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rétablissement de la monarchie celui de l'empire.
La revue de Satory. — Louis-Napoléon ne se contenta pas de laisser faire. A une revue qu'il passa au camp de Satory, la' cavalerie l'acclama par ordre, aux cris de : « Vive Napoléon, vive l'empereur ! » ; l'infanterie resta silencieuse parce que son général, Neumayer, avait rappelé que les soldats ne doivent pas crier sous les annes ; il fut relevé de son commandement.
Changarnier était à la fois membre de l'Assemblée et commandant de la première division militaire et des gardes nationales de la Seine. Il désapprouva les manifestations des troupes en faveur du président, «non seulement encouragées, dit-il, mais provoquées ». Il fut destitué.
Thiers dit alors à l'Assemblée que, si elle reculait devant de pareils défis, «l'Empire était fait».
La majorité ayant rendu un vote de blâme contre les ministres, le président se borna à former un nouveau cabinet avec les principaux membres de l'ancien (Rouher, Baroche, Parieu, Fould) et quelques hommes nouveaux qui ne lui étaient pas moins dévoués (Drouyn de Lhuys, Magne), tous futurs dignitaires du second Empire.
La revision. — Maintenant, le coup d'Etat était l'objet de toutes les conversations : les amis du prince et lui-même protestaient qu'il en était incapable, ses adversaires que l'armée ne se laisserait pas entraîner à marcher contre l'Assemblée. « Pas une compagnie, pas une escouade », affirma Changarnier, qui termina son discours par une phrase de rhétorique : c Mandataires de la France, délibérez en paix. »
La Constitution avait limité à quatre années le mandat présidentiel et décidé que le président ne serait pas rééligible.
Comme lespouvoirs de Louis-Napoléon venaient à expiration en 1852, en même temps que ceux de l'Assemblée, plus d'un million de pétitionnaires demandèrent à l'Assemblée de reviser la Constitution et de rendre le président rééligible.
La revision ne pouvait étre.votée qu'à la majorité des trois quarts ; la revision
eut 446 voix contre 278, alors qu'il en eût fallu 343. Les chefs de la Montagne, les généraux d'Afrique, Thiers votèrent contre, les uns parce qu'ils se refusaient à remettre en discussion le principe de la République, les autres parce qu'ils voyaient dans le « Consulat » le vestibule de l'Empti-e.
La proposition des questeurs. — Louis-Napoléon se serait-il contenté d'un Douveau bail? La revision rejetée ne lui laissa d'autre alternative que de rentrer dans la vie privée ou de tenter un coup de force, de tenir ou de violer son serment du 20 décembre.
Il se décida pour le second parti et commença ses préparatifs. Une brillante campagne contre les Kabyles mit en relief le général de Saint-Arnaud qu'il avait choisi pour être le ministre de la Guerre de l'opération. Il était assuré d'un ministre de l'Intérieur sans scrupule : un fils naturel de sa mère, Morny, qui avait été de la majorité de Guizot, homme d'affaires et de plaisir. Pour paraître le champion du suffrage universel, il proposa l'abrogation de la loi du 31 mai.
L'Assemblée se prononça contre l'abrogation, à 7 voix de majorité. Elle n'aurait pas voté autrement si elle avait voulu, de propos délibéré, mettre le pays contre elle. Puis, comme si elle avait voulu s'offrir la poitrine nue à l'ennemi, elle fut sourde aux conseils pressants de Thiers, la conjurant d'adopter une motion des questeurs qui donnait au président de l'Assemblée le droit de requérir la force armée.
La gauche avait voté pour l'abrogation de la loi de mai ; elle vota contre la proposition des questeurs, confiante «dans la sentinelle invisible (le peuple) » qu'avait évoquée Michel de Bourges et dupe, une fois de plus, des phrases. Michel croyait aussi à la loyauté du président ; il dit de lui, quelques jours avant le coup d'Etat : « C'est mon homme. »
Il n'y avait pas de républicain plus fermé que le colonel Charras : « Le i^f décembre 1851, raconte Hugo, Charras haussa les épaules et déchargea ses pistolets. Croire à un coup d'Etat possible, cela devenait humiliant. »
LE DEUX DÉCEMBRE
LE même soir, Louis- Napoléon reçut, comme de coutume, au palais de l'Elysée, sans que son. impassible visage trahît démotien ; Morny parut à l'Opéra avant de s'installer au ministère de l'Intérieur.
Les ordres furent donnés dans la nuit
au gouverneur de Paris, le général Magnan, et au préfet de police, Mau— pas.
La Constitution contenait cet article :
« Toute mesure par laquelle le président de la République dissout l'Assemblée nationale, la provoque, ou met obstacle
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LE DEUX DECEMBRE
MOI N'i (1811-1865 .
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à son mandat, est un crime de haute trahison. »
Dissolution de l'Assemblée. — L'attentat fut vivement exécuté dans la matinée du 2 décembre, entre 6 et 8 heures.
Pendant que les troupes, qui avaient reçu des distributions de vivres et d'argent, sortaient de leurs casernes et occupaient les abords du palais de l'Assemblée, le colonel Espinasse y pénétra et se saisit des questeurs, le général Le Flô et Baze. Le président Dupin se terra. Des agents de police arrêtèrent en même temps, à leurs domiciles, les représentants du peuple qui auraient pu organiser la résistance, Thiers, Greppo, Roger (du Nord), Valentin, le colonel Charras et les généraux d'Afrique : Cavaignac, Bedeau, Changarnier, La Moricière, et les conduisirent à la prison de Mazas.
Les proclamations. — Vers 7 heures, les affiches du coup d'Etat furent collées sur les murs. C'était un décret signé de Louis Napoléon et de Mornv, et deux appels, au peuple et à l'armée.
Le décret prononçait la dissolution de l'Assemblée, le rétablissement du suf frage universel et la convocation <i du peuple dans ses comices ».
L'appel expliquait que l'Assemblée était devenue « un ioycx de complot » et que des hommes, <i qui avaient déjà perdu deux monarchies », « voulaient République »
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renverser la Le peuple était « le seul souverain» que reconnût Louis-Napoléon ; il lui soumettait le plébiciste suivant : « Le peuple français veut le maintien de l'autorité de Louis-Napoléon Bonaparte et lui délègue les pouvoirs nécessaires pour faire une Constitution. »
Ce serait, à peu près, la Constitution de l'an VIII : un chef responsable, nommé pour dix ans ; des ministres dépendant du pouvoir exécutif seul ; un Conseil d'Etat préparant et soutenant les lois; le Corps législatif les discutant et votant; une seconde Assemblée formée de toutes les illustrations du pays, «pouvoir pon-
dérateur ». L'adresse à l'armée disait : <• Je compte sur vous, non pour violer la loi, mais pour faire respecter la première loi du pays : la souveraineté nationale. »
On trouva plus tard une formule plus nerveuse : « Sortir de la légalité pour rentrer dans le droit. »
La résistance. — L'Assemblée était si impopulaire que le premier mouvement des ouvriers qui lurent les affiches, fut de trouver que « c'était bon ' ».
Cependant il se produisit assez de résistance, dans les deux jours qui suivirent, pour que fût sauf l'honneur des défenseurs de la légalité et de la République.
Les députés de droite se bornèrent à protester à la mairie du X" arrondissement et à voter, sur la motion de Berryer, la déchéance de Louis-Napoléon ; la Haute-Cour manda le président à sa barre. La troupe arrêta les députés et la police dispersa les juges.
Mort de Baudin. — Les représentants républicains essayèrent de soulever les faubourgs. Le peuple resta indifférent comme à un conflit qui ne le concernait pas.
Le 3, quelques représentants élevèrent une barricade à la rue Sainte-Marguerite; Baudin tendit son fusil à un ouvrier : <i Plus souvent que nous nous ferons tuer pour vous conserver vos vingt-cinq francs !
— Citoyen, tu vas voir comment on meurt pour vingt-cinq francs». Les représentants montèrent sur la barricade; les soldats tirèrent ; Baudin tomba, la tête fracassée.
Le 4, seulement, la °^''' lutte s'organisa, surtout
dans les quartiers du centre ; mais l'armée était conduite avec décision ; aucune fraternisation comme en février et en juillet ; la résistance fut brisée avant le soir. Au boulevard Montmartre, une fusillade, dont la cause est restée obscure, tourna au massacre.
Le coup d'Etat en province. — Le coup d'iitat fut accepté avec moins de résignation en province qu'à Paris; des soulèvements éclatèrent dans une quinzaine de départements. La répression fut très dure. Des commissions mixtes, composées du préfet, du procureur de la