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LA PAIX DE VERSAILLES

guerre à outrance, bien que nombre de républicains fussent résignés à traiter.

Il n'y eut que sept bonapartistes, parce que l'Empire avait été, une fois de plus, r invasion.

La majorité royaliste fut nommée surtout par les campagnes.

Thiers fut choisi dans vingt-six départements, à cause de son opposition à la guerre ; Gambetta dans dix (dont le Haut et le Bas- Rhin, la Moselle et la Meurthe) comme le héros de la résistance.

Présidence de Thiers. — L'Assemblée élut pour président Grévy, quoique républicain, mais parce que favorable à la paix. Thiers fut nommé chef du pouvoir exécutif de la République, « en attendant qu'il fût statué sur les institutions de la France ».

C'était une sorte de dictature du bon sens et de la sagesse que monarchistes et républicains conféraient au vieil homme d'Etat dont la voix n'avait pas été écoutée par le Corps législatif de l'Empire.

11 prit pour ministres des républicains modérés (Dufaure, Jules Favre, Jules Simon, Ernest Picard) et des royalistes libéraux (Lambrecht, de Larcy).

Préliminaires de Versailles. — Assisté d'une commission de députés, Thiers se rendit à \'ersai]les ; les négociations, qu'il conduisit seul, durèrent trois jours (22-25 février).

Bismarck formula aussitôt les exigences de l'Allemagne : toute l'Alsace, la Lorraine mosellane avec Metz, une indemnité de 6 milliards et, jusqu'au payement complet, l'occupation d'une partie du territoire.

Il n'avait aucun doute sur la volonté des Alsaciens-Lorrains de rester Français. Il invoqua simplement le droit de conquête, rien que les raisons militaires et politiques.

Le droit des peuples à disposer d'euxmêmes, qui est le droit moderne, n'existait pas pour lui ; même il n'attachait qu'une importance oratoire aux arguments ethniques et historiques des savants allemands.

La lutte fut inégale entre « le sauvage de génie » qui avait voulu la guerre et l'éloquent vieillard qui n'avait pas pu l'empêcher.

La faiblesse de Thiers, ce fut sa conviction trop apparente que la guerre, « faute de moyens », ne pouvait pas être reprise. Pourtant, il menaça de rompre, non pas sur Metz, mais sur Belfort.

Bismarck, d'autre part, s'inquiéta de la conférence qui siégeait à Londres pour la révision, réclamée par la Russie, du

traité de 1856. Il était sûr du tsar Alexandre, sans qui la victoire allemande, de l'aveu même de l'empereur allemand >, eût été impossible ; mais l'Autriche « n'approuvait pas la réserve absolue de l'Europe indifférente ^ », et l'opinion anglaise commençait à reprocher sa passivité au gouvernement de Gladstone. Si la guerre reprend, que fera la conférence?

Il céda donc sur Belfort et sur le chiffre de l'indemnité, réduite d'un milliard, mais à une condition cruelle:

l'entrée des Allemands à Paris, dans le quartier de l'Arc de Triomphe et des Champs-Elysées, où ils resteraient jusqu'à la ratification du traité.

Thiers ne vit que Belfort à sauver, accepta, puis, brisé de douleur, courut à Bordeaux pour presser la ratification et abréger le supplice de Paris.

Séance du l*^' mars. — La discussion ne prit qu'une séance. L'Assemblée, décidée à approuv-er, se soulagea en votant d'abord, à la presque unanimité, la déchéance de Napoléon III, «responsable de la ruine, de l'invasion et du démembrement de la France ». Puis, 546 voix contre 107 — les Alsaciens- Lorrains, l'extrême gauche, Hugo, Gambetta, Chanzy — adoptèrent le traité.

La même douleur étreignit ceux qui se résignèrent, ceux qui refusèrent de consentii à la paix de démembrement.

La protestation 'des Alsaciens-Lorrains.

— Grosjean, l'un des représentants des provinces sacrifiées, déposa alors sur la tribune leur démission collective et leur protestation : « Livrés, en dépit de toute justice et par un odieux abus de la force, à la domination de l'étranger, nous déclarons, encore une fois, nul et non avenu, un pacte qui dispose de nous sans notre consentement. La revendication de nos droits resteà jamais ouverte.» (1'='' mars.)

Les « protestataires », au milieu d'un grand silence, sortirent de la salle des séances ; Kuss, maire de Strasbourg, mourut le soir même. Gambetta, sur sa tombe, annonça la revanche du droit :

(' La force nous sépare, mais pour un temps seulernent, de l'Alsace, berceau traditionnel du patriotisme français »

L'échange des ratifications eut lieu à Versailles, le 2 mars ; l'empereur Guillaume avait fixé au 5 son entrée triomphale à Paris. Les préliminaires de

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