CAPITULATION DE METZ
Bover, ami personnel de Bazaine, se rendit à Versailles. Bismarck fit un tableau cynique de la France en proie à r.marchie, puis déclara que, si l'impératrice et Bazaine consentaient à traiter, l'armée de Metz serait autorisée à gagner un territoire neutralisé où s'établirait la régence.
Changamier, qu'aveuglait sa haine de la République, décida le conseil de guerre à accueillir les offres de Bismarck, — par six voix contre deux, celles de Coftinicres et de Ladiuirault, — et Boyer se rendit en Angleterre. L'impératrice eut la claire vision de la félonie, refusa le blanc-seing qu'attendait Bazaine.
Elle écrivit toutefois au roi de Prusse pour lui demander une paix « honorable » et, d'abord, un armistice de quinze jours avec le droit pour l'armée de Metz de se ravitailler.
Le roi répondit que « les cessions de territoire étaient indispensables » ; Bismarck, certain de Bazaine, rompit les pourparlers.
Capitulation de Metz. — Maintenant la famine menaçait. On arrivait au dernier sac de farine. Déjà presque tous les chevaux étaient morts. Il n'y avait plus de choix qu'entre la capitulation impitoyable qu'exigeait le prince Frédéric- Charles ou une tentative suprême contre les lignes ennemies.
Coffinières protesta qu'un dernier effort était possible ; c'était l'avis de Le Bœuf,d'A3'mard, deCourcy,de Lewal, de Davout, de Clinchant qui pensa, un instant, à se mettre à la tête des officiers prêts à la révolte. Puis la discipline l'emporta, et Bazaine traita.
Il livra tout, plus de 170 000 hommes, 6 000 officiers, i 300 canons, 60 drapeaux, des monceaux de munitions, la ville oii s'élève la statue de Fabert avec l'inscription fameuse : « Si, pour empêcher qu'une ville que le roi m'a confiée ne tombât au pouvoir des ennemis, il fallait mettre à la brèche ma personne, ma famille et tous mes biens, je n'hésiterais pas un moment à le faire. » Quelques colonels brûlèrent leurs drapeaux (27 octobre).
Le prince rouge accorda les honneurs du défilé. Bazaine les refusa par peur des outrages, de la fureur des soldats.
" Sans la chute de Metz, les Allemands, de leur propre aveu, n'eussent pas été en nombre pour résister aux armées qui se formaient derrière la Loire.
Les négociations de Thiers. — Une proclamation de Gambetta, faite de lave ardente, annonça la trahison de
Bazaine : « Français, élevez vos âmes et vos résolutions à la hauteur des effroyables périls qui fondent sur la patrie. Il dépend encore de nous de lasser la fortune et de montrer à l'univers ce qu'est un grand peuple qui ne veut pas périr. »
Thiers, quelques jours avant, était revenu à Tours. L'Angleterre, la veille, avait pris l'initiative d'une proposition d'armistice. A la demande du tsar, Bismarck accorda à Thiers un sauf-conduit pour venir en conférer avec lui à Versailles et avec le gouvernement à Paris.
Le 31 octobre. — Paris apprit à la fois la chute de Metz, la perte du Bourget, à peine enlevé de l'avant-veille par un heureux coup de main du général de Bellemare, l'arrivée à Versailles de Thiers (31 octobre).
Déjà, au moment de FerrièreS, le parti extrême ivait protesté contre toute négociation : « L'espoir d'une paix achetée est un dissolvant pour toute résistance sérieuse ». avait écrit Blanqui dans son brûlant journal, la Patrie en danger.
Les trois nouvelles qui s'étaient répandues dans la même matinée à Paris, amenèrent autour de l'Hôtel de Ville une foule exaspérée. Les maires demandèrent l'élection d'une Commune. Comme Jules Favre et ses collègues s'y refusaient, les bataillons rouges de la garde nationale s'insurgèrent, firent prisonniers les membres du Gouvernement et en proclamèrent un nouveau : Blanqui, Delescluze, Flourens, Millière, Félix Pyat.
A leur tour, les bataillons de l'ordre descendirent dans la rue, se portèrent sur l'Hôtel de Ville, délivrèrent d'abord Trochu et Ferry, puis revinrent en force.
Au cours de la nuit, sans qu'un coup de fusil eût été tiré, l'émeute se dispersa. Un plébiscite confirma ensuite le Gouvernement de la Défense par plus de 500 000 voix contre 60 000.
Bismarck s'étant refusé à consentir au ravitaillement de Paris pendant la durée de l'armistice, dont l'objet précis était de permettre l'élection d'une Assemblée constituante, les conversations engagées avec Thiers furent rompues (6 novembre).
Coulmiers. — Trois jours après, le ciel qui n'avait pas encore été aussi sombre, s'éclaira d'une victoire, la première qui eût été remportée depuis le début de la guerre et qui parut l'aurore de temps plus heureux.
La guerre avait eu jusqu'alors deux pivots : Paris et Metz. Elle n'en avait plus qu'un. D'autant plus tous les efforts tendirent à faire lever le siège de Paris.