LE PASSAGE DE LA BEKLZINA
Le général Eblé et ses pontonniers, travaillant jour et nuit dans Teau gl.icée, étaient par\eiius à jeter deux
ponts sur la Bérézina. Les boulets russes tombèrent au milieu de la masse des traînards qui furent pris de panique.
L'un des ponts se rompit. Des milliers d'iiommes périrent dans le fleuve.
i Litlisgrapliie de Adam, Bibl. Nat., Est. )
signait avec lui la convention de Kalisch, préface de la septième coalition.
Le corps du général York (aile gauche de Napoléon en Russie) donna le signal de la défection sitôt qu'il fut revenu au seuil de la Prusse.
Soulèvement de T Allemagne. — Les nouveau.x alliés appelèrent l'Allemagne au.x armes, dans un langage d'allure révolutionnaire. Toute la Prusse se leva, à la voix des professeurs et des poètes (Kœnier, Arndt, Fichte), prêchant, criant << la guerre d'indépendance», « la guerre sainte », « la croisade, pour la patrie f'ermanique, délivrée et unie ».
En condamnant la Prusse vaincue à n'avoir sous les armes que 40 000 hommes. Napoléon lui avait donné l'outil de la revanche. Scharnhorst avait imaginé de
cosaques ; Davout dut évacuer Dresde' d'où le roi s'était enfui et qui fut aussitôt occupée par les Russes.
Lutzen et Bautzen. — A son ordinaire. Napoléon prit l'offensive.
Le premier acte (mai 1813) fut court.
Deux sanglantes victoires, à Lutzen et à Bautzen, rejetèrent les alliés. Russes de Wittgenstein et Prussiens de Bllicher, de l'Elbe à l'Oder. Les jeunes levées se battirent comme des vétérans, mais, faute de cavalerie, l'empereur ne put exploiter son succès. Il entra seulement à Dresde.
Malgré qu'il donnât à croire que ses affaires étaient rétablies, la confiance restait ébranlée. Maret lui-même, le ministre des Affaires étrangères, si courtisan qu'il fût, osa lui écrire : « Les nations
iGT
S E PTl E M E COALITION.
tSij.
-<■ fatiguent de la nécessité de vaincre • ujours. » Son fidèle Duroc, quelques .stants avant d'être tué à Bautzen, ;!>ait à Mannont : «L'empereur est isatiable de combats ; nous y resterons ■.'•us. »-
Il recula devant le reproche qu'il voulait la guerre à tout prix et accepta la médiation de l'Autriche : armistice à Sleswltz (4 juin^ et congrès à Prague pour la paix générale (juillet).
Le plan des alliés. — Mais ni l'empereur ni les alliés ni l'Autriche ne voulaient la paix. Ils ne cherchaient qu'à « gagner du temps », — la même expression revient dans les lettres de Napoléon et dans celles de Mettemich, — le ministre autrichien pour amener son armée sur des positions « propres à l'offensive », et l'empereur pour faire venir sa cavalerie d'Espagne.
Alors la fortune des armes décidera :
ou le grand Empire sortira plus fort de la tempête, ou la France sera ramenée à ses anciennes limites. Les traités secrets, conclus à Reichenbach, rappelaient cet objet constant de la coalition.
Napoléon perça le plan des alliés.
11 y avait un moyen, un seul, de le déjouer, quitte à réserver l'avenir ; c'était d'accepter promptement leurs propositions : la Prusse rétablie telle qu'elle était en 1806, la Confédération du Rhin dissoute, les provinces illyriennes rendues à l'Autriche, l'indépendance de Hambourg et de Lubeck, le duché de Varsovie partagé entre l'Autriche, la Prusse et la Russie. La France n'eût pas gardé seulement les frontières de la République, mais encore la Hollande et le Piémont ; et Napoléon son trône d'Italie.
Perte de l'Espagne. — La question d'Espagne avait été réglée par la victoire de Wellington : irréductible derrière ses lignes de Torrès-Védras pendant près d'une année, il avait pris l'offensive après la retraite de Russie et était entré à Madrid ; après la défaite de Jourdan à Vittoria, il avait obligé Joseph à se réfugier en France. La frontière des Pyrénées était ouverte.
Les propositions des alliés, connues en France, y devaient paraître « favorables », et c'était le jeu de Mettemich qui comptait bien que l'empereur, dans son orgueil forcené, les repousserait.
Napoléon tomba au piège ; il les déclara « déshonorantes ».
Entrevue de Dresde. — Quand sa nature italienne reprenait le dessus, il savait dissimuler jusqu'à la ruse ; son tempérament césarien l'emporta dans
l'entretien qu'il eut avec Mettemich, à la veille du Congrès.
Peut-être pensa-t-il l'intimider par la violence de ses propos : « Je ne céderai pas un pouce de terrain... Un homme comme moi se soucie peu de la vie d'un million d'hommes... J'ensevelirai le monde sous les ruines. » L'Autrichien, très calme : 0 Ouvrons les portes et puissent vos paroles retentir d'un bout de la France à l'autre ! »
Congrès de Prague. — Le congrès fut « dérisoire », de l'aveu des Russes * ; les négociations « illusoires », de l'aveu de Caulaincourt. Les propositiojis des alliés, qui n'étaient déjà plus que « préliminaires » et qu'ils se réservaient d'aggraver, d'accord avec l'Angleterre, furent résumées dans un ultimatum, à accepter avant le 10 août.
Le 10 à minuit, comme Caulaincourt n'avait reçu aucun courrier., Mettemich déclara le congrès dissous. Le 12, l'Autriche entra dans la guerre. La réponse de Napoléon arriva le 13 : il refusait encore de céder sur Trieste. Hamboui-g et Lubeck.
Septième coalition. — Les traités de Toeplitz stipulèrent que les alliés « n'entreraient en négociation pour la paix que d'un commun accord ».
Non seulement quelques-unes des idées et la rhétorique de 92 avaient changé de camp, mais encore la méthode napoléonienne.
Pendant que l'empereur dispersa ses forces, les alliés concentrèrent les leurs et, évitant de le rencontrer, s'attaquèrent à ses lieutenants.
Ils furent conseillés par Jomini, ancien chef d'état-major de Ney, mais qui était Suisse, et par .Moreau, venu d'Amérique, avec l'idée de recevoir le commandement en chef contre Napoléon.
La place avait été prise par l'autrichien Schwarzenberg. Alexandre nomma Moreau feld-maréchal et l'attacha à sa personne ; un boulet le frappera à mort à la bataille de Dresde.
En deux mois (août -octobre 181 3), la guerre fut perdue et ce qui restait du grand Empire s'écroula.
Dresde. — La coalition avait réuni plus d'un demi-million d'hommes ; Napoléon n'en eut pas plus de 350 000, bientôt réduit à 250000. Il lui manqua les 150000 vieux soldats qu'il avait laissés, de l'Elbe à la Vistule, dans les places fortes.
Malgré cette infériorité du nombre, il présuma trop de ses moyens d'exécution : son génie se retourna, pour ainsi dire, contre lui.