MORT DE THIERS
qu'à travailler dans l'ordre républicain.
Comme le ministre de l'Intérieur Fûurtou, provocateur à son ordinaire, se réclama de l'Assemblée nati<jnale « qui
faire dire des prières publiques pour les élections.
Six cents conseils municipaux furetit dissous, I 800 maires révoqués, le colportage interdit aux journaux républi-
a\'ait été la pacificatrice du pays et la cains, les débits où fréquentaient les
libératrice du territoire », Gambetta, montrant Thiers, s'écria : « Le voilà, le libérateur du territoire. » Toutes les gauches, debout, répétant le geste, acclamèrent pendant plusieurs minutes l'illustre vieillard.
républicains fermés, des centaines de procès de presse intentés. Menaces, tracasseries, argent, faveurs, rien ne fut épargné pour faire revenir le suffrage universel sur son vote de février 1876. Le pays républicain resta très calme,
Les 363. — Au scrutin, les 363 se mais, pendant des années, il gardera une
retrouvèrent pour adopter l'ordre du colère, parfois mauvaise conseillère,
jour de méfiance. Le prince Napoléon, contre les hommes du passé qui ont tâché
député de la Corse, vota avec les gauches, à contraindre sa volonté par de tels
les bonapartistes avec les royalistes. moyens.
Un comité électoral « unique » donna Mort de Thiers. — Thiers, à quatre-
aussitôt le mot d'ordre : La réélection vingts ans, avait retrouvé ses ardeurs du
des 363 s'imposant « comme un devoir civique », telle la réélection des 221 en 1830.
La campagne électorale. — Pendant cet été de 1877, Gambetta fut le rhef incontesté des républicains , aussi ardent à la bataille qu'attentif à la maintenir sur le terrain strictement
l I.n.lJ.AIl-l k UU I HkRIlOlKI--, LH VoU.A
légjd et, lorsque tant Comme Fourtou, ministre de rintériei.r réclamait pour j '^ ^ l'Assemblée Nationale l'honneur d avoir libéré le territoire.
de conservateurs se Cambetta montrant Thiers s'écria : « Le libérateur du COmpO r t a i e n t en territoire, le voilà ! » Toutes les gauches acclunèrent OU
I>erturbateurs, par lant le langage de l'homme de gouvernement.
Dans un discours à Lille, après avoir annoncé la victoire certaine des républicains, il lança, à l'adresse du maréchal, le dilemme retentissant : « Quand la France <'ura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre. »
Les hommes du nouveau gouveraement de combat eurent l'illusion qu'on peut « faire marcher la France ». Tout ce qu'il y avait de républicains dans le
l'illustre vieillard.
temps OÙ il menait le combat contre Polignac. Il escomptait que le maréchal , vaincu , préférerait se démettre à se soumettre, et qu'il lui succéderait. Il avait déjà son gouvernement tout préparé, avec pour premier m i n i s t re Gambetta « qu'il présenterait à l'Europe ».
Tout apprit
congestion
coup, qu'une l'avait
emporté (3 septembre 1877).
Paris lui fit des funérailles grandioses, qui parurent « une insurrection silencieuse >>.
La succession de Thiers. — Ce grand conservateur rassurait les timides. Gambetta, désigné par la démocratie militante pour la succession éventuelle du mai-échal, s'effaça devant Grévy, à peine moins conservateur que Thiers.
Le ministère fit lancer deux manifestes par le maréchal : « La lutte est entre l'ordre et le désordre » ; on promena le
personnel administratif et judiciaire fut vieux soldat en province où il fut accueilli
révoqué et remplacé par des fonction- le plus souvent au cri, jugé hostile, de
naires, pour la plupart bonapartistes, qui « Vive la République ! » avaient la pratique de la candidature offi- Elections du 14 octobre. — Le pays
cielle. Aux 363, on opposa <• les candidats ne se déjugea pas ; le 14 octobre, 3i7répu-
du maréchal », 50 pour 100 de bona- blicains furent élus contre 199 candidats
partistes, qui eurent l'affiche blanche des officiels. La pression administrative avait
actes administratifs. gagné 46 élections.
Le clergé donna en plein, comme pour Qu'allait faire le maréchal? Résister,
justifier le mot excessif de « gouverne- gouverner avec le Sénat, recourir à une
ment des curés ». Il fallut l'empêcher de nouvelle dissolution, c'était le conseil des
DÉMISSIOX DE MAC-MAHOy.
JLLES GRE\Tf (1 807-1891).
fCl. Nadar.)
échauffés, des fauteurs de coup d'Etat qui, déjà, avaient trouvé le ministère trop faible. Accepter les décisions du suffrage universel, abandonner les pratiques du gouvernement personnel, rentrer dans la vérité de la Constitution : c'était l'avis des sages, du duc
d'Audiffret-Pasquier, président du Sénat des amis personnels du comte de Paris et du duc d'AumaJe, qui répudiaient « les procédés bonapartistes ».
La fin de la crise. — Le ministère donna, puis reprit sa démission ; la Chambre élut Grévy à la présidence ; les républicains nommèrent un comité de direction de 18 membres.
Le duc de Broglie affronta la colère des gauches, se mesura une fois de plus avec Gambetta, tomba debout (19 novembre) .
Le maréchal, désemparé, essaya d'un ministère extra-parlementaire, avec le général de Rochebouët. La Chambre refusa d'entrer en rapports avec des comparses, ajourna le vote du budget.
Le parti de la résistance l'emporta alors pendant quelques jours. On fit dire au maréchal qu'il irait « jusqu'au bout ». Finalement, il céda, «les larmes aux veux », et rappela Dufaure (13 décembre
Le second ministère Dufaure. — Certainement, il eût préféré se démettre ; ce très honnête homme pensa qu'il avait encore des devoirs à remplir. Sa présence à l'Elysée ne fut pas étrangère à la modération des partis victorieux.
L'invalidation des députés qui ne devaient qu'à la pression officielle leur mandat, la révocation des foncticxinaires qui s'étaient compromis dans l'aventure, ce furent toutes les représailles ; la mise en accusation des ministres du 16 mai fut repoussée par la Chambre.
Pendant l'année qui suivit, les républicains se contentèrent de se fortifier sur les positions conquises. Assurés que le prochain renouvellement du tiers du Sénat leur donnerait la majorité dans la haute Assemblée, ils ajournèrent leurs projets de réfonne.
Le plan Freycinet. — Ehifaure ont pour politique d'eu faire le moûts possible ; Freycinet, l'ancien délégué de
Gambetta à la guerre, qu'il avait appelé au ministère des Travaux publics, et Léon Sa)', redevenu ministre des Finances, établirent im projet pour compléter le réseau des chemins de fer et des voies navigables et outiller convenablement les ports. C'était une dépense, écheloruiée sur plusieurs années, de 4 milliards.
L'intérêt qu'éveilla l'annonce de cette vaste entreprise et le succès de l'Exposition universelle, la première depuis la guerre, où la France appelait le monde à constater son relèvement et sa vitalité, facilitèrent la conclusion tacite d'une sorte de trêve des partis.
Congrès de Berlin. — La guerre russoturque, qui s'était poursuivie en 1877 I>endant la crise de notre politique intérieure, avait entraîné de tels changements dans l'empire ottoman que l'intervention de l'Europe était devenue nécessaire.
Le ministre des Affaires étrangères Waddington représenta la France au Congrès tenu à Berlin, sous la présidence de Bismarck.
Il en rapporta la suggestion anglaise, approuvée par Bismarck, que la Tunisie pourrait compenser à la France les avantages qu'avaient acquis en Orient la Russie par la création de la Bulgarie, l'Autriche par son installation en Bosnie et l'Angleterre par l'annexion de Chypre.
Démission du maréchal. — Les élections sénatoriales de janvier 1879, qui donnèrent la majorité aux républicains, décidèrent le maréchal à la retraite ; des décrets, préparés i>ar le ministre de la Guerre, pour le remplacement de neuf commandants de corps qui exerçaient leurs fonctions depuis plus de trois ans, ce qui était contraire à la loi, lui fournirent l'occasion la plus honorable. Il refusa de frapper, même pour se conformer à la loi (mais la politique était bien aussi pour quelque chose dans les décrets), d'anciens compagnons d'armes. Il adressa aux présidents des Chambres sa démission : Grévy fut élu le jour même (30 janvier 1879),
Dufaure, invité à rester aux affaires, dit fort justement qû' « à une situation nouvelle, il fallait des hommes nouveaux ». Grévy appela Waddington.
L'opiniMi attendait Gambetta qui fut nommé président de la Chambre. Le siège des pou\oirs publics fut transporté de Versailles à Paris.
C'était le commencement d'une période nouvelle : la République aux républicains.
PKFSIDENCE DE GRÉl'Y
LA RÉPUBLIQU
A suivre d'année en aiuu'e les; t vone- •**• meuts, pendant la longue période de paix qui va de Tavènement des républicains au pouvoir jusqu'à la gfuerre de 1914, on perdrait le sens de l'histoire. Le relief en est peu accentue. Il faut regarder aux ensembles, aux résultats.
Quelques épisodes seulement se détachent d'une toile de fond assez monotone. C'est que la France besogne, qu'elle s'enrichit par le travail plus qu'à aucune autre période de son existence, et que les assemblées, à travers les disputes et les crises, s'appliquent à consolider et à améliorer les institutions libres, à développer l'instruction, à favoriser l'industrie et l'agriculture, à mettre plus de justice dans l'impôt, à réaliser plus de solidarité sociale, à organiser la défense nationale pour toutes les éventualités, à étendre le domaine colojiial.
Gambetta disparu et Ferry écarté de la grande scène, les hommes n'ont pas plus de relief que les événements. La démocratie est niveleuse.
Quand Michelet aborde l'histoire de Bonaparte, il se plaint de dire adieu aux idées, à la nation : « Je vais m'occuper d'un homme » Par contre, l'Anglais Carlyle pense que « l'histoire de ce que l'homme a accompli en ce monde, c'est au fond l'histoire des grands hommes qui ont travaillé ici-bas ». On verra au dernier chapitre de ce livre, comment un grand et bon peuple, sans le secours d'un Richelieu ni d'un Bonaparte, était prêt aux plus grandes choses.
Présidence de Grévy. — De 1879 à 1&86, Ils républicains, Mêles au programme qn'ils avaient soutenu sous l'Empire et sous l'ordre moral, en firent la loi de la République.
D'abord, « les libertés nécessaires », selon le mot de Thiers, la liberté entière de réunion et la liberté de la presse dont les délits ne furent plus justiciables que du jury ; puis, les lois d'enseignement : l'obligation, la gratuité, la laïcité de l'instruction primaire ; la création de collèges de filles ; l'obligation pour les instituteurs congréganistes dans leurs écoles d'être pourvus du même brevet de capacité que les instituteurs laïques ; le retrait de la collation des grades accordée par l'Assemblée nationale aux Facultés et Universités catholiques.
Les lois sur la presse et sur les réunions ne rencontrèrent que peu de résistance.
Au contraire, la droite s'opposa de toutes ses forces aux lois qui furent présentées et
jui.es ferrv ( 18,12-18931.