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LA GUERRE CIVILE

LE sacrifice consommé, la politique de Thiers fut dominée par la pensée de relever « la noble blessée ». Quand ses forces auront été ranimées, la France dira « comment elle veut vivre », en république ou en monarchie. Le prix appartiendra « au plus sage » ; le gouvernement sera le prix de la raison.

Pacte de Bordeaux. — Cette trêve des partis, qu'on appela « le pacte de Bordeaux », fut acceptée volontiers par les républicains, qui avaient le mot, en attendant la chose. Au contraire, les royalistes découvrirent leurs projets de restaurer la monarchie.

La monarchie avait pour elle un long passé de gloire, la force de son principe, les fautes de l'Empire, celles de la République ; mais elle était impossible tant que ne seraient pas réconciliées les deux branches de la maison de France.

Les exaltés, qui étaient nombreux à droite, ne se taisaient pas de leur haine contre la République, c la gueuse qu'il fallait étrangler », disait Changarnier.

Les grandes villes, très républicaines, s'émurent. A Paris, les révolutionnaires, qui avaient manqué leur coup le 31 octobre, exploitèrent ces imprudences avec d'autant plus de succès que l'Assemblée painit avoir pris à tâche d'irriter une population encore mal remise de sa longue épreuve, et, selon le mot de Thiers, encore brûlante de «la fièvre obsidionale ».

Les échéances prorogées depuis sept mois, furent déclarées exigibles dans les quarante-huit heures, ce qui mettait tout le commerce en faillite ; la question des loyers fut écartée brutalement de l'ordre du jour.

Enfin l'Assemblée, qui ne pouvait rester à Bordeaux, refusa de transférer le siège du gouvernement à Paris ; elle eût voulu l'installer à Fontainebleau. Thiers eut beaucoup de peine à faire accepter Versailles, encore trop près.

Paris, humilié, offensé, regarda préparer l'insurrection.

Comité central. — Favre avait obtenu de Bismarck que la garde nationale conservât ses armes. Les bataillons fédérés, sentant leur force, élurent un Comité (entrai qui fut, tout de suite, le quartier général de la révolution.

La plupart des membres du Comité étaient des agitateurs obscurs ; quelqviesuns appartenaient à l'Association inter-

nationale des travailleurs, qui avait son siège à Londres, où elle recevait les directives du socialiste allemand Karl Marx.

Aucun gouvernement n'eût pu, sans abdiquer, tolérer cet Etat dans l'Etat, « la République indépendante de Paris », comme on disait au Comité central.

Thiers décida de reprendre aux fédérés plusieurs centaines de canons qui, lors de l'entréfi des Allemands, avaient été portés à Montmartre.

Il pensait éviter par cette opération la guerre civile et la déclencha.

Le 18 mars. — Le général Vinoy s'y prit mal. Montmartre occupé par surprise, les attelages manquèrent pour enlever les canons. La forde, où les femmes étaient en grand nombre, entoura les soldats qui se laissèrent gagner et levèrent la crosse en l'air.

Avant le soir, tout Prris, sauf les quartiers riches, a glissé à la révolution anonyme. Thiers, avec le gouvernement et les débris de l'armée, est parti pour \'ersailles d'où il se propose de reprendre Paris de vive force, selon le plan qu'il a déjà conseillé en février 1848.

A Montmartre, le général Lecomte et Clément Thomas, vieux républicain qui a commandé la garde nationale pendant le siège, ont été fusillés par une poignée de misérables (r8 mare 1871).

La Commune. — Après de vaines tentatives de conciliation, menées par des maires et des députés de Paris * entre deux intransigeances : Je Comité central et l'Assemblée de Versailles, Paris nomma, par plus de 200 000 voix contre autant d' abstentions, un conseilexécutif — quatrevingts membres, un par quartier — qui s'appela, comme en 1793, la Commune.

Avec des idées à l'antipode, Paris a eu des gouvernements analogues pendant la guerre de Cent ans et pendant la Ligue.

Les socialistes y furent en minorité (une douzaine, dont plusieurs ouvriers) et de beaucoup moins violents que les Jacobins {des romantiques dévoyés dans la parodie de 1793, quelques esprits politiques, des aventuriers suspects).

Blanqui, trois fois élu, était en prison au mont Saint-Michel depuis la fin du siège. Le * vieux » eût été un chef d'une

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