sagesse naire et royaliste.

de l'avis de son ministre Haugwitz : que La Savoie s'est donnée. Ceux des

la paix avec la France le ferait plus libre Belges, des Rhénans et des Palatins qui

d'agir en Pologne; que la rive gauche du n'ont point discerné d'eux-mêmes «leur

Rhin, où il avait seulement quelques propre bonheur », ne se refuseront plus,

territoires, lui importait moins que la une fois qu'ils auront connu les avantages

rive gauche de la Vistule ; qu'il devait d'appartenir à la grande nation. «Il

être « plus prussien qu'allemand ». importe à la République qu'ils ne soient

Les premières ouvertures vinrent libres et indépendants qu'autant qu'ils

donc de Berlin (janvier 1795) ; peu après, seront français. »

i^g^, — FIN DE LA CONVENTION.

Enfin, quand l'Autriche, la Prusse et la Russie se sont partagé la Pologne, la loi de l'équilibre veut que la France s'agrandisse en proportion. Et, sans doute, ce sera la conquête romaine, <i mais utile au monde et juste pour la première fois ' i>.

Les traités de Bâle. — Les négociations furent habilement conduites à Bâle par Barthélémy, diplomate de métier, ancien collaborateur de Vergennes.

Le plénipotentiaire prussien, Hardenberg, poursuivait l'idée frédéricienne d'une Confédération de V Allemagne dii Nord, avec sa capitale à Berlin ; il demanda la neutralisation de ces pays sous la garantie de la Prusse. Barthélémy accepta. La Prusse consentit à l'occupation de la rive gauche par la République. A la paix générale, elle recevra une indemnité en Allemagne si la rive gauche reste à la France (5 avril 1795).

Le traité ne pouvait pas résoudre la question du Rhin qui relevait de l'Empire ; mais c'était un fait de grandes conséquences que la Prusse, après l'Autriche la principale puissance de l'Alleniagne, acceptât, contre un payement à déterminer, que le Rhin fût la limite de la République. Cela parut à la Diète et à Vienne une manière de trahison.

Les protestations contre le roi «sans foi et sans loi », comme Catherine l'appelait, redoublèrent quand Jourdan et Pichegru, en septembre, passèrent le Rhin, de Diisseldorf à Huningue, chassant devant eu.x les Autrichiens. Un lot

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