GOUVERNEMENT DE SIEYÈS
de la République conquérante en vue d'une alliance; l'entrée en guerre de la Turquie, auraient dû donner à réfléchir au Directoire.
Au contraire, il s'obstina dans sa politique brutale, chassa le roi de Sardaigne, annexa le Piémont, emprisonna le pape, prétendit arbitrer le partage des biens ecclésiastiques entre les princes allemands, refusa, une fois nanti du Rhin, des compensations italiennes à l'Autriche,lui offrit « des provinces turques ».
Quand un autre Hoche, Championnet, après avoir dispersé en trois jours l'armée napolitaine et chassé jusqu'en Sicile la reine Marie-Caroline, acclama la <' République parthénopéenne » et s'efforça de mettre le nouveau régime à l'abri des vexations et des voleries, le Directoire le révoqua, le jeta en prison et le remplaça par un général pillard.
Avant la fin de l'année, l'Angleterre noua la seconde coalition avec la Russie, résolue cette fois à envoyer des troupes en Occident, l'Autriche et la Turquie (décembre 1798).
Guet-apens de Rastadt. — Au printemps de 1799, les Russes débouchaient déjà en Allemagne et les Autrichiens avaient commencé, avec avantage, les hostilités ; Jourdan fut rejeté sur le Rhin et Schérer sur le Mincio, puis sur l'Adda. Cependant les plénipotentiaires de la République continuaient à délibérer, à Rastadt. avec ceux de l'Empire qui n'avait pas adhéré à la Coalition.
Comme les Autrichiens s'irritaient que les agents du Directoire fussent tolérés sur le territoire de l'Empire, les plénipotentiaires quittèrent Rastadt. Ils n'étaient pas sortis de la ville qu'une troupe de hussards fondit sur eux, massacra Bonnier et Roberjat et laissa pour mort Jean de Bry (28 avril 1799).
L'archiduc Charles, étranger au crime, le désavoua et le couvrit. Les assassins, bien que connus, ne furent pas punis.
Perte de l'Italie. — La campagne de 179g, mal engagée, continua par des défaites.
Les coalisés, avec l'avantage du nombre (près de 400 000 hommes contre 150 000), attaquèrent sur tous les points la longue frontière, du Zuydersée au golfe de Naples. Masséiia, seul, tint l)on, à la tête des armées du Rhin et de Suisse, en avant de Zurich, ferme comme le rocher.
Le gros effort fut, d'abord, en Italie où Souvaroff, vainqueur des Turcs et des Polonais, qu'on appelait tV Invincible», rejoignit les Autrichiens et prit le com-
mandement des deux armées. La défaite de Moreau, à Cassano, lui livra la Lombardie ; celle de Macduuald à la Turbie nous enleva, sauf le Piémont, le reste de l'Italie.
Joubert, appelé alors au commandement en chef, aurait voulu, tout ardent qu'il fût, se borner à la défensive. Souvaroff" l'obligea à livrer bataille à Novi. Comme Joubert s'était porté aux premières lignes, une balle le frappa au cœur.
JMoreau, qui avait accepté de servir sous lui, sauva péniblement l'armée.
Avec Championnet, il réussit à garder Gênes et la ligne de l'Apennin (août 1799).
En septembre, 40 000 Anglo-Russes, sous le commandement du duc d'York, débarquèrent au Helder et rejetèrent Brune sur Amsterdam. Les matelots hollandais, révoltés, rendirent le Texel.
Coups d' Etat de floréal et de prairial. — Ces défaites répétées, et la République, à nouveau, menacée sur toutes ses frontières, achevèrent de discréditer le Directoire.
L'année d'avant, il avait recommencé en floréal l'opération de fructidor ; les démocrates avancés ayant eu la majorité aux élections, il fit casser, avec l'appui des Conseils, 60 élections de « Montagnards ».
Les élections de l'an VII (1799), à l'heure des grandes défaites, furent encore plus hostiles au Directoire, mais, cette fois, le coup vint des Conseils. Le 28 prairial (16 juin), ils se déclarèrent en permanence. Treilhard, La Revellière et Merlin furent poussés par les « patriotes » hors du Directoire, déclarés déchus ou contraints à démissionner.
Sieyès, élu pendant sa mission de Berlin, avait monté le coup. Barras, acheté déjà par Louis XVIII, tout à fait usé et méprisé, se mit à la remorque de Sieyès.
Les trois nouveaux directeurs, Gohier, Roger-Ducos, le général Moulin, étaient des hommes obscurs. Bernadotte fut nommé à la Guerre, Cambacérès à la Justice, Reinhard aux Affaires étrangères en remplacement de Talleyrand (30 prairial), Fouché à la Police, après le désastre de Novi.
Gouvernement de Sieyès. — Les <i patriotes », les Jacobins reconstitués au Club du Manège et leur journal des Hommes libres (bientôt surnommé journal des Tigres) proposèrent les remèdes de 1793. C'était l'avis de plusieurs généraux, Jourdan, Augereau.
On décréta seulement des mesures fiscales et pénales qui furent pires que le