Mémoires de Nesselrode
i8i3. — LEIPZIG ET HANAU.
Lorsqu'il eut gagné à Dresde, par l'une de ses plus belles manœuvres, sa dernière grande bataille, il en perdit presque aussitôt le fruit, parce qu'ayant voulu menacer à la fois Berlin, Breslau et Prague, il envoya ses lieutenants trop loin de lui. Tous se firent battre : Macdonald à la Katzbach, Vandamme à Kulm, Oudinot à Gross-Beeren, Ney à Dennewitz.
Du coup, les anciens alliés allemands, depuis longtemps ébranlés, les rois de Wurtemberg et de Bavière rejoignirent la « cause commune ».
Leipzig. — Les maréchaux, qui savaient la fatigue et la misère des troupes, ne virent de salut que dans une retraite générale sur Leipzig. L'empereur, comme s'il avait eu encore les soldats de Castiglione et d'Austerlitz, essaya de ressaisir toute la fortune par un coup d'audace : après avoir rejeté BUicher et Bernadette sur Berlin, revenir sur Schwarzenberg, en marche de Prague à Dresde, et le prendre entre la Mulde et l'Elbe.
Cette conception reste dans l'histoire militaire comme un chef-d'œuvre ébauché.
Il y renonça avec son ordinaire promptitude de coup d'œil quand il reconnut que les coalisés s'étaient décidés à pousser tous sur Leipzig et, le gagnant de vitesse, à essayer de l'envelopper.
Les Allemands ont donné le nom de bataille des Nations à la lutte de trois jours (16-19 octobre) qui s'engagea alors dans les plaines de Leipzig, Napoléon adossé à î'Elster avec 150 000 hommes,
300 000 alliés des armées de Silésie, du Nord et de Bohême convergeant les unes vers les autres.
La bataille demeurait indécise quand les Saxons, ayant aperçu les enseignes de Bernadotte, passèrent à l'ennemi (Prussiens et Suédois) et, à peine sortis de notre ligne de bataille, tournèrent leurs canons contre les divisions de Durutte et de Delmas.
Cette trahison, préparée par Bernadotte qui se considéra comme le vainqueur de l'énorme bataille, rendit la retraite inévitable ; un caporal qui fit sauter prématurément le pont de I'Elster, la changea en désastre. Poniatowski, fait maréchal la veille, se noya ; plus de 120 000 hommes jonchaient le champ de bataille.
Hanau. — Napoléon dirigea lui-même la retr-aite sur le Rhin. Les Bavarois, qui avaient précédé dans la défection les Saxons, essayèrent de lui en barrer la route. La garde les ' culbuta à Hanau (30 octobre) et l'empereur put gagner Mayence.
Non seulement toute l'Allemagne était perdue, mais, avec 40 000 hommes de jeunes soldats épuisés et dans l'impossibilité de rallier les belles troupes disséminées de Hambourg à Dantzig à la garde des forteresses, la ligne du Rhin elle-même ne serait pas défendable.
11 en confia la garde à Macdonald et à Marmont, pour le temps qu'il lui faudrait à refaire une suprême armée, et courut à Paris.