DISSOLUTION DE LA CHAMBRE
JVLES SIMON
fa. Benqut.)
ministre de Thiers, mais aussi insinuant et souple que l'autre r-tait rude et tout dune pièce (décembre 1876).
La droite marqua d'abord un peu de faveur à Jules Simon, qui s'entendait mal avec Gambetta ; il eut l'avantage sur lui dans le débat sur des droits
financiers du Sénat qu'il voulait égaux à ceux de la Chambre, ce qui n'est pas la doctrine anglaise.
Si manœuvrier qu'il fût, et si désireux de concilier ses anciennes opinions radicales avec les exigences d'un gouvernement d'équilibre, il était pourtant trop de son parti pour céder sur l'un des principes les plus certains, non seulement des pouvoirs issus de la Révolution, mais de la vieille Royauté : à savoir que l'ingérence du clergé dans les affaires publiques ne peut être tolérée et que le domaine de l'Etat doit être aussi respecté par l'Eglise que celui de l'Eglise par l'Etat.
Le débat sur les menées ultramontaines. — Il ne pouvait y avoir qu'une voix, même parmi les plus modérés (Henri Germain, Lamy, Léon Renault, IMarcère), pour condamner le pétitionnement des Comités catholiques et les mandements des évoques réclamant l'intervention de la France à Rome, en faveur du pape. Decazes, à nouveau, s'en inquiéta.
Jules Simon eût voulu arrêter l'interpellation sur les menées ultramontaines après sa propre déclaration, harmonieusement filée, si habile qu'elle cessait de l'être, — l'un de ces sermons philosophiques qui faisaient dire à l'évêque Dupanloup, à qui Rome venait une fois de plus de refuser le chapeau, que Jules Simon sei'ait cardinal avant lui.
L'intervention de Gambetta élargit singulièrement le débat. Il alla au fond des choses, dénonça, « sous le masque transparent des questions religieuses, l'action politique d'un parti politique », qui n'était autre que la contre-révolution. A ce parti ^montant à l'assaut du pouvoir», il répondait par la formule de son vieil ami Peyrat : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi. »
Jules Simon accepta l'ordre du jour des gauches, qui ne comprenait pas le mot de « confiance » et réclamait la répression, par tous les moyens, d'une « agitation anti-patriotique » (4 mai 1877).
Renvoi du ministère.
— L'avertissement était grave. Il y avait un moyen sûr de faire de la formule lancée par Gambetta le cri de guerre des républicains pour de longues et dures années de lutte : c'était de la justifier. Rome, sous un autre pontife que blffet le vieux Pie IX, aurait (a. Camus. j été plus prudente. -
Le maréchal eût voulu congédier aussitôt le ministère. Le duc de Broglie donna l'avis de ne pas ouvrir le conflit, et cela « dans l'intérêt même de l'Eglise », « sur une question religieuse > ».
Quelques jours après, l'attitude passive du gouvernement dans les débats sur l'abrogation de deux lois de l'ordre moral (presse et municipalités) fournit le prétexte attendu, mais qui ne trompa personne. Le maréchal adressa à Jules Simon une lettre de blâme, reçut aussitôt la démission du ministère et appela le duc de Broglie (16 mai).
Dissolution de la Chambre. — Le ministère de Martignac n'avait pas été autrement renvoyé par Charles X.
Comme en 1829, le nouveau ministère prorogea d"abord la Chambre. Comme en 1829 où ■ 221 députés libéraux avaient signé l'adresse de protestation au roi, 363 députés républicains signèrent, à l'appel de Gambetta, un manifeste au pays : « L'entreprise est dirigée contre la République ; la France dira une fois de plus qu'elle veut la République. »
Charles X n'avait eu qu'une ordonnance à rendre pour dissoudre la Chambre. La Constitution obligeait le maréchal à demander l'autorisation du Sénat.
Broglie justifia la demande par la menace du radicalisme et, comme s'il avait voulu grandir Gambetta, posa le débat entre le maréchal et lui. La dissolution fut accordée par 144 voix contre 130. Plusieurs sénateurs dirent <■ qu'ils votaient la mort dans l'âme» (26 juin 1877).
Pendant que le Sénat compromettait dans cette aventure le droit de dissolution, l'un des ressorts nécessaires du régime parlementaire, la Chambre tenait ses dernières séances. Les orateurs des gauches firent, au milieu du tumulte, le procès du pouvoir personnel ; il lui avait suffi de reparaître pour troubler aux profondeurs un pays qui ne demandait