LE GRAND EMPIRE
pvu lendemain d'Austerlitz à la veille ^ d'Iéna, Napoléon fonde le Grand Empire.
L'ambition carolingienne — Le grand Empire français, qu'il distingue de la France, ce sera à quelques frontières près, la reconstitution de la monarchie carolingienne. Il a déclaré lui-même sa prétention de recommencer ou, mieux encore, « d'être Charlemagne, parce que, comme Charlemagne, il réunit la couronne de France à celle des Lombards, et que son empire confine à l'Orient ^ ». Et, comme Charlemagne encore, il ne se satisfait pas de l'Empire d'Occident, mais il poursuit son rêve oriental, — au bivouac, la nuit d'avant Austerlitz, il a parlé longuement de Saint-Jean d'Acre, — et il se persuade toujours qu'il le réalisera avec les Russes.
Aussi cherche-t-il à les gagner ; quand leur armée désemparée a été à la merci des escadrons de Murât, il a envoyé Savary dire à Alexandre qu'il arrêtait la poursuite. (D'où la boutade prophétique de Vandamme : « Leur faire grâce aujourd'hui, c'est vouloir qu'ils soient dans six ans à Paris. »)
Déjà au ix^ siècle, l'empire de Charlemagne fut contraire à la nature des choses, pour avoir voulu assembler sous un même maître, comme sujets ou comme tributaires, depuis les bouches de l'Elbe jusqu'au golfe de Bénévent, des peuples trop différents les uns des autres.
Alors que le principal effort intérieur de ces peuples, pendant dix siècles, a été de dégager leur individualité dans l'indépendance et dans la liberté, combien le renouvellement de l'entreprise est plus chimérique encore !
Sans doute, si enivré qu'il soit de sa fortune, Napoléon n'a point égaré le sens des réalités ; dans ses évocations répétées au demi-dieu du moyen âge, comme autrefois dans ses rappels incessants de l'histoire romaine, il faut faire la part de l'effet oratoire.
Ainsi il se rend très
NAPOLÉON , l. Au cardinal Fesch
1769-1821). de Munich, 7 janvier 1806
l'ar Davi<l, {Correspondance, 9656). Il
Taiùtau iiu Sacre.) y revient sans cesse
nettement compte que, malgré delà gloire à ne savoir qu'en faire, le peuple français se lasse de la guerre perpétuelle, souffre de la perte de son commerce et aspire à la paix. Or, il a perdu la mer à Trafalgar et, dès lors, il ne pourra réduire l'Angleterre que s'il lui ferme le continent, et il ne peut le fermer que s'il en est le maître.
L'ordonnance du nouvel édifice sera magnifique, mais l'édifice est en carton ; ce n'est qu'un décor de théâtre.
Traité de Presbourg. — Le terrain fut déblayé par le traité de Presbourg (26 décembre 1803).
En vain Talleyrand, une fois de plus, a conseillé la modération envers l'Autriche, qui <i n'est plus redoutable » et qui est « nécessaire pour servir de barrière à la barbarie russe ».
Mais l'idée de l'équilibre est étrangère à Napoléon ; au surplus, il est logique avec lui-même, car comment bâtira-t-il à sa fantaisie l'Italie et l'Allemagne, s'il ne chasse l'Autriche de ses dernières provinces allemandes et italiennes? S'il ne lui interdit les routes de Dalmatie et d'Albanie vers l'Orient, comment se les réservera-t-il à lui-même?
Ce qu'il y a de plus redoutable dans ses imaginations, c'est que tout s'y tient comme dans ses plans de bataille les plus fortement conçus.
Il commença donc par prendre à l'Autriche Venise et, moins Trieste, tout le littoral de l'Adriatique jusqu'à Raguse et à Cattaro, pour les réunir à son royaume d'Italie; et le Tyrol, le Vorarlberg, le Brisgau et Constance pour en doter ses futurs feudataires allemands, le Bavarois, le Wurtembergeois et le Badois, qu'il fera rois et grand-duc. Comme dédommagement, rien que Salzbourg.
Le ministre prussien Haugwitz, après avoir porté à Napoléon les compliments qu'il avait préparés pour l'empereur d'Autriche et le tsar, s'empressa de signer un traité d'alliance (Schœnbrunn, puis Paris). Le roi de Prusse reçut le Hanovre en échange de Neuchâtel et de Clèves, principautés destinées par Napoléon à Berthier et à Murât, puis s'en excusa à Pétersbourg.
Haugwitz, parlant déjà comme Bethmann-Holhveg *, dit à Stein : <■ S'il a jamais existé une puissance que nous