SIÈGE DE METZ
d'un combat de la campagne de Bohême, «le lion de Nachod ».
Le combat dura jusqu'à la nuit ; Steinmetz fut repoussé, mais il avait suspendu notre mouvement pendant toute une journée.
Bazaine se remit en marche le 15, mais toujours par une seule route encombrée et avec beaucoup de lenteur, jusqu'au plateau de Gravelotte, pendant que Frédéric-Charles, au contraire, brûlant les étapes, passait la Moselle à Pont-à- Mousson et atteignait à Mars-la-Tour la route de Verdun, où il fut bientôt rejoint par Alvensleben.
Gravelotte. — Le 16, dès que l'empereur eut quitté Gravelotte, Bazaine, qui, la veille au soir, avait prescrit aux troupes de se mettre en route à la pointe du jour, donna l'ordre de retendre les tentes et d'attendre de nouvelles instructions, « lorsque tous les corps seront arrivés à la même hauteur ».
Frédéric-Charles ne se proposait le 16 que de nous harceler ; Alvensleben, poussant devant lui, surprit les avantgardes de la cavalerie de Frossard qui faisaient la soupe.
Il engagea ainsi, à l'improviste, la bataille, depuis Gravelotte jusqu'à Marsla-Tour par Rezonville et Vionville, villages qui bordent la route de Verdun sur plus de 10 kilomètres.
Le combat prit aussitôt r.n ciractère extrême d'acharnement. Alvensleben, arrêté par Fro.'sard, menacé d'être débordé par Canrobert, ayant usé ses dernières forces dans une charge furieuse de cavalerie, « la chevauchée à la mort », eût payé cher sa témérité si Bazaine n'avait pas immobilisé à garder ses lignes de retraite sur Metz quelques-unes de ses plus belles troupes ^ Il se multiplia comme un colonel sur le terrain, mais ne dirigea à aucun moment la bataille.
Le sens de l'offensive manqua pareillement à Ladmirault ; il se contenta de repousser les assauts furieux de l'ennemi et arrêta l'élan des ripostes. « Le soldat aurait gagné la bataille tout seul si on l'avait laissé faire ''. » Malgré les troupes fraîches qui accouraient d'heure en heure au canon, les Allemands eurent la vision de la défaite -. « Que la cavalerie française arrive et nous sommes perdus ! »
Mais cette cavalerie, qui aurait été décisive aux points vifs de la bataille, était inutilement aux prises contre la
I. La Rarde et presque tont le 3* corps. -. Colonel CouRsoN de la Villeneuve.
cavalerie allemande, dans le plus formidable tournoi qui se fût livré depuis le premier Empire, sur le plateau de Villesur- Yron, au débouché du ravin de Rezonville.
Après qu'une dernière attaque allemande eût été brisée, toutes les troupes couchèrent sur leurs positions. Elles avaient attendu «jusqu'à la nuit noire le signal de l'assaut ^ ».
Saint-Privat. — Le 17, alors que l'armée se préparait à reprendre la victoire interrompue, Bazaine donna l'ordre de rétrograder vers Metz, sur le plateau d'Amanvillers. L'ordre fut reçu avec stupeur.
Les Allemands, ayant concentré toutes leurs forces, attaquèrent le lendemain (18) avec 220000 hommes contre 125 000.
Moltke dirigea lui-même la bataille, avec celle de Leipzig la plus grande du siècle, sous les yeux du roi. Bazaine resta à son quartier général de Plappeville, comme sourd à l'énorme canonnade. Malgré tous les appels qu'il reçut de Ladmirault et de Canrobert, il refusa encore d'engager la garde et la réserve générale d'artillerie.
Si écrasante que fût la supériorité des Allemands en hommes et en artillerie, ils n'eussent pas gagné la sa.-^glante bataille frontale où Steinmetz s'était brisé contre Frossard et les plus beaux régiments de la garde fait hacher aux glacis de Saint-Privat, si le prince royal de Saxe n'avait tourné Canrobert par un hardi mouvement débordant.
Lorsque Canrobert, |ce jour-là admirable d'énergie et de sang-froid, dut rompre enfin le combat, entraînant la retraite de toute l'armée, il ne put se taire de l'abandon où l'avait laissé Bazaine.
Bazaine se contenta d'observer à ses officiers : « Nous devions partir demain ; nous partirons ce soir : voilà tout ! »
Trente mille cadavres, dont douze mille de Français, couvraient le champ de bataille.
Siège de Metz. — Le 19 août, l'armée tout entière était rentrée au camp retranché de Metz. Elle n'en devait sortir, dix semaines plus tard, que désarmée et prisonnière, après deux tentatives si manifestement feintes de rompre l'encerclement que le prince Frédéric-Charles déclara lui-môme « qu'il n'y avait nen compris ».