FREYCINET
(Cl. Pirou.)
j'ai connu un homme qui a fait jaillir des armées du sol. »
Instruites dans quatorze grands camps régionaux, ces armées ne manquèrent à aucun moment, ni d'armes, ni de munitions, ni de vivres. Au témoignage du général Borel, tout ce qu'il était matérielleme nt possible de faire, fut fait.
L'abrogation temporaire des lois d'avancement permit de trouver des chefs jeunes ; Gambetta distingua les meilleurs parmi les anciens des armées de terre et de mer. Ses principaux choix (Faidherbe, Chanzy, Jaurès, Jauréguiberry) nepeuvent se comparer qu'à ceux de Carnot. Il accueillit Garibal'di, accouru avec ses chemises rouges, pour payer sa part dans la dette de reconnaissance de l'Italie; et, pareillement, les hommes du drapeau blanc, les zouaves pontificaux, Charette, Cathelineau.
La résistance à outrance s'incarna dans la dictature (car c'en fut une) de cet homme de trente-huit ans, d'une activité prodigieuse, toujours en mouvement, l'esprit clair et gai, de cette gaîté qui en marque la force. Il gouverna et électrisa. Les ligues du Midi furent dissoutes, l'ordre rétabli à Lyon et à Marseille, la confiance ranimée partout où parvenaient les échos de sa parole.
Un Alsacien écrit de lui : « Si le patriotisme peut produire des miracles, la France ne sera pas démembrée. » Il pourra se rendre à lui-même ce témoignage : « Jamais le désespoir ne s'est approché de mon âme. »
Le voyage de Thiers. — Thiers, à la demande de Jules Favre, avait -entrepris un dur pèlerinage à travers l'Europe.
Les souverains et les ministres reçurent avec déférence le vieil homme d'Etat qui, par sa prévision des événements et par sa résistance à la guerre^ était qualifié entre tous pour plaider la cause de la France ; mais il n'obtint ni à Londres et à Pétersbourg la promesse d'une médiation collective, ni à Vienne et à Florence celle d'une collaboration armée. Il n'eut que des protestations d'attachement et de regret.
Si les sympathies pour la France s'étaient fort accrues, les inquiétudes pour l'avenir de l'Europe commençaient à peine à s'éveiller. L'unité allemande sous l'hégémonie de la Prusse ne parais-
sait pas encore dirigée contre l'équilibre du continent; on ne voyait pas davantage que l'arrachement de r.\lsace-Lorraine à la France allait condamner le monde à la ruine de la paix armée. Bien plus, la défaite de la France donnait à l'Italie et à la Russie l'occasion attendue de se satisfaire à Rome et en Orient.
Les Italiens à Rome. — Le maintien de l'occupation romaine avait été la cause déterminante du refus de concours de l'Italie. Le premier mot de Victor- Emmanuel, quand il connut la capitulation de Sedan, fut qu' « il l'avait échappé belle », et son premier acte de demander au gouvernement de la Défense la permission de compléter l'unité italienne par la prise de Rome. La permission ne lui ayant été ni accordée ni refusée, il s'en passa. Les troupes italiennes entrèrent à Rome, le 2 1 septembre, et la capitale du royaume y fut aussitôt transférée. Le papes' enferma au Vatican.
Pareillement, la Russie s'apprêtait à tirer profit de la victoire allemande pour se délier des articles du traité de Paris qui interdisaient la mer Noire à ses flottes. Gortschakofï, de complicité avec Bismarck, aimonça par une simple circulaire (31 octobre) que la Russie se considérait comme affranchie et ne demandait à l'Europe que de régulariser par des protocoles la dénonciation de l'humiliant traité.
Trahison de Bazaine. — Le voyage de Thiers n'avait pas été sans préoccuper Bismarck ; il prit en main les négociations qui allaient amener la catastrophe de Metz.
Rentré, après les grandes batailles d'août, qu'il ne voulut pas gagner, au camp retranché de Metz, dont il n'avait pas voulu s'éloigner, Bazaine, comme on a vu, ne fit que des simulacres desortie, alors qu'il avait la supériorité dunombre et que l'armée n'était pas encore affaiblie par les privations. Cette magnifique armée sentait la trahison dans l'air, mais les chefs étaient sans force contre le général en chef et coupés de toute communication avec le gouvernement de la Défense.
Bazaine attendit que les approvisionnements fussent à la veille d'être épuisés pour se faire autoriser par un conseil de guerre à engager des pourparlers «en vue d'une convention militaire honorable ».
« Si l'ennemi veut imposer des conditions incompatibles avec l'honneur, on tentera de se frayer un passage les armes à la main. »
La mission Boyer. — Le général