I. ToCQ'EVILLiî
parlementaire, même les républicains, n'avaient poursuivi que le renversement de Guizot. Le 22 février, après avoir, par prudence, décommandé le banquet du XII»-' arrondissement, Odilon Barrot et cinquante-deux députés déposèrent une demande de mise en accusation du ministère. Guizot l'accueillit avec dédain; rien qu'une manifestation pour couvrir la retraite.
Le lendemain matin, quelques barri-
j;,^,S' — ABDIC ATIO-N DE LO U I S- P H I LI P P E.
lei'RU-roll;^"
: D'après Madame Mongez, Mitse'e Carnavalet.)
cades surgirent. Comme la garde nationale avait jusqu'alors soutenu le gouvernement contre toutes les émeutes, le général Jacqueminot la convoqua, et le premier coup de théâtre se produisit.
La bourgeoisie de Paris était excédée de Guizot ; elle était d'ailleurs favorable à la réforme. Les légions ne furent pas plutôt dans la rue qu'elles se mirent entre la troupe et la foule, aux cris de : « Vive la réforme ! » et « A bas Guizot ! »
Cette «insurrection moraledela garde nationale », comme l'appela Louis-Philippe, le bouleversa. Il était « le roi » de la garde nationale. La reine, le duc de Montpensier lui dirent que Guizot le perdait II fit venir Guizot, lui demanda sa démission.
Guizot se rendit à la Chambre, monta tout droit à la tribune et, « renversant la tête presque en arrière de peur de paraître la baisser », annonça que le roi faisait appeler Mole.
L'opposition éclata en applaudissements devant la majorité consternée.
Le soir, Paris illumina.
La Révolution. — Alors le second coup de théâtre.
Comme une colonne de manifestants, joyeux de la facile victoire, passait sur le boulevard des Capucines, un coup de feu fut tiré (on ne l'a jamais su) de la foule ou de la troupe qui barrait le passage devant le ministère des Affaires étrangères. Les soldats, énervés, firent une décharge; les fusils partirent d'euxmêmes.
Les manifestants, qui étaient sans armes, crurent à un guet-apens. Ayant ramassé les cadavres (il y en avait une vingtaine), ils les placèrent sur une charrette, et, à la lueur des torches, remontèrent vers la Bastille, en criant vengeance.
L'émeute, devenue révolution dans la nuit, emporta tout, le jour suivant (24 février), en (lui'lqnos heures. Les meneurs décidèrent brusquement de renverser la monarchie.
Seulement ils n'avaient
PROrDHON
^BiU. Nat., Es:.)
fUitlKj>;rn|)liie de Des-
inaiscn;,, liihl. Nal..
rien préparé qu'un mot pour la remplacer.
Abdication du roi.
— ■ Le roi, dès qu'il fut informé de la fusilladi', fit venir Thiers et donna le Commandement des troupes à Bugeaud, énergique et impopulaire. Thiers ne voulut pas prendre le pouvoir sans Barrot. Le premier acte de Barrot fut de demander que La Moricière fiit adjoint à Bugeaud. Cela équivalait à le révoquer, « sans cependant, comme disait Thiers, faire descendre de cheval un maréchal de France ».
Mais déjà, l'heure du classique « trop tard » avait sonné. Dès le matin du 24, Paris était couvert de barricades, d'où partait maintenant le cri de « Vive la République » ; bientôt gardes nationaux et soldats de la ligne fraternisèrent avec le peuple. Avant midi, le Palais-Royal fut aux mains des insurgés.
On a reproché au roi de n'avoir pas défendu « son droit par les armes * ». Il avait l'horreur de la guerre civile et le souvenir de Charles X le hantait. Et la troupe ne marcha pas. Il n'y eut (' nulle part de résistance sérieuse » ^ ; le chiffre des morts pendant les journées de février fut pour l'armée de 72 et pour le peuple de 28g.
Moins d'une heure après, le roi, abandonné et s'abandonnant, avait abdiqué en faveur de son petit-fils, comme avait fait Charles X, et quittait en fiacre le palais des Tuileries où la révolution entra derrière lui.
Le gouvernement provisoire. — La duchesse d'Orléans se rendit à la Chambre avec ses enfants. Ici encore, c'était trop tard.
Si rapides qu'eussent été les événements, la foule déjà avait commencé à envahir la Chambre. Barrot proposa ,1a régence-avec la duchesse d'Orléans, à la place du duc de Nemours. Ledru-Rollin et Lamartine, pressés par Berryer et La Rochejaquelein qui tenaient leur vengeance de Juillet, réclamèrent la nomination d'un gouvernement provisoire. Comme les insurgés débordaient dans la salle des séances, le président Sauzet disparut. Il était un peu plus de 3 heures.