‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 553 sur 725 · LA CHUTE DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

LA CHUTE DE L'EMPIRE

T es neutralités. — Cette guerre, qui, ^ selon le mot de Gambetta, devait, pour près d'un demi-siècle, vider la question de prépondérance entre l'Allemagne et la France, fut entreprise sous la désapprobation de l'Europe et sans alliances.

Lord Lyons, ambassadeur ti Paris, dès qu'il fut informé de la demande de garanties, avait prévenu Gramont : « La l'rance sera accusée de s'être jetée dans la guerre sans cause sérieuse, par orgueil <t par ressentiment. » L'Angleterre et les puissances Scandinaves publièrent des déclarations de neutralité.

La Russie, liée par d'étroits accords

avec la Prusse, et qui n'avait oublié ni la guerre de Crimée ni l'intervention de Napoléon III pour la Pologne, fit savoir à Vienne, que si l'Autriche se prononçait pour la France, ses armées entreraient en Galicie.

La question romaine. — Napoléon III avait entrepris, à Finsu de ses ministres, de négocier un traité secret avec l'Autriche et l'Italie. Victor-Emmanuel demanda au préalable l'évacuation de Rome. L'ancien ministre de Saxe, Beust, devenu premier ministre à \'ienne, posa la même condition.

L'empereur pensa à offrir à l'Italie le Tyrol, qui était à l'Autriche, au lieu de

L'OFFE y SI VF A LLE M AND F.

I Syo.

(.INtRAL

IiF. MOLTKE

{Cl. Lc^sch.et Pelsck.

Berlin.)

Rome, (iramont déclara : « La France ne peut pas défendre son hontieur sur le Rhin et le sacrifier sur le Tibre. »

Le prince Napoléon eut beau protester : le 3 août, l'empereur écrivit à rimpératrice :

« ^lalgré les efforts de Napoléon, je ne cède pas sur Rome ».

Autriche et Italie resti'rent neutres.

L'armée allemande.

— L'armée allemande, avec le noyau solide de l'armée prussienne, constituait l'une des forces militaires les plus redoutables que les temps modernes aient connues.

L'instruction de l'infanterie av^ait été entretenue par un «entraînement»

permanent. La cavalerie (dragons et uhlans) était excellente. L'artillerie avait des canons d'acier se chargeant par la culasse, portant plus loin que les pièces françaises. L'état-major n'avait pas de rival en Europe.

Quinze jours après la déclaration de guerre, l'Allemagne du Nord mit sur pied 900000 hommes dont 530000 en première ligne et l'Allemagne du Sud 120 000.

Le haut commandement était aux mains de chefs de guerre imbus profondément des préceptes napoléoniens, audacieux, pénétrés de l'esprit d'initia tive jusqu'à l'exagérer à la désobéissance, qui avaient depuis longtemps préparé leur campagne de France (Moltke, Rùon, Steinmetz, Manteuffel, Blumenthal, le prince Frédéric-Charles, le prince royal).

L'armée française. — L'armée française — l'armée du Rhin — bien que peuplée d'un très grand nombre de remplaçants et de rengagés et peu homogène, était égale, par la valeur, la solidité et l'énergie du soldat, à ses aînées les plus glorieuses. Le prince Frédéric-Charles dira d'elle : « Celui qui n'a pas su battre l'ennemi avec elle doit en répondre. Ces troupes pouvaient tout accomplir. »

Le fusil de l'infanterie était supérieur au fusil allemand. La cavalerie, hardie, entreprenante, était mieux montée que l'allemande, mais n'avait pas été préparée à l'une de ?es deux tâches principales : éclairer l'armée, la renseigner sur les mouvements de l'ennemi. L'artillerie avait toujours le canon « rayé » de 1 859, le « canon de l'empereur », qui avait

GENKRAL DE ROON (1803-187^ \a. Soc. PhotofT..

Berlin.)

contribué aux victoires d'Italie, mais qui, demeuré intangible, était devenu fort inférieur au canon allemand.

Les officiers d'étatmajor ne paraissaient jamais dans les troupes, savaient peu de chose de l'art militaire, abondaient « en non-valeurs courtisanesques ' ».

L'infériorité numérique de notre armée active était énorme : 400 000 combattants en première ligne et 130 000 dans les dépôts ; son organisation se prêtait mal à une mobilisation rapide.

L'Allemagne disposa ainsi de forces doubles en infanterie et en cavalerie, presque doubles en artillerie.

Napoléon III commandant en chef. — L'empereur, malade de la pierre et atteint d'hémorroïdes, ne pouvait se tenir à cheval que par des efforts héroïques de volonté. Il n'en avait pas moins pris le commandement.

Il commença par changer le pian de Niel et par en faire improviser un autre.

Le major général Le Bœuf était un très bel officier d'artillerie, mais ignorant de la grande guerre. Mac-Mahon, Bazaine, Canrobert, tous trois maréchaux, Frossard, ancien précepteur du prince impérial, Failly, général de cour, Ladmirault et Douay eurent chacun un corps d'armée; Bourbaki reçut la garde. Ni Montauban', ni Trochu n'eurent de commandement.

Offensive allemande. — La mobilisation des réserves et la concentration se firent avec une extrême lenteur ; les services administratifs se montrèrent très défectueux. Metz, où l'empereur établit son quartier général, fut un chaos pendant plusieurs jours.

Moltke, avec trois armées concentrées sur la rive gauche du Rhin, s'attendait à être attaqué. L'empereur laissa passer le temps où une offensive hardie lui aurait donné le Palatinat. Rien qu'une escarmouche à Sarrebrùck, le 2 août, pour ♦ le baptême du feu » du prince impérial. Le 3, Moltke ordonna l'offensive générale.

Nos sept corps d'armée étaient disséminés le long de la frontière ; Moltke lança deux énormes colonnes, l'une sur l'Alsace, l'autre sur la Lorraine en direction de Metz.

La défaite à la frontière. — En un mois l'Empire s'effondra (4 août-4 septembre).

Page 1