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les moelles, le plus frémissant'des patriotes, il racoiita l'histoire de France comme celle d'un être aimé, et l'histoire de la Révolution comme celle d'une Croisade.
NiGuizot, ni Thierr>' n'avaient oublié leurs préférences doctrinaires ; le fens historique de Michelet fut autrement large et profond. Il refoula presque constamment ses propres sentiments et ses propres idées pour comprendre, par une sympathie divinatrice, les hommes et les choses d'autrefois. Personne plus que lui n'a appris à la France à s'aimer dans son passé, dans tout son passé.
Chassé de sa chaire du Collège de France, puis de son laboratoire des Archives, pour refus de serment au second Empire, il trouva dans sa disgrâce la source d'une foi plus ardente encore. A aucun moment, il ne mit en doute les destinées de la chère terre française, « sa patrie qui peut, seule, sauver le monde ». Sa religion de la Révolution n'est qu'un article de sa religion de la patrie.
11 se reposait de ses études historiques, de « la dure et sauvage histoire de l'homme », par l'étude des sciences naturelles. Dans l'Oiseau, l'Insecte, la Mer, la Montagne, il donna une âme aux bêtes et aux plantes, « im pouls » (la marée) à l'Océan.
Successeurs de Michelet. — Comme le génie ne s'enseigne pas, Michelet n'eut pas, à proprement parler, d'élèves ; mais il fut un mer\'eilleux excitateur d'esprits.
Son contemporain et ami Edgar Quiuet fut l'un des premiers à se rendre coinpte de l'évolution de l'Allemagne sous l'action de la Prusse et à montrer que la Révolution, qui aurait pu se sauver par la justice, se perdit pour avoir employé l'anne du passé (la Terreur) à la défense de l'avenir.
Fustel de Coulanges, après avoir montré la force des institutions religieuses dans la Cité antique, réduisit
iSsS-iSgj. — TAINE.
à l'apport de l'esprit militaire le rôle des tribus germaniques dans les révolutions sociales qui lîrent sortir de l'état gallo-romain la féodalité française. Attentif aux lentes transformations des choses, il fait de l'histoire « la science du devenir ». Son style sobre et précis rappelle Montesquieu.
UHistoire de France de Henri Martin, VHistoire des Grecs et l'Histoire des Romains de Victor Duruy, sont des répertoires excellents, écrits dans la langue un peu solennelle et souvent incorrecte des Académies.
Les grandes études diplomatiques d'Albert Sorel firent apparaître sous un jour nouveau l'action de la Révolution sur l'Europe et celle de l'Europe sur la Révolution se continuant par l'Empire.
La période qui suivit la guerre allemande fut particulièrement riche en historiens d'une science solide ou d'un beau talent : l'archéologie renouvela l'histoire ancienne (Boissier, Perrot, Maspero) ; les études médiévales se développèrent beaucoup (Gaston Paris, Monod) ; la diplomatie de Louis XV dansses rapports avecles États allemands, celle de Napoléon dans ses rapports avec la Russie s'éclairèrent à des documents d'archives (duc de Broglie, Vandal).
Talne'. — Sous l'influence de Spinoza et de Hegel, Taine avait commencé par appliquer à la littérature (Histoire de la littérature anglaise) et à l'art {Philosophie de l'art en Grèce, en Italie, etc.) la théorie, qu'il s\'nthétisa, delà race, du milieuetdu moment. Il l'appliqua ensuite à VHistoire des origines de la France contemporaine (Ancien régime, Révolution, Empire).
Aussi parfaitement sensualiste et matérialiste que Michelet était spiritualiste, tenant l'homme pour « un automate »
dont les mouvements ne sont pas autrement réglés « que ceux du monde matériel où il est compris », <( la vertu et le vice pour des produits comme le sucre et le vitriol », la politique pour une science, alors qu'elle est science et art, et l'histoire, par conséquent, pour une autre science, « analtjgue à la physiologie et à la zoologie », il devait nécessairement écrire ses t)ri<Jnes, ainsi qu'il le dit lui-même, comme <i une consultation de médecin ».
En d'autres termes, il considère la France
•) AINK (l'ortrail p.ir lionnat.) I. 1828-1893.
comme une malade et, des différents régimes sous lesquels' elle s'est faite, il ne voit guère que les erreurs et les tares. Il semble ignorer le grand dessein de la monarchie capétienne ; il compare la Révolution à une bête fauve, « à un crocodile » ; Napoléon est « un condotti re »,un Castruccio Castracani supérieur.
Cela dit, il n'en est pas moins un grand historien, non seulement par la puissance et la sincérité de son œuvre et par la beauté, bien qu'un peu laborieuse, de sa langue, mais par tout ce qu'il a découvert et rapporté de vérités, avec une parfaite loyauté d'esprit et sans aucune préoccupation de plaire aux partis.
Il est incomplet, l'âme profonde des choses lui échappe, mais, si la postérité répare les fautes du passé et ne les recommence pas, on le devra pour une part à la cruauté de son scalpel.
Cette orgueilleuse monarchie qui s'est détruite elle-même pour n'avoir pas su limiter son pouvoir ; cette généreuse Révolution qui a préparé sa chute pour avoir remplacé du soir au matin des institutions traditionnelles par des institutions, assurément rationnelles, mais sans racines dans les mœurs ; ce génie napoléonien qui, par les excès de la centralisation, a épuisé la sève et tari la vie, Taine les a transportés du domaine de la légende ou des lieux communs oratoires dans celui de la réalité et il a forcé tout ce qui pense à réfléchir ^.
Renan ". — Pendant que Taine, formé à l'Ecole normale, portait dans l'histoire la logique scientifique, Renan, échappé du séminaire de Saint-Sulpice, y introduisait le doute philosophique.
La philologie, qui avait coupé court à sa vocation religieuse, fut à la base de tous ses travaux historiques : Origines des langues sémitiques. Origines- des peuples d'Israël, Origines du Christianisme.
Les certitudes de la philologie sont limitées; c'est une science qui recommande le doute comme un devoir. Renan n'aborda les autres problèmes du passé qu'avec des précautions intinies, un extrême scrupule et la seule conviction, dont il ne se tait pas, que les
2. JuKcmcnt de Monod, dont presque toutes les opinions sont à l'opposé dr celles de Taine, mais, luimême, le plus probe des rf.n.an historiens. (1823 iSqs.