I. Correspondance, 19 et 31 janvier
Napoléon a gardé de la Corse l'esprit de clan ; chacun de ses frères, aussitôt qu'il est nonmié, se croit « par la grâce de Dieu ».
Le protectorat de la Confédération du Rhin donna à l'empereur des Français un pouvoir de beaucoup cupérieur à celui des empereurs germaniques, des Franconiens et des Hohenstaufeu comme des Habsbourg.
Les princes allemands. — A la différence des anciens princes qui constituaient une aristocratie féodale presque indépendante et ayant chacun le libre exercice de la supériorité territoriale, les membres de la Confédération, liés à l'Empire français par une alliance offensive et défensive à perpétuité, lui avaient délégué la direction de la politique étrangère et s'étaient engagés à fournir une armée de 150 000 hommes pour toute guerre continentale.
C'étaient, avec quelques moindres seigneurs, les récents rois de Bavière et de Wurtemberg, le grand-duc de Bade, le landgrave de Hesse-Darmstadt, les deux ducs de Nassau et Murât, maréchal de France et beau-frère de Napoléon, nommé, le 30 mars, par décret, grand-duc de Berg et de Clèves.
Le roi de Bavière maria sa fille à Eugène de Beauhaniais, fils adoptif de l'empereur, et le roi de Wurtemberg la sienne à Jérôme Bonaparte.
Le siège de la Fédération fut placé à Francfort ; Napoléon fit savoir à la vieille Diète de Ratisbonne qu'il ne reconnaissait plus la Constitution germanique.
Fin du Saint-Empire. — L'empereur d'Autriche renonça, en conséquence, et sans qu'il eût été nécessaire de l'y inviter, à son titre, devenu vain, d'empereur d'Allemagne (6 avril 1806).
La disparition de l'antique Saint- Empire romain germanique, qui avait rempli le monde de son prestige pendant tant de siècles, passa à peu près inaperçue, comme la fin d'un vieillard qui s'est tant survécu qu'on apprend par sa mort qu'il existait encore.
Le régime français en Allemagne. — La plus grande partie de l'Allemagne d'alors, sans haine contre la France, subit ces changements avec indifférence; elle s'intéressait bien davantage aux choses de l'esprit qu'à la politique. Schiller et Kant venaient de mourir ; mais ses deux plus beaux génies, Gœthe et Beethoven, tous deux Rhénans, lui restaient et suffisaient à sa fierté.
Bien qu'elle eût été resserrée par la Révolution et que les sécularisations