‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 598 sur 725 · H. BRISSON · texte numérisé non relu

H. BRISSON

(Cl. Pierre Pelil.J

si longtemps entouii'de mystère, et la lettre de l'attaché militaire ii a lien, celle que Heiir\ avait montrée aux che s, qui avait été produite au procès de Zola et dont l'auteur de ce livre avait écrit aussitôt qu '« elle puait le faux ».

Cavaignac, d'une loyauté au-dessus du soupçon, dit qu'il en avait pesé « l'authenticité matérielle et l'authenticité morale ».

La Chambre acclama et fit afficher son discours (7 juillet). Cavaignac fit alors arrêter Picquart, toujours le principal témoin, pour les mêmes accusations qui l'avaient fait chasser de l'armée.

Un mois plus tard (13 août), l'un de ses officiers, qui procédait par son ordre à l'examen des dossiers, découvrit que cette pièce décisive avait été fabriquée avec des morceaux de deux lettres différentes. C'était un faux.

Henry, convoqué par Cavaignac, s'en reconnut l'auteur. Cavaignac le fit conduire au Mont -Val érien où il se coupa la gorge avec un rasoir. Le lendemain, Esterhazy prit la fuite. Le général de Boisdefîre, qui avait été le protecteur de Henry, donna sa démission.

La revision engagée. — Brisson, jusqu'alors aussi hostile à la revision que Cavaignac, conclut de ces événements que, maintenant, elle s'imposait. Cavaignac continua à s'y opposer, donna sa démission.

En quelques heures, le gros des républicains changea de camp ; Brisson transmit la demande en revision, formulée par la femme de Dreyfus, à la Chambre criminelle de la Cour de cassation qui l'admit et ordonna une enquête, qu'elle commença aussitôt (20 septembre 1898).

Renversement de Brisson. — Il y avait moins d'un an que Zola avait écrit : « La vérité est en marche, rien ne l'arrêtera plus. »

Evidemment, la vérité était en marche, mais elle allait encore rencontrer beaucoup d'obstacles. Même la lutte devint plus âpre, parce qu'on ne se battit plus seulement pour faire attribuer un chiffon de papier jauni à un juif alsacien ou au descendant d'un bâtard hongrois.

Dans ce carrefour du xix^ siècle finissant, c'était de nouveau la lutte entre les principes du monde moderne et ceux de la contre-révolution, idées aux prises au-dessus des combattants,

PRESIDEXCE DE LOUBET.

tels les dieux, dans Ylliade, au-dessus des Troyens et des Grecs.

Après le départ de Cavaignac, Brisson avait appelé successivement deux généraux au ministère de la Guerre.

Le général Zurlinden eut des hésitations, puis se retira simplement ; le général Chanoine, après avoir feint d'accepter la r vision, se démasqua en séance et donna théâtralement sa démission.

Du coup Brisson fut renversé (octobre 1898).

La loi de dessaisissement. — Dupuy, qui succéda à Brisson, essaya de louvoyer entre les partis.

Freycinet, ayant consenti à rentrer au ministère de la Guerre, s'employa à ramener au calme l'armée que tant de secousses avaient troublée. Le ministre de la Justice, Lebret,bien que professeur de droit, proposa d'enlever aux magistrats de la Chambre criminelle, tenus pour suspects, le jugement sur la r-vision et de faire prononcer par les trois Chambres réunies.

Il n'y avait pas de précédent à une telle modification de la loi pénale au cours d'une instruction. Le projet fut combattu, dans les deux Chambres, par quiconque avait le sens du droit (Renault-Morlière, Millerand, Bérenger, Trarieux, Waldeck- Rousseau).

La « loi de dessaisissement » n'en fut pas moins votée. Le ministre de la Justice dit à ceux des députés qui hésitaient : « Regardez dans vos circonscriptions. »

Mort de Félix Faure. — Au cours du débat sur le dessaisissement, Félix Faure mourut subitement (16 février 1899).

Le président du Sénat, Loubet, fenne républicain et notoirement acquis à la rcvision, fut élu à sa place contre Méline. Les complots. — Depuis quelque temps, royalistes et nationalistes conspiraient à nouveau, mais séparément, à l'affût d'ime occasion qui pennît de recommencer le coup de force manqué par Boulanger.

Le duc d'Orléans, devenu le prétendant depuis la mort de son père, fit des avances à Déroulède, président de la Liu^ie des patriotes.

Déroulède ne voulait pas plus de la monar- '^>, chie que de la Répu- 1 blique parlementaire ; ' c'était une République plébiscitaire qu'il se prop(jsait d'établir par le moyen d'une brigade que ses ligueurs entraîneraient au Pa-

lais-Bourbon ou à l'Elysée. Il déclara que, si le prétendant cherchait à profiter du « 4 septembre militaire », il l'arrêterait de ses propres mains.

Le duc ne s'en tint pas moins prêt à profiter du coup, au premier signal. Son représentant, Buffet, fils de l'ancien ministre, avait préparé des relais et organisé des bandes, beaucoup de bouchers, sous un autre Caboche, Guérin.

Tentative de Reuilly. — Déroulède, au retour des obsèques de Félix Faure, se jeta à la tête du cheval du général Roget, à défaut du général de Pellieux, pris de scrupules à la dernière heure.

Roget, bien que des plus ardents contre la revision, ne voulut rien entendre des appels de Déroulède : t Suivez-nous ; des amis nous attendent; à l'Hôtel de Ville, à l'Elysée, mon général ! »

Il ramena sa troupe à la caserne de Reuilly ; Déroulède y pénétra avec quelques ligueurs, mais pour s'y faire arrêter, après avoir, vainement encore, harangué les officiers et les soldats (23 février 1899).

Déroulède, qui ne voulait pas laisser diminuer son personnage, réclama d'être renvoyé devant le Sénat constitué en Hàute-Cour, comme l'avait été Boulanger, pour complot et pour attentat.

Le gouvernement de Dupuy se contenta de le poursuivre, en vertu de la loi sur la presse, pour « provocation » ; le jury de la Seine l'acquitta.

La revision. — La Cour de cassation, toutes Chambres réunies, annula le jugement qui avait condamné Dreyfus et ordonna qu'il serait traduit devant un autre conseil de guerre.

Comme les adversaires delà revision, après avoir obtenu qu'il fût statué par les Chambres réunies, ne s'inclinaient pa? davantage « devant cet appareil grairdiose et rassurant de légalité » : « La vraie accusée, dit le pape, ne serait-elle pas la République? '»

Aux courses d'Auteuil, le président Loubet fut hué, frappé dans sa tribune.

Les républicains, si longtemps indécis et divisés, ouvrirent enfin les yeux.

Reprenant la politique que Gambetta avait inutilement conseillée aux premiers temps de la République, ils firent bloc, h l'exception de quelques ultra-modérés, contre les partis de droite. Dupuy écarté, Waldeck-Rousseau forma un gouvernement de «défense et d'action républicaines ».

Gouvernement de Waldeck-Rousseau.

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