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Mêlas sous les murs de Gênes, où elle tint deux mois (avril-juin 1800) avec huit jours de vivres, mangeant son dernier cheval, son dernier chien et son dernier rat, et, comme disaient les soldats, « jusqu'aux bottes du général )> ; et que l'armée du Rhin, avec Moreau, trompait le maréchal Kray par des démonstrations aux ponts de Strasbourg, Brisach et Bàle, passait le fleuve à Schafîouse et poussait, par la vallée du Danube, jusqu'à Ulm et Augsbourg (mai- juin), tout à coup Bonaparte parut dans les plaines du Piémont.
Il avait fait passer eu treize jours, sans que personne en Europe ne s'en doutât, par les cols du Grand Saint- Bernard 40 000 hommes, traînant leur matériel sur la glace et la neige, ou le poussant sous le feu d'un fort inaccessible ; 20 000 autres descendirent par les autres sommets des Alpes, Petit Saint- Bernard, Gothard, Cenis et Simplon.
Rentrée à Milan. — La nouvelle de cet extraordinaire exploit remplit Mêlas de stupeur ; il s'attendit à recevoir aussitôt le choc de Bonaparte se portant au secours de Gênes. Bonaparte le trompa encore. N'hésitant pas à sacrifier Masséna, qui avait glorieusement rempli sa mission de diversion, il laissa Mêlas devant Turin, tourna à gauche vers la Lombardie et entra sans coup férir à Milan où il rétablit la République cisalpine.
Ainsi les Autrichiens se trouvaient enfermés dans le Piémont et coupés de leurs lignes de retraite du côté des plaines lombardes et vénètes.
Gênes. — Masséna rendit Gênes, quand il ne lui resta même plus deux onces de pain par homme ; mais telle était l'admiration qu'il avait imposée aux Autrichiens et si grand leur désir d'en finir avec un siège qui leur avait coûté plus de pertes que la ville n'avait eu de défenseurs, qu'ils lui accordèrent de sortir avec tous les honneurs de la guerre.
Il alla aussitôt rejoindre aux environs de Savone l'armée de Suchet, qui gardait la ligne du Var.
Marengo. ~ La tardive conquête de Gênes était devenue inutile, tous les passages du Pô étant maintenant aux mains de Bonaparte. Avec Masséna et Suchet sur leurs derrières, il ne l'estait aux Autrichiens d'autre ressource pour éviter l'enveloppement que de chercher à s'ouvrir un passage par la route d'Alexandrie à Plaisance.
Arrêtés par Lannes, au rude combat de Montcbello (9 juin), ils perdirent cinq
LiESAlX (17601809).
(D'après Guérin, £iW. A'at.)
jours à chercher une autre issue et furent obligés d'engager la bataille dans la plaine de Marengo (14 juin).
Vers trois heures de l'après-midi, la supériorité numérique de l'armée autrichierme 40000 hommes contre 20000 semblait lui avoir assuré la victoire ; Mêlas rentra à Alexandrie, d'où il envoya des courriers pour annoncer qu'il avait gagné la bataille. Au même moment, Desaix, revenu récemment d'Egypte et que Bonaparte avait chargé d'observer la route de Novi, accourut avec des troupes fraîches.
Cet admira'ole chef, que les Arabes appelaient «le Sultan juste» et dont Bonaparte disait que, seul avec Kléber, il était «l'homme complet», n'eut pas plutôt examiné la situation et regardé sa montre qu'il décida que la journée n'était pas encore assez avancée pour que la bataille perdue ne pût être regagnée avant le soir. Il s'élança lui-même à la tête de deux régiments.
Frappé presque aussitôt, il ne put prononcer qu'un seul mot : « N'en dites rien », mais on l'avait vu tomber et <i il vainquit après sa mort ».
Ses soldats, qui l'adoraient, jurent de le venger et se jettent d"un élan furieux sur les colonnes lourdes des Autrichiens. Une charge, au bon moment, des cuirassiers de Kellermann et une batterie de 12 pièces, démasquée par Marmont, achèvent de ramener la fortune. Les grenadiers autrichiens, enveloppés de tous côtés, se rendent ; le reste de l'armée repasse la Bormida et reflue vers Alexandrie, après avoir perdu toute son artillerie.
Mêlas ayant demandé à traiter, Bonaparte lui accorda de se retirer avec ses troupes en armes, mais à la condition de rendre Gênes et toutes les autres places de la Lombardie et du Piémont.
Les complots. — Si vastes que soient les résultats de .Marengo, Bonaparte a senti passer le vent de la défaite. Si Mêlas avait livre une seconde bataille, il l'eût gagnée (au dire de Marmont).
Bonaparte, qui savait encore être sage, écrivit à l'empereur, lui offrant le traité de Campo-Formio avec, en plus, des garanties pour les États secondaires, puis rentra vivement à Paris.
Les partis s'étaient fort remués en