LA CRISE DU DIRECTOIRE
élections de l'an V. — Pendant que *-■ Bonaparte ajoutait à sa gloire militaire le renom, plus utile encore à sa fortune, de pacificateur, le Directoire lui ouvrit la voie des coups d'Etat.
Aux élections de l'an V pour le renouvellement du tiers des Conseils, la majorité avait passé à l'opposition. Constitutionnels et royalistes reprochaient au Directoire la prolongation de la guerre, le désordre des finances, le maintien des lois répressives contre les prêtres, l'improbité de beaucoup de gouvernants.
Les lois sur le clergé restaient la lourde erreur de la Révolution. Comprimé sous la Terreur, le mouvement religieux reprit après Thermidor. En quelques mois, plu^ de 30 000 églises rouvrirent.
Les catholiques, comme autrefois les protestants, ne se satisfirent point de la liberté du culte dans des temples fermés. Ils réclamèrent la liberté extérieure, les sonneries de leurs cloches, les croix dans leurs cimetières, la suppression du serment des prêtres, — tout ce qui paraît aujourd'hui de simple bon sens.
Les Conseils prirent des mesures transactionnelles. Les constitutionnels voulaient la liberté pour fortifier la République, les royalistes pour l'empoisonner.
Complots royalistes. — Ils n'étaient aux Cinq-Cents qu'une minorité, mais bruyante et active, prenant le mot d'ordre chez Pichegru. Au dehors, ils eurent leur quartier général au club furieux de Clichy. Les « clichyens » recommencèrent à rebours les Jacobins.
La violence de leurs journaux rappela (selon Bonaparte : dépassa) celle de M ara t.
Ils crurent bientôt le moment venu de prendre leur revanche de Vendémiaire.
Pichegru fit voter la reconstitution de la garde nationale. Les attentats se multiplièrent contre les acquéreurs de biens nationaux. Les émigrés revinrent en foule, furent rejoints à Paris par des chouans (Bourmont, Polignac, ."Vutichamps). Le ministre de la police put dire : « La Vendée est ici. »
Sur ces entrefaites, Bonaparte saisit a Venise, et envoya aussitôt au Directoire, les papiers d'un agent royaliste fd'Antraigues) qui prouvaient jusqu'à l'évidence les relations de Pichegru avec Cuiidé et le prétendant. Moreau en trouva d'autres, non moins graves, dans un fourgon autrichien, mais les garda jusqu'à fructidor.
Malgré qu'il fût défendu aux soldats de délibérer sous les armes, les armées d'Italie, du Rhin et de Sambre-et-Meuse adressèrent à Paris des protestations contre « les députés du roi s> et leurs « complices constitutionnels. » (!es gens (' dénigrent les généraux, s'agitent et complotent pendant que les soldats gagnent des batailles. »
Bonaparte écrivit au Directoire :
« Si vous avez besoin de force, appelez les armées. »
Coup d'Etat de fructidor. — Deux des directeurs, Carnot, qui s'était rapproché des constitutionnels, et Barthélémy, leur homme ^ eussent voulu procéder par les moyens légaux. Barras, avec Rewbell et La Revellière, trouva l'occasion bonne pour se débarrasser de toute la gênante opposition, royalistes et modérés, par un coup de force.
Le « Triumvirat » songea d'abord à Hoche et l'appela au ministère d^ la Guerre en même temps que l'ancien évêque d'Autun, Talleyrand, retour de Londres, aux Affaires étrangères. Hoche, qui n'avait pas l'âge légal, donna sa démission. Il fut remplacé par Schérer.
Augereau, envoyé à Paris par Bonaparte et nommé commandant de l'armée de l'intérieur, fit le coup.
La preuve de la trahison de Pichegru avait été placardée sur tous les murs.
Augereau, « à demi ivre pour se préparer », occupa dans la nuit le Corps législatif, puis, avant midi, arrêta Pichegru avec une centaine de députés et de journalistes, royalistes et républicains, coupables ou importuns, mêlés perfidement sur la même liste (le directeur Barthélémy, le pi^ésident des Cinq-Cents, l'amiral Villaret-Joyeuse, Camille Jordan, Mathieu Dumas, Portails, Siméon,Boissy d'Anglas) .
Dès le lendemain, les Conseils, décimés et tremblants, les condamnèrent à la déportation, sur le seul rapport d'une commission que présidait Sicyès ; ils cassèrent ensuite les élections de 44 départements. Carnot, averti, prit la fuite (18 fructidor, 4 septembre I7y7).
Parmi les condamnés, les uns furent gardés à l'île d'Oléron ; les autres transportés à Cayenne, où plusieurs moururent du terrible climat, d la guillotine sèche».
Mort de Hoche. — Bonaparte, bien qu'il y eût poussé, mit peu d'empressement à féliciter le Directoire pour cette première intervention des soldats dans