‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 486 sur 725 · METTERNICH · texte numérisé non relu

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avaient gardé, avec les habits et les airs d'autrefois, les préjugés qu'on avait crus morts.

Ces revenants se trouvèrent aussi étrangers dans la société née des « troubles », comme ils appelaient la Révolution et l'Empire, que l'avaient pu être les cosaques et les Baskirs dans les rues de Paris.

Tout ce monde, n'ayant pas encore appris à cacher les choses sous les mots, déclamait publiquement contre les oeuvres de la Révolution, déblatérait contre la liberté, blâmait la Charte, inquiétaitles possesseurs de biens nationaux par de perpétuelles menaces.

La cour et le haut clergé, qui avait repris une attitude de domination, se complurent aux cérémonies « expiatoires ». La piété justifiait les honneurs rendus à la mémoire de Louis XVI et de Marie- Antoinette ; les messes soler'uelles pour Pichegru, Cadoudal et Moreau, l'érection d'un monument à Quiberon parurent des défis.

Les « ultras » et l'Armée. — Le ministre de la Guerre, le général Dupont, le vaincu de Baylen, fit beaucoup de mal.

♦ La misérable résurrection de la Maison-Rouge », pour parler comme Chateaubriand ; les grades et les honneurs prodigués aux soldats de l'armée de Condé et aux marins qui avaient servi sur la flotte britannique, pendant que 14 000 officiers des grandes guerres étaient renvoyés en demi-solde ; les campagnes faites contre la France comptant pour la retraite ; l'armée livrée à des chefs incxDunus d'elle, souvent ridicules et quelquefois haïssables : c'était toucher non plus à la forme, mais au fond.

Louis XVIII s'inquiéta, approuva Chateaubriand d'avoir écrit : « La Charte est un traité de paix signé entre les deux partis qui ont divisé la France. La vieille monarchie ne vit plus pour nous que dans l'histoire ». Les ultras traitèrent d'impertinences les conseils du poète qui se mêlait de politi(iue.

Le Congrès de Vienne. — Du Congres de Vienne, qui dura huit mois (novembre 1814-juin 1815), on ne connut que ses fêtes et l'âpreté des vainqueurs à se partager les dépouilles des vaincus ; on a reconnu seulement par la suite que la pensée d'une vie des peuples fondée sur la paix a dominé ses débats.

Pareillement, les mérites de la diplo-

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LA CARTE DE L'EUROPE. — jSi^.

raatie de Talleyrand n'apparurent que plu> tard.

Le droit public. — Le traité de Paris est un fait. Le réaliste qu'est Talle\Tand ne peut partir que du fait. S'il eût cherchô à revenir sur le traité, il n'aurait abouti qu'à révuiir plus étroitement contre lui les signataires du pacte de Chaumont.

Il n'aurait pas pu invoquer le droit des peuples dans cette assemblée de rois et de ministres avides.

Il se fit donc le défenseur de la seule cause qu'il pût utilement plaider : la Ugitimtté, non pas dans le sens qu'en a donné une fausse traduction, mais selon sa propre détînition : « Le premier besoin de l'Europe est de bannir à jamais l'opinion qu'on peut acquérir des droits par la seule conquête. >

Alors que les Quatre (Angleterre, Autriche, Pi-usse, Russie) ne voulaient d'abord permettre à la France et à l'Espagne que « de faire connaître leurs opinions et leurs vœux », il sut jouer si bien des intérêts contradictoires qu'il <ibtint l'admission de la France, de l'Espagne, de la Suède et du Portugal « au partage de l'Europe » et fit stipuler que « les arrangements seraient conformes au droit public ».

Le prussien Humboldt, qui comprit, ayant protesté : « Que fait ici le droit public? — 11 fait que vous y êtes. »

Du système co-partageant, qui avait été la pratique du xvni<= siècle finissant, et de la conquête napoléonienne, on revenait ainsi à la politique de l'équilibre, qui restreignait le remaniement. La France marcha à nouveau de pair avec les grandes puissances et de concert, bientôt, avec deux d'entre elles (Autriche et Angleterre) ; elle redevint, comme le voulait sa tradition, le défenseur des petits Etats.

Le projet russe. — Le dessein du tsar, avec r arrière-pensée de rouvrir à son profit la question d'Orient, était de reconstituer un simulacre de Pologne avec ce qu'il possédait du duché de 'Varsovie et les provinces polonaises de la Prusse. Le roi de Saxe eût été transféré sur le Rhin. La France aurait eu un voisin faible, au lieu de la Prusse.

On a repnxihé à Talleyrand d'avoir fait cause commune avec l'Autriche et l'Angleterre contre le projet d'Alexandre. L'eùt-il appuyé qu'il n'en aurait pas assuré le succès ; Londres et Vienne fussent restées hostiles ; en outre, le projet avait réuni contre lui les Russes, qui criaient à la trahison, et les Polonais, qui se refusaient à être dupes.

L'Europe de 1815. — A la fin de l'hiver de 1S13, le Congrès avait arrêté, dans ses grandes lignes, la nouvelle carte de l'Europe.

La France demeurait ce que l'avait faite le traité de Paris, bien que tout eût changé en Europe depuis vingt ans.

Assuré que l'argument, si juste qu'il fût, ne porterait pas davantage à Vienne qu'à Châtillon, Talleyrand avait tout de suite déclaré qu'il était le seul à ne rien demander ; il ne voulait être que « bon Européen ».

L'Angleterre, pourvue aux colonies (Tabago, la Trinité, surtout Ceylan et le Cap), ne retint en Europe que des points stratégiques : Helgoland, Malte et Corfou.

La Russie fut confirmée dans l'occupation de la Finlande, cédée par la Suède, et de la Bessarabie, cédée par les Turcs à qui elle rendait les provinces danubiennes ; elle eut en Pologne ce que Catherine en avait abandomié aux Allemands lors dej deu.xième et troisième partages, notamment Varsovie et Sandomir. Cracoviefut constituée en république neutre.

La Prusse échangea 2 600 1 ieues carrées de territoires polonais (cédés à la Russie) et de territoires allemands (cédés au Hanovre et à la Bavière) pour 2300 lieues carrées de territoires dispersés, mais riches et bien peuplés : la Poméranie suédoise et les provinces rhénanes, avec Cologne, Coblence, Aix-la-Chapelle et Trêves.

L'Autriche, se concentrant tandis que la Prusse se dispersait, reçut, en échange des Pays-Bas, la Vénétie avec tout le littoral de l'Adriatique jusqu'à Cattaro, la Valteline et la Lombardie, et, en Allemagne, par échange avec Bade et avec la Bavière, le Tyrol, le Vorarlberg et Salzbourg.

L'Allemagne attendait le rétablissement de l'Empire sous une forme à la fois fédérale et nationale. Elle resta une association de grands, de moyens et de petits Etats indépendants, au nombre de 38, avec l'Autriche comme présidente de la Diète. La polyarchie continuait.

L'Italie fut divisée en sept Etats indépendants (Piémont, Naples, Rome, Toscane, Modène, Parme et Lucques), sans aucun lien fédératif.

Enfin le reste de l'Europe fut organisé contre l'ambition des grands Etats, accrus sans doute, mais de beaucoup moins qu'ils ne l'avaient espéré. LeCongrès confirma ou décida la formation du nouveau royaume des Pays-Bas, — d'invention anglaise, double barrière contre la France et contre l'Allemagne, — la neutralisa-

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