‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 393 sur 725 · I. Mémorial, 30 novembre · texte numérisé non relu

I. Mémorial, 30 novembre

Qu'importe, dès lors, qu'il propose luimême aux conférences d'Udine «le maintien du corps germanique » pour quelques jours? — Il arrachera l'Espagne à ses dégradations. « Concentrons toute notre activité du côté de la marine, et détruisons l'Angleterre. »

« Cela fait, l'Europe est à nos pieds. »

L'Orient. — Et cela, ce n'est encore que l'Empire d'Occident. Or, «l'Europe est une taupinière ; il n'y a jamais eu de grands empires et de grandes révolutions qu'en Orient. Cette petite Europe ne fournit pas assez de gloire ; il faut aller en Orient ; toutes les grandes gloires viennent de là -. »

Et ce n'est pas une boutade ; car, pendant qu'il fait à Bourrienne, à Marmont, à Talleyrand, ces étonnantes confidences, il prépare, penché sur la carte, ses campagnes d'Orient comme il a préparé ses campagnes d'Italie. Il étudie les routes, réclame les ports d'embarquement, de ravitaillement : Ancône qui doit « rester toujours française, parce qu'on va de là, en vingt-quatre heures, en Macédoine et en dix jours à Constantinople » ; les îles Ioniennes « qui nous rendent maîtres de l'Adriatique et du Levant » ; Malte « qui n'a pas de prix pour nous 3 ».

Déjà, il annonce son grand dessein :

la conquête de Constantinople, de l'Egypte, de l'Inde où l'Angleterre sera frappée au cœur.

« Pour contenter son ambition, dit Bossuet, et rendre son nom plus fameux que celui de Bacchus, Alexandre entre dans les Indes. » Le héros qui hante Bonaparte, c'est Alexandre.

Précarité des traités. — De pareils projets impliquent la guerre éternelle ; la guerre sans fin résulte aussi de l'axiome qu'une frontière se défend seulement par des têtes de pont fortifiées, par des bastions avancés. Ce seront d'abord des villes : Kehl, Cassel ; bientôt des pays tout entiers : Piémont, Suisse, Hollande. A chaque paix, une frontière nouvelle à défendre.

Mais il est né de la guerre ; la guerre, c'est son métier, « un besoin personnel ». Il fera la guerre tant qu'il pourra monter à cheval, comme Michel-Ange peindra et sculptera tant qu'il pourra tenir un

2. Miot de Melito, t. I, p. 154 ; lettres à Talleyrand, du 18 octobre 1797 ; conférences d'Udine et de Rastadt.

3. Lettres au Directoire et à Talleyrand, du is février, du 26 mai, du 16 août, du 13 septembre 1797; Mémoires de Bourrienne, de Marmont, etc.

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