ARCOLE ET RIVOLI
Castiglione. — Cette campagne d'été, garnison de Vienne et une levée de Hon-
où Bonaparte prit l'habitude de suppléer grois.
à l'infériorité du nombre par la rapidité Bonaparte, de Vérone où il est avec le
des mouvements et de gagner les batailles gros de l'armée, reconnaît que l'attaque
« avec les jambes de ses soldats », est principale de l'ennemi se dirige sur le
en deux actes. plateau de Rivoli, qui domine l'Adige ;
Au premier, il n'hésite pas à lever le Joubert y tient difficilement. Manœuvrant
siège de Mantoue, concentre rapidement sur les lignes intérieures, il lance Masséna
ses troupes, se jette sur les deux colonnes avec la 32"^ brigade, rallie les troupes
de Wurmser, les bat l'une après l'autre, à rompues et jette l'ennemi en déroute
Lonato et à Castiglione, et les repousse dans les ravins de Monte-Baldo.
dans la haute vallée de l'Adige. Wurmser, qui essaye de déboucher de
Au second, Wurmser, qui a reçu des Mantoue, est arrêté sur les lignes de cirrenforts, a formé le plan de descendre convolution, pendant que Provera, enpar la Brenta en direction de Vérone. Il touré, capitule à la Favorite. Mantoue se tournera ainsi Bonaparte qui se trouve rend (2 février), en ce moment sur ses derrières, ayant République cispadane. — Entre temps.
remonté l'Adige et occupé Trente après le combat de Roveredo.
Bonaparte devine la manœuvre, se précipite à la suite de Wurmser, le coupe par le travers de la Brenta, le bat à Bassano et l'oblige à s'enfermer dans Mantoue.
Arcole. — Mais l'Autriche a mis sur pied une troisième armée ; Alviuzy, avançant du Frioul sur le Piave et sur la Brenta, écrasera Bonaparte en-
il lui avait suffi de quelques démonstrations pour obliger les princes toscans, les républiques de Gênes et de \'enise, et le roi I ■ Naples à traiter ou conclure des armisiices ; et il avait constitué avec les légations de Bologne et de Ferrare et le duché de Modène la République cispadane, où il s'essaya, en maître, à gouverner. ''
Après la prise de Mantoue, il entra dans
. BATAILLE DE RIVOLI L'état-major salue Bonaparte qui vient de jeter les Autrichiens dans les ravins de Monte- Baldo. , tre lui et Wurmser, { D'après le tableau de Plnlippoteaux.VersaiUes,. les EtatS pontlficaux
sortant de Mantoue. et poussa jusqu'à
Bonaparte, avec 36 000 hommes fati- trois marches de Rome. Le pape, au
gués, minés par les fièvres, contre traité de Tolentino, ratifia la réunion
60 000 hommes de troupes fraîches, est ■ d'Avignon à la France et reconnut
obligé de céder ; il redoute de perdre Bologne, Ancône et la Romagne à la
l'Italie et en avise le Directoire. Puis, Cispadane.
tout à coup, il sort de Vérone comme pour Retraite de Moreau. — Le plan de
se retirer sur Milan, revient brusquement Caniot, réalisé en Italie avec une telle
sur l'Adige par une marche de nuit, splendeur qu'on n'en vit plus que l'exé-
engage une lutte acharnée dans les marais cutant, échoua sur l'Océan, où la tempête
d' Arcole, s'élance lui-même, un drapeau dispersa l'escadre de Hoche en vue des
à la main, pour en franchir le pont, est côtes d'Irlande, et en Allemagne,
repoussé, tombe au marais d'où les sol- Versle milieu de l'été de 1796, Jourdan
dats l'arrachent avec peine, reprend le et Moreau, ayant passé le Rhin, avaient
combat le lendemain, force les Autrichiens atteint la Bohême et le haut Danube,
à la retraite et rentre dans Vérone par la mais après de durs combats contre un
porte opposée à celle d'où il est parti adversaire digne de se mesurer avec eus,
(noveml)re 1796). l'archiduc Charles. Fin août, la roue
Il écrira lui-même que sa grande ambi- tourna. L'archiduc coupa Jourdan de
tion date d'Arcole où il avait cru tout Moreau, le battit à Wurtzbourg, puis sur
perdre et avait tout regagné. la l.ahn, où fut tué le plus noble soldat
Rivoli. — Cependant les Autrichiens, de 'a République, le leune Marceau,. < pur
cette fois, n'out été qu'arrêtés; le vieux champion de la liberté, dont le deuil fut
Wurmser à Mantoue tient toujours ; mené par deux années, la sienne et
Alviuzy revient à l'aide (janvier 1797I, rcniiemie ' ».
avec un renfort de 20000 hommes, la i. Byron.
SECONDE CAMPAGXE D'ITALIE.
L'ochec de cette glorieuse armée de Sambre-et-Meuse obligea l'année de Rhiii-et- Most'lle à évacuer la Bavière.
Moreau, avec Saint- Cyret Desaix, conduisit alors la fameuse retraite de vingt -six jours, devenue classique. 11 traversa la forêt Noire, par le Val d'Enfer, repoussant toutes les attaques, sans laisser derrière lui un homme ni un canon, et il revint sur le Rhin dans l'attitude de la victoire.
Seconde campagne d'Italie. — Au printemps de i7')7, Bonaparte brusqua la paix avec l'Autriche, parce que la paix était plus populaire en l>ance que les plus belles victoires, et qu'il ne se souciait pas de partager la gloire d'arriver devant \'ienne.
Sa marche par les Alpes rhétiennes, noriques et juliennes qui séparent l'Autriche de l'Italie, parut un déû à la nature ; il l'accomplit en un mois (mars 1707).
■ L'archiduc Charles avait été rappelé du Rhin dans le Frioul pour couvrir Trieste, seul port de la monarchie. Bonaparte le bouscula sur le Tagliamento et le bas Isonzo, pendant que Masséna, courant dans les neiges et la glace, forçait le col de Tarvis, « au-dessus des nuages », et que Joubert, après avoir déblayé le Tyrol, traversait le Fusterthal. Bernadette occupa Trieste avec quelques cavaliers.
Le 31 mars, Bonaparte, de Klagenfurth, capitale de la Carinthie, écrivit à l'archiduc Charles que, «s'il avait le bonheur de sauver la vie à un seul homme, il en serait plus lier que de toute la vaine gloire des batailles ». Il était le 7 avril à Léoben, petite ville de Styrie,à 20 lieues de Vienne, quand l'Autriche demanda une suspension d'armes.
Préliminaires de Léoben. — L'Autriche, par les préliminaires de Léoben, abandonna deux de ses États héréditaires :1a Belgique, déjà réunie à la France, et la Lombardie, destinée à devenir la République cisalpine par sa réunion avec la Cispadane (18 avril).
Bonaparte lui promit, en échange, ristrie, la Dalmatie et « la partie de terre ferme de Venise comprise entre l'Oglio, le Pô, la mer Adriatique ». C'était le bien d'autrui. Mais il expliqua qu'il était en désaccord avec la République de Venise ; il ne tardera pas à lui faire la guerre et imposera l'abandon de ces territoires.
L'.Autriche offrait de reconnaître la République ; Bonaparte fit effacer l'article : « La République ne veut point être reconnue ; elle est comme le soleil sur l'horizon ; tant pis pour qui ne veut pas la voir. »
Les armées du Rhin. — La nouvelle de l'accord de Léoben arrêta en pleine course Hoche, qui avait remplacé Jourdan à l'arméede Sambre-et-Meuse, et Moreau. Ils avaient repassé le Rhin, battu les Impériaux à Neuwied et à Altenkirchen; Hoche était aux portes de Francfort, Moreau à l'entrée de la vallée du Haut- Danube, en marche par la forêt Noire, d'où il écrivit à Bonaparte :
(I Nous n'aurions pas tardé à vous rejoindre. »
Bonaparte n'avait reçu aucun pouvoir pour négocier ; il aurait dû attendre l'envoyé du Directoire (Clarke). Carnot l'approuva d'avoir ménagé l'Autriche, les autres directeurs protestèrent qu'il eût pu tirer un parti plus avantageux d'une situation « formidable >>.
Occupation de Venise. — Comme au temps des guerres d'Italie, la Seigneurie de Venise avait continué sa politique de louvoyer entre les partis. Mais elle n'était plus que l'ombre d'elle-même.
Bonaparte avait fait collection de prétextes « d'agir hostilement contre cette puissance perfide ». La révolte de Vérone et le massacre de 30a soldats français, le jour même de la signature des préliminaires de Léoben, lui fournirent une raison valable. Il n'eut qu'à paraître sur la lagune pour condamner au suicide la plus ancienne et la plus glorieuse République de la péninsule.
Le Grand Conseil, sous la présidence du dernier doge, décréta l'abolition du gouvernement aristocratique ; Venise, aussitôt occupée (17 mai 179 7). ne fut plus qu'une pièce d'échange à la disposition du Directoire.
PROCOXSLLAT DE BONAPARTE
STE\DH.\L fait finir i^i <■ les temps plus comme un général de la République,
héroïques » de Napoléon. Ce qui finit. Il a signifié (de son quartier général de
c'est tout juste le prologue du cycle. Montebello) qu'il n'a pas d'ordres à rece-
Au printemps de l'an V, Bonaparte voir, ni de surveillance à subir : « Les
a pris exactement la mesure de sa force, commissaires du Directoire n'ont rien à
Ce vainqueur de vingt-huit ans n'agit voir dans ma politique. »