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C'est ainsi qu'il le qualifia lui-même à Sainte-Hélène

iSo8. — ENTREVUE D'ERFURT.

que celle des fellahs du Caire ou des royalistes en vendémiaire.

Il a échoué dans son entreprise d'Egypte ; il prendra la Méditerranée à revers par la péninsule ibérique et les pays barbaresques.

Mais il ne devait jamais réussir à éteindre l'incendie ; cette vieille Espagne qu'il se figurait énervée et prête à la servitude, donna l'exemple des guerres nationales ; l'Angleterre, qu'il s'était proposé d'emprisonner sur les' mers, y trouva le champ de bataille européen qui lui avait manqué jusqu'alors.

En effet, la junte insurrectionnelle de Séville, à peine réunie, se déclara pour Ferdinand VII, appela les Anglais dans la péninsule et, pendant que Joseph se dirigeait vers Madrid avec un ministère de renégats, proclama, à la façon des Khalifes de l'Islam, la guerre sainte.

Les Espagnols se levèrent en masse.

Comme autrefois en Vendée, des bandes, appelées guérillas, surgirent du sol pour une immense chouannerie. La guerre fut sauvage. Des Espagnols fanatisés massacraient les prisonniers, les isolés et les blessés.

La Royauté avait eu beau se trahir elle-même ; le gros de l'armée lui restait fidèle.

Baylen. — Les insurgés furent d'abord battus par Bessières à Médina ; puis Dupont, l'un des meilleurs généraux de l'armée d'Austerlitz, échoua dans sa marche sur Cadix et fut enveloppé au retour dans les défilés de la Sierra Morena. Il capitula à Baylen, après un combat acharné de deux jours, dans des lieux affreux et sous un soleil d'Afrique (juillet 1808).

Cintra. — Le retentissement du désastre de Baylen fut immense. Le moral, dont Napoléon avait coutume de dire qu'il fait les trois quarts du succès, se tourna contre lui.

Joseph dut quitter Madrid, où il n'avait fait qu'entrer, et se retira derrière l'Ebre.

Le Portugal se souleva à l'exemple de l'Espagne. Junot, battant en retraite, trouva les Anglais, avec Wellesley, à Vimeiro, se brisa contre eux et accepta de signer la convention de Cintra ; sa petite armée fut transportée dans un port de France (août 1808).

La neutralité du Portugal et de l'Espagne en éloignait l'Angleterre ; Napoléon lui-même les ouvrait au futur vainqueur de Waterloo.

Ainsi se justifia en quelques semaines la parole de Talleyrand que la guerre

d'Espagne était d plus qu'un crime :

une faute ».

Joseph écrivit à Napoléon: «Votre gloire échouera en Espagne. »

Le réveil des peuples. — L'empereur, avant de se porter en Espagne et d'y ramener la victoire, s'inquiéta d'assurer la soumission de l'Europe centrale en son absence.

Les événements de la péninsule ont fait passer comme un grand frisson chez tous les peuples vaincus, ceux qui gardent un simulacre d'indépendance comme les vassaux. Le blocus, avec ses misères, chez tous ; la conscription chez les uns et les levées d'auxiliaires chez les autres, vont rendre bientôt la révolte préférable à la résignation. L'insurrection espagnole, c'est, dit-on, la Révolution française qui recommence contre la France. Dans tous les pays qui ont fait la guerre à la liberté française, le mot d'ordre est maintenant liberté.

Ce mouvement est encore en souterrain. Cependant l'Autriche, avec l'archiduc Charles, se refait une armée ; avec Stein, Scharnhorst,Hardenberg, ministres patriotes, et le philosophe Fichte, l'auteur des Lettres aux Allemands, la Prusse se refait elle-même.

Il parut à Napoléon que le renouvellement des serments de Tilsitt, dans une seconde entrevue avec Alexandre, suffirait à donner à réfléchir aux gouvernements et aux peuples.

Aussi bien Alexandre se lasse-t-il de promesses et tient-il pour des chimères les projets orientaux, pleins de génie, que lui a envoyés l'empereur. Il ne se soucie pas de la Perse et ce n'est pas vers l'Euphrate et vers l' Indus qu'il entend diriger ses ai-mées.

Il faut se résigner à le payer sur la Turquie et sur la Suède.

Entrevue d'Erfurt. — Bien qu'il eût été entouré d'un extraordinaire déploiement de magnificences et de tout ce qui était propre à imprimer l'idée de la puissance, l'appareil théâtral d'Erfurt manqua son objet. Ni l'entrée solennelle des deux empereurs dans la vieille cité saxonne où toute l'Allemagne officielle s'était ruée ; ni l'intimité affichée de leurs entretiens ; ni le geste du tsar serrant, devant un parterre de rois allemands, la main de Napoléon quand Talma lança le vers de Voltaire :

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des

[dieux ;

ni le nouveau traité d'alliance contre l'Angleterre, «ennemie du continent».

XAPOLÈON EX ESPAGNE. — 1806.

et, le cas échéant, contre l'Autriche, la une retraite précipitée à l'une de ses plus

reconnaissance du roi Joseph par Alexandre, et le consentement de Napoléon à la réunion des provinces danubiennes et de la Finlande à la Russie, ne restaurèrent les anciennes confiances.

Quelque chose de profond était cassé.

Napoléon en eut si bien lesoutinient «qu'il chargea trop son jeu » ; Alexandre y lut. Talleyrand mit en garde le tsar et Mettemich contre l'empereur et commença à trahir la France pour l'Europe (octobre 1S08).

Napoléon en Espagne. — Pendant que la cinquième coalition se tramait entre Londres et Vienne, l'empereur se hâta de vaincre en Espagne.

Ce fut l'affaire de deux mois (novembredécembre 1808). Avec la garde et 80 000 vieux soldats de la grande armée, il mit les Espagnols en déroute à chaque rencontre (Burgos, Espinosa, Tudela, Somo Sierra).

Avant la fin de l'année, il avait occupé tout le pays entre Ebre et Tage et repris Madrid. S'il refusa d'y

belles manœuvres d'enveloppement, quand il apprit que l'Autriche armait à outrance. Il décida aussitôt de rentrer à Paris (janvier 1809).

Saragosse. — Après son départ, Joseph s'installa à Madrid; Soult poussa les Anglais jusqu'à la Corogne, où ils se rembarquèrent, et s'apprêta à rentrer en Portugal ; Lannes emporta d'assaut Saragosse, défendue pendant quatre mois par Palafox. La ville prise, il fallut faire le siège des rues et des maisons où les femmes se battirent avec la même fureur que les hommes.

La guerre, aptes de telles défaites, eût été finie en Allemagne. Il n'y avait de vaincues en Espagne que les armées régu Hères ; les coeurs restèrent indomptables.

Guerre d'Autriche.

— Bien qu'il l'eût prévue depuis Erfurt. Napoléon - aurait voulu éviter la rupture avec l'Autriche, comme s'il avait redouté que, sur le Danube aussi, la guerre serait cette fois nationale. Si A 1 e X a n d re

entrer autre- carte des champs de bataille despagne et de Portugal avait faiten-

ment que tendre à

pour une visite au palais royal, afin Vienne que sa coopération militaire ne

de marquer son mécontentement à la manquerait pas à l'empereur, on peut

ville qui avait chassé son frère, il s'appli- croire qu'il eût été entendu ; mais il

qua avec beaucoup d'art à paraître le s'appliqua si bien à ménager l'avenir, il

restaurateur de la péninsule. fut si douteux, résigné à déclarer la

De son quartier général devant guerre, comme il en était tenu par le Madrid, il décréta l'abolition de l'Inqui- traité, et décidé à ne pas la faire, comme sition, l'abrogation des droits féodaux, ses affaires de Valachie et de Suède lui la réduction au tiers des couvents, la en donnaient le prétexte, que Napoléon suppression des douanes intérieures de ne tarda pas à s'irriter contre « ce fanprovince à province. Ces mesures firent tome d'alliance ».

redoubler les anathèmes des partis de la Au contraire, Mettemich s'était fort

servitude religieuse ; le parti de la liberté encouragé de la confidence de Talleyrand :

civile aurait voulu les tenir d'un autre « Le tsar n'est plus entraînable contre

que d'un envahisseur. vous. »

Il venait de passer les défilés de Gua- Pour l'Autriche, l'écrasant traité de

darrama, en plein hiver, sous un ouragan Presbourg n'a été qu'une trêve ; elle

de neige, et de se lancer à la poursuite s'exagère le mal qu'a fait à Napoléon

des Anglais, qui n'échappèrent que par « le chancre espagnol », comme il l'appelle

iSog. — ECKMUHL ET RATISBOXXE.

lui-même ; elle espère le réveil de TAllemagne ; surtout, elle a tellement épuisé ses finances à préparer la guerre que l'alternative se pose : emplo^-er son armée ou être <■ dévorée » par elle.

L'archiduc Charles prit l'offensive; il entra brusquement en Bavière, sans déclaration de guerre, avec 200000 hommes de boimes troupes, pendant que le Twol se soulevait, que les Westphaliens in^^gés menaçaient le roi Jérôme dans sa capitale et que le major Schill, à Berlin, Kath à Magdebourg, se mettaient en révolte (avril 1809).

L" armée des nations. — De larmée

Il attend Napoléon au renouvellement de la manœuvre d'Ulm.

Au contraire, l'empereur appelle à lui la moitié du corps de Davout, celui de Masséna et le gros des Allemands du Sud, perce, avec cette masse improvisée, la ligne des Autrichiens, coupe leur armée en deux, emporte Landshut, se rabat le lendemain sur Eckmiihl où s'est retiré l'archiduc, le repousse vers Ratisbonne, lui reprend la ville et le rejette dans les défilés de Bohême. Il s'ouvre ainsi, entre les deux tronçons de l'armée ennemie, la route de Vienne. Cela en cinq jours (10-23 avrin.

SIEGE L)E SAR.\GOSSE Lithographie de Adam.

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de 1809, Napoléon a dit que « ce n'était plus celle d'Austerlitz ». Avec un bon tiers d'.\llemands de la Confédération du Rhin, de Polonais, de Hollandais et d'Italiens, c'était «l'armée des nations », ce n'était plus « la grande armée ».

Elle gagna la guerre, toutefois sans coups de foudre. Cette dernière campagne victorieuse de l'empereur dura trois mois (17 avril-ii juillet 1809).

Eckmiihl et Ratisbonne. — Alors que l'archiduc Charles a passé l'Inn avec une armée organisée et réunie de longue date, l'empereur n'a en pour concentrer la sienne que quelques jours. Mais l'archiduc n'a su profiter ni de son avance ni de la supériorité de ses effectifs ; il a laissé échapper l'occasion de se jeter successivement sur Davout et sur Masséna.

Napoléon jugeait sa manœuvre d'Eckmiihl « la plus savante et la plus hardie» de toutes; cependant l'armée ennemie restait intacte et se repliait en bon ordre.

11 marcha ensuite sur Vienne comme au véritable but de la guerre, et il y entra, comme il l'avait annoncé, « juste un mois » après le début de la campagne (iQ mai i8cx)).

Le décret de Vienne. — Il en data, huit jours après, « de son camp impérial de Vienne », l'acte le plus surprenant de la part de l'auteur du Concordat (17 mai).

II n'avait encore proclamé la déchéance que de rois ; il décida que le pape avait cessé de régner.

Dans la note où Napoléon fait part

de sa décision à Champagny ', il allègue deux giiefs : «Ce n'est pas comme chef de la religion que le pape s'élève contre les mesures de prudence adoptées par une nation catholique (l'occupation militaire de Rome) : c'est comme souverain. •> En outre, Pie VII « prétend s'allier avec les "protestants et les ennemis de la chrétienté ».

1 L'mtérêt de la religion et celui des peuples de France, d'Allemagne et d'Italie, ordonnent donc à l'empereur de mettre un terme à cette ridicule puissance temporelle. <> o Si les papes sont les successeurs de Jésus-Christ, ils ne peuvent exercer d'autre empire que celui qu'ils tiennent de lui, et son empire n'était pas de ce monde. »

En conséquence : « Considérant que, puisque Charlemagne, empereur des Français et notre auguste prédécesseur, qui ht donation de plusieurs comtés aux évéques de Rome, ne les leur donna qu'à titre de fiefs et pour le bien de sesÉtats », Napoléon «révoque la donation»; «les Etats du pape sont réunis à l'Empire français », et « la ville de Rome est déclao'ée ville impériale et libre ».

Napoléon excommunié. — Dès que le décret, enregistré par le Sénat, fut entré en voie d'exécution et que des préfets et sous-préfets eussent été nommés pour les nouveaux départements, les troupes pontificales incorporées à l'armée de Naples et l'inquisition abolie, Pie VII lança contre l'empereur la bulle d'excommunication qu'il tenait prête (lo juin).

Enlèvement du pape. — Napoléon crut alors, ou feignit de croire, qu'rme flotte anglaise, qui croisait en vue de Civita-Vecchia, projetait d'enlever le pape et de le conduire en Espagne, et il prit les devants : ♦ Si le pape prêche la révolte et veut se servir de l'immunité de sa maison pour faire imprimer des circulaires, oti dent l'arrêter. Philippe le Bel fit arrêter Boniface... *. »

Le pape ayant été enlevé du Quirinal et conduit hors de Rome par le général MioUis, l'empereur écrivit à Fouché : « C'est une grande folie, mais, enfin, il n'y a point de remède ; ce qui est fait est fait... ». Il prescrivit de conduire le pontife à Savone : « Il y a là une

pjg ^-jj I. De Schotnbruiin, 17

(i742-ie23i. niai 1809.

(Daprès David. 2- ^U 19 juin 1809 à

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ESSLl .\ (,

assez grande maison où il serait asse?

convenablement... Je ne m'oppose point, si sa démence finit, à ce qu'il soit renV'Oyé à Rome '. »

Ni l'ancien oratorien (Fouché) 1 i personne ne fut dupe du désaveu,

La captivité de Pie VII à Savone, puis à Fontainebleau, dura cinq ans (t8o<(- 1814I. Il y subit d'indignes traitements, juSflu'à être privé des moyens d'écrire etr at être surveillé jour et nuit par un officier de gendarmerie.

Essling. — Pendant que le vertige de la grandeur poussait Napoléon à cette nouvelle violence, — l'un de ces actes qui faisait dire à l'amiral Decrès « qu'il devenait matériellement fou », — son génie militaire triompha encore une fois de l'Autriche, mais non sans peine. Il avait appris aux peuples à faire la guerre.

L'archiduc Charles s'était établi en face de Vienne, dans la vaste plaine de Marchfeld.

La première tentative de l'empereur échoua (21-22 mai).

Ayant concentré la plus grande partie des troupes dans l'île de Lobau, il les fit passer sur la rive gauche du fleuve, Lannes au village d'Essling et Masséna au village d'Aspem. Les Autrichiens réagirent avec une vigueur et une ténacité comme ils n'en avaient pas encore montré. Pourtant la périlleuse bataille, avec un immense fleuve à dos, allait être gagnée quand la crue du Danube emporta les ponts et arrêta le transport des munitions.

L'empereur, qui avait hésité la veille à engager l'opération à cause de la saison pluvieuse, ordonna aussitôt la retraite dans l'île, mais il ne la put assurer sans de terribles combats à Aspern et à Essling, pris et repris jusqu'à neuf fois. Les Autrichiens, s'achamant à jeter dans le Danube les troupes qui se repliaient, ne furent arrêtés qu'à la nuit.

Lannes, blessé mortellement à la dernière heure. Mouton, qui fit des merveilles à Lobau, Masséna, qui eût mérité, avant Wellington, le surnom de « duc de fer », sauvèrent seulement «l'attitude de la victoire * ». Plus de 40

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