‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 396 sur 725 · BONAPARTE A L'ARMÉE D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

BONAPARTE A L'ARMÉE D'ANGLETERRE

les affaires de la République. Morcau fut privé de son commandement à cause de ses révélations tardives.

Hoche avait préparé sa fuite pour le cas où Pichegru, qui le détestait, l'eût emporté.

Les deu.K armées du Rhin et de Sarabre-et-Meuse furent à peine réunies sous son commandement qu'un mal mvstérieux l'enleva à vingt -neuf ans.

Toute l'année le pleura et le Directoire lui fit des funérailles magnifiques.

Ce grand chef, le premier après Bonaparte, généreux autant que ferme, laissait une réputation sans tache ; un vaste avenir s'ouvrait devant lui ; on a souvent agité la question si son ambition serait restée républicaine.

Conséquence du coup d'Etat. — La politique était devenue si trouble dans ces temps où la France brillait au dehors du plus vif éclat que la laide opération de fructidor fut indistinctement applaudie aux armées, au salon de Mme de Staël, quartier général du régime parlementaire, et dans les dernières jacobinières qui avaient fourni l'escorte d'Augereau (Santerre, Rossignol, p-Qurnier l'Américain, Pache).

Les lois et les principes sous les pieds des soldats, quelques-uns des meilleurs serviteurs de l'Etat déportés ou proscrits, cela parut une victoire de la République. C'était, à la vérité, l'écrasement pour longtemps des complots royalistes. Ce fut, surtout, le lit fait de la dictature militaire.

Bonaparte à Rastadt. — La Cisalpine organisée, Bonaparte traversa l'Italie en triomphateur, puis s'arrêta quelques jours à Rastadt, où commençaient à arriver les plénipotentiaires du Congrès. Il y prit son premier contact avec les Allemands, en eut mauvaise opinion.

Xe se sentant pas vaincue, l'Autriche manœuvrait déjà avec les princes de l'Empire pour sauver la rive gauche.

Xi le Directoire ne se souciait de charger Bonaparte d'une négociation où ileût fait du Rhin sa chose, ni lui d'un échec possible.

•< La rue de la Victoire ». — A Paris, où il descendit dans son petit hôtel de la rue Chantereine, qu'on appela désormais la nie de la Victoire, il eut l'art de paraître modeste et simple. Le Directoire (reconstitué avec Merlin de Douai et François de Neufchâteau) lui fit un accueil royal.

Répondant à Talleyrand,qui semblait redouter seulement que le héros s'en-

fermât « dans une glorieuse retraite », il lança le mot qu'il fallait, qui porta loin : « Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur de meilleures lois organiques, l'Europe entière deviendra libre. »

Voilà la promesse de César. Quand le pays sera las des brouiUons, des corrompus et des parleurs, quand « la poire sera mûre», il finira, lui, la Révolution. II avait recommandé aux Cisalpins en les quittant : « Ce n'est pas assez de ne rien faire contre la religion, il faut encore ne donner aucun sujet d'hiquiétude aux consciences les plus timorées. » Henri IV n'eût pas mieux dit.

Elu d'acclamation par l'Académie des sciences à la place vacante par suite de la proscription de Carnot, il déclara que «les seules vraies conquêtes sont celles qu'on fait sur l'ignorance ». Condorcet n'eût pas mieux dit.

Armée d'Angleterre. — A l'été de 1797, l'Angleterre est seule restée belligérante ; depuis la mort de Catherine, la Russie s'est comme retirée de la coalition.

Il y avait, après cinq ans de guerre, une profonde lassitude parmi les peuples ; jusqu'à la flotte anglaise qui s'était mutinée et avait arboré le drapeau rouge.

Cependant les gouvernements ne s'étaient pas encore résignés à la paix, — il faut entendre par là : aux frontières constitutionnelles, à la seule paix que le gouvernement de la République acceptât de considérer, — et, comme ils ne s'y étaient pas résignés à temps, de plus vastes ambitions étaient venues aux armées, aux partis et au Directoire.

La guerre continua ainsi à fumer sous les traités ; celui avec l'Autriche ne sera qu'une suspension d'armes de dix-hi\it mois.

Les ouvertures que fit le cabinet anglais après Campo-Fomiio paraissent avoir été sincères ; pourtant Canning dit que, si les conversations de Lille avaient abouti, ce n'eût été qu'une trêve.

L'Angleterre cherchant à renouer la coalition, le Directoire résolut de pousser la guerre à outrance contre l'ennemi séculaire.

Barras, en recevant Bonaparte, l'avait pressé de préparer « une conquête que la grande nation devait à sa dignité outragée ». Hoche a échoué dans son projet de porter la guerre en Irlande ; Bonaparte, nommé général en chef de l'armée d' .Angleterre, attaquera directement « Carthage ».

EXPEDITION D'EGYPTE

EXPÉDITION D'EGYPTE

DONAPARTE suivait depuis longtemps * projet de Leibnitz que

^ un autre dessein qui étonnerait bien LouisXIV avait repous-

davantage les hommes et qui était marqué se, en Egypte, au sceau de son génie, à la fois politique Dès septembre 1797,

et poétique : et c'était, au lieu de com- Talleyrand avait écrit à

battre l'Angleterre dans les brouillards Bonaparte : « Vos idées

de son île, de la chercher aux pays clas- par rapport à l'Egypte

siques et fabuleux du soleil, en Egypte et sont grandes et l'utilité

en Syrie, et, peut-être, jusqu'à Constan- doit en être sentie ». tinople, ou même aux Indes, pour la Bientôt les savants ^

ruiner dans son commerce et ses colonies, et les gens de lettres

Ainsi la prendra-t-il par surprise, se déclarèrent pour une

dans des pays dont les noms seuls sont entreprise « destinée à

évocateurs de gloire, où l'on ne verra que procurer un trésor aux

lui en pleine lumière, et loin de la sur- sciences et à éclairer le monde », et, aussi,

veillance du gouvernement. Comme il y «à couper l'isthme de Suez», à libérer

tiendra en haleine la renommée et comme les Grecs et les chrétiens d'Orient.

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