‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 527 sur 725 · LOUIS-NAPOLÉON · texte numérisé non relu

LOUIS-NAPOLÉON

ne lurent dans son jeu que beaucoup plus tard, et trop tard.

Il passa en Europe pour un grand homme tant que la fortune lui fut favorable ; dès qu'elle tourna contre lui, il ne fut plus, selon le mot de Bismarck, qu' (I une incapacité méconnue ». L'observateur de beaucoup le plus sûr qui l'ait approché, Tocqueville, lui reconnaît du jugement et de la finisse d'esprit. Mais il faussait tout par cette obsédante réminiscence de Napoléon, jusqu'à se croire un grand général, et, s'il fut hanté de grandes pensées, ce fut comme un cimetière l'est de revenants.

Assemblée législative. — L'Assemblée constituante se sépara au printemps de 1849. Aux élections pour la Législative, les conservateurs revinrent 500 contre environ 200 radicaux et socialistes. Entre les deux, les républicains modérés furent écrasés.

Les beaux talents oratoires ne furent pas moins abondants à la Législative qu'à la Constituante : avec les anciens de la monarchie de Juillet, Falloux, Billault, Montalembert (à droite), Hugo, Michel (de Bourges), Jules Favre (à gauche) ; mais l'esprit politique lui ût le plus souvent, et cruellement, défaut.

L'histoire de l'Assemblée législative se divise en deux parties :

Dans la première, elle engage, sans que le prince-président y fasse obstacle, quand il n'y pousse pas, la lutte contre les idées qui font de la République autre chosa qu'une étiquette.

Dans la seconde, Louis-Napoléon, qui

i849- — EXPÉDITION DE ROME.

s'est fortifié pendant que l'Assemblée s'est affaiblie, s'arme contre elle des mécontentements qu'elle a soulevés et tranche par le coup d'Etat de décembre le conflit qui les divise.

Expédition de Rome. — La première de ces deux périodes s'ouvrit par une entreprise dont les dernières conséquences ne furent pas étrangères, vingt ans plus tard, à la chute du second Empire.

Le gouvernement de Cavaignac, continuant la politique du manifeste de Lamartine, était resté en dehors de la mêlée des princes, dès peuples et des races qui finit en 1849 par la défaite générale des révolutions. L'effort de la France et de l'Angleterre contribua surtout à protéger l'Italie contre l'établissement de l'hégémonie autrichienne dans la péninsule.

Il parut nécessaire à, Cavaignac d'envoyer une brigade à Civita-Vecchia pour protéger le pape Pie IX qu'une insurrection avait chassé de Rome et pour empêcher l'Autriche de l'y rétablir sous sa seule garde.

Engagée contre lamain mise de l'Autriche sur l'Italie, la démonstration fut transformée par le nouveau gouvernement en une expédition contre la République romaine et pour le rétablissement du pouvoir temporel.

Ledru-Rollin invoqua le texte de la Constitution : « La République française n'entreprend aucune guerre dans une vue de conquête et n'emploie jamais ses forces contre les libertés d'un peuple. » En conséquence, il demanda la mise en accusation de Louis-Napoléon, puis appela le peuple à descendre dans la rue.

Quelques gardes nationaux seulement lui répondirent. Changarnier, qui commandait l'année de Paris, n'eut aucune peine à disperser la manifestation ; Ledru se réfugia en Angleterre (juin 1849).

Rome fut occupée après une courte résistance, la République renversée et le pape restauré. L'armée française fut maintenue à Rome pour la protection du Saint-Siège.

Expédition de Rome à l'intérieur. — Ce ne furent pas les républicains, ce fut le plus illustre des orateurs catholiques, Montalembert, qui donna le nom « d'expédition de R<jme à l'intérieur » à l'ensemble des mesures dont il définit ainsi l'objet : « Ne pas souffrir que les lois servent d'arsenal et de repaire au monstre du socialisme. »

L'insurrection de juin avait laissé un sentiment de terreur. Il n'y a point de pire conseillère que la peur. Elle réunit des hommes qu'on avait coniuis.

en d'autres temps, épris de liberté, Berryer, Victor de Broglie, Thiers luimême qui avait dit qu'il serait toujours c du parti de la Révolution ».

L'Eglise avait béni, après Février, beaucoup d'arbres de la liberté ; elle prit la tête du mouvement ; il fallait choisir entre le catholicisme et le socialisme.

Les ministères successifs de Louis- Napoléon, composés tantôt d'anciens serviteurs de Louis- Philippe, tantôt d'hommes nouveaux, mais tous du « parti de l'ordre », prirent l'initiative des mesures que réclamait l'Assemblée.

Lois de réaction. — Falloux faisait partie du premier ministère de Louis- Napoléon quand il présenta la loi qui ne se bornait pas à autoriser 1' « ouverture d'écoles libres et à rouvrir les écoles secondaires aux Jésuites », mais qui plaçait tout l'enseignement sous le contrôle de conseils où dominaient «toutes les grandes influences sociales », et, d'abord, les évêques.

La loi sur la presse qui rétablit le cautionnement et justifia le cri fameux de Lamennais : « Silence aux pauvres ! », fut proposée par les ministres Baroche et Rouher.

Enfin Baroche encore revendiqua à la tribune « la responsabilité » de la loi électorale du 31 m-ai 1850 qui, sur 9 millions d'électeurs, en supprima 3, « la vile multitude » selon un mot déplorable de Thiers. Le cens fut hypocritement rétabli : nul ne peut être électeur s'il n'est domicilié depuis trois ans dans la commune et ne le prouve par l'inscription sur le registre de l'impôt.

Impopularité de l'Assemblée. — Ces lois furent votées malgré l'opposition acharnée des républicains. Le régime même des assemblées fut atteint aux yeux de la classe ouvrière par la loi qui mutila le suffrage universel.

Quand les élus du peuple apparaissent comme incapables de satisfaire aux espérances qu'ilsont suscitées, alorsles peuples se lassent d'eux-mêmes, et la porte s'ouvre, comme sous un violent coup de vent, aux aventures.

Le conflit. — Louis-Napoléon reconnut vite le profit qu'il y avait à tirer de l'impopularité de l'Assemblée. Le conflit éclata à l'automne de 1850.

Louis-Philippe étant mort (25 août), les royalistes avaient entamé des pourparlers poTU' la fusion entre les deux branches de la maison de Bourbon, divisées depuis 1830. Les bonapartistes saisirent l'occasion attendue d'opposer ou vertement restauration à restauration : au

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