I. Rekan
L'ASSEMBLEE CO XS TI T U A N TE
I a Révolution s'était faite à l'occasion de la réforme électorale. Le gouvernement la réalisa par le décret qui convoquait une Assemblée nationale constituante de 900 membres, élue, au scrutin de liste départemental, par tous les Français âgés de vingt et un ans et domiciliés depuis six mois. Tout Français âgé de vingt-cinq ans était éligible. Les représentants recevraient une indemnité de 25 francs par jour.
Le pays n'avait pas demandé le suffrage universel, c'était seulement le parti républicain. Il n'échappa point à Ledru-Rollin, ministre de l'Intérieur, qu'il appelait brusquement à la vie publique 5 millions de paysans, de beaucoup plus conservateurs que libéraux.
Les socialistes, Blanqui, Raspail, Proudhon, hésitaient à embarquer la République sur cette mer sans rivages, sur cet océan inconnu.
Mais comment, ici encore, se désavouer? Aussi bien le gouvernement de Février avait-il foi dans la démocratie et, ce qui n'est pas tout à fait la même chose, foi au nombre et aux assemblées.
Le nombre ne possède pas une vertu mystique ; une assemblée nombreuse et sans contrepoids, avec une formation executive réduite à un pouvoir de décor et de signature, n'a d'un gouvernement que l'apparence. La Convention, modèle mal compris par les républicains de 48, neùt été qu'une cohue impuissante sans la dictature du Comité de salut public.
Les décrets de réforme. — Les membres du gouvernement étaient, pour la plupart, des hommes de beaucoup de talent et d'une grande élévation morale; ils n'avaient qu'une notion obscure de l'Etat.
Après avoir fondé le principe de l'égalité politique, ils opérèrent, toujours par décret, quelques très belles et quelques téméraires réformes : l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies, celles du serment politique, de lapeine de mort en matière politique, de la peine du pilori, l'entière liberté de la presse, le droit complet de réunion qui iit surgir aussitôt des clubs en grand nombre.
Les ateliers nationaux. — Le saut dans l'inconnu qu'était le suffrage universel n'était pas le seul danger qui menaçât la République. Il y en avait un autre, plus pressant : la question sociale posée tout à coup.
Dès le lendemain de son installation.
le gouvernement provisoire fut assailli par une foule qui réclama la substitution symbolique du drapeau rouge au drapeau tricolore. Lamartine put encore calmer l'émeute par la musique de son éloquence, qui le fit comparer à Orphée : « Le drapeau rouge n'a jamais fait que le tour du Champ de Mars, le drapeau tricolore a fait le tour du monde. »
Les jours suivants, il fallut cède, sur des réalités : la proclamation du droit au travail, qui parut une nouveauté, bien que renouvelée des constituants ; l'ouverture d'aleliers nationaux de terrassiers, très vieux moyen de lutte contre la misère, qui avait été employé par la Ligue, par Louis XIV, par la Commune de Paris ; un ministère du Travail, avec Louis Blanc, sous le nom de Commission pour les travailleurs ; la réduction à dix des heures de travail ; la création de la garde nationale mobile pour les faubouriens sans ouvrage, avec une solde de I franc et demi par jour.
Tout de suite, un mortel malentendu surgit.
La crise du travail. — Les ouvriers qui avaient d'abord « fait crédit de trois mois de leur misère à la République », prirent les ateliers nationaux pour une institution définitive, alors que ce n'était qu'un expédient, d'un caractère essentiellement transitoire. Le nombre des « sans travail » s'accrut de mois en mois, à cause du chômage des industries, de 8 000 en mars à 50 000 en avril et à plus de 100 000 en juin, «mourant de faim, mais l'esprit repu de théories vaines et d'espérances chimériques ».
Comme le gouvernement n'avait aucun ouvrage sérieux à leur donner, il leur fit remuer de la terre au Champ de Mars. Loin de se calmer, l'agitation des faubourgs devint plus intense et la propagande des chefs révolutionnaires plus violente.
La bourgeoisie était déjà mécontente des 45 centimes par franc que le ministre des Finances, Garnier Pages, avait^ ajoutés aux contributions directes, pour alimenter le trésor à sec. Elle s'effraya de la rhétorique démagogique qui sé\'issait dans les clubs, dans les journaux « rouges ».
Cependant les anciens royalistes et les bonapartistes, très actifs, continuèrent à se dire républicains. Le gouvernement républicain était devenu tout à coup le seul qu'on pût imaginer pour la France.
L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
Toutes les illustrations du pays, sauf Guizot en fuite, firent partie de
'expérience du suffrage universel et ' direct se fit sans difficulté.
JOURXÉF.S DE JUIN.