BEAUX-ARTS
y A bataille romantique s'étendit aux *-" arts selon la proportion de « littérature » qui entre dans chacun d'eux, donc à la peinture de beaucoup plus qu'à la sculpture et à celle-ci qu'à 1" architecture. Ici, aussi, les faux dieux gréco-romains fiu^ent renversés ; l'art se retrempa dans la nature, dans la vie.
Comme, dans la vivacité du combat, la couleur avait été « romantique » et le dessin » classique », les réalistes, par réaction contre les excès du romantisme, allèrent * au père Ingres ». Refusé au Salon au temps des pontifes « davidiens », il s'était exilé à Rome, mais revint pour combattre « Rubens et Delacroix ».
Peinture. — On s'est plu à des rapprochements faciles entre Hugo et Delacroix, lyrique, lui aussi, avec des visions épiques et empruntant ses sujets au moyen âge, aux Orientales ; entre Casimir Delavigne et Paul Delaroche, lui aussi homme du « juste milieu », et, dès lors, plus proche de l'art et de la nature corrigés que de la vérité ; entre Alexandre Dumas et Horace Vemet, lui aussi illustrateur abondant et populaire, et sans style, des fastes françaises.
Delacroix. — Procédant des Vénitiens et de Rubens, Delacroix débuta à vingtquatre ans, par cette Barque du Dante, où son génie éclata du premier coup (1829). Thiers, d'im goût très sûr, le reconnut, comme il &t de Rude, écrivit le mot de « génie » et ne fut pas plutôt ministre qu'il lui confia les vastes décorations qui avaient été le rêve de sa jeunesse fiévTeuse.
Toute son imagination, puissamment créatrice, s'y déversa (Plafonds du Palais Bourbon, du Palais du Luxembourg, de la Galerie d'Apollon). Persoime depuis le maître d'Anvers n'avait animé d'une vie plus intense les grandes scènes historiques et mythologiques.
D'im voyage au Maroc, il avait rapporté les éléments dont il composa des cieux lumineux et légers, qui n'étaient pas des décors
DELACROIX ,, j, -„
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riiiuii! du Lcuvre.) Les orieiitaustes. —
L'Orient devint pour les peintres romantiques l'école que l'Italie avait été pour les classiques ; leurs palettes s'y enrichirent ; ils y apprirent, ce qu'on avait oublié depuis cinquante ans, à « voir » la lumière, à en faire le principal personnage, à la sentir comme une illumination du dedans et du dehors, — « la chair est une buveuse de lumière » ', — à remettre de l'air dans les tableaux, à y plonger les aîtres.
Decamps fut le plus étincelant «Je ces peintres orientalistes, Chassériau le plus délicat ; Marilhat traduisit dans de petites toiles des horizons infinis. Henri Regnault s'annonçait, en 1870, comme un autre Delacroix, moins inquiet et moins robaste, quand il fut tué par l'un des derniers coups de feu de Buzenval.
Peinture d'histoire. — Le musée de \'^ersailles, consacré par Louis-Philippe à « toutes les gloires de la France », porta bien l'empreinte du roi de la garde nationale ; il y a beaucoup plus d'intentions patriotiques dans la galerie des batailles que d'œuvres d'art.
A partir de 1840, romantisme et classicisme se rapprochent, transigent ; Ingres et Delacroi.x restent aux deux extrémités, mais la plupart des artistes sont dans l'entre-deux.
La peinture d'histoire garda jusqu'à nos jours, malgré l'évolution du goût, d'honorables fidélités.
Après les purs romantiques, Devéria, Boulanger, vinrent les modérés : Ary Scheffer, Bouchot, l'auteur des Funérailles de Marceau et du 18 Brumaire, Delaroche, Robert Fleury, Coignet, Couture.
La peinture mythologique, où règne le nu, tantôt retomba, avec les Bouguereau et les Cabanel, aux conventions d'écoles, tantôt remonta aux belles sources ; Flandrin, le meilleur élève d'Ingres, Baudry à la palette vénitienne, l'auteur des peintures décoratives de l'Opéra, Henner ensorcelé par Corrège, Gustave Moreau obsédé de Mantegna, Puvis de Chavannes hanté par les frises du Parthénon, furent de très nobles artistes.
La peinture religieuse se traîna dans