LA GUERRE MONDIALE
L'agression allemande, il La Marne, les Flandres, Verdun, la Somme, l'Aisne. H La Victoire.
D'autres guerres ont duré encore plus d'années et n'ont pas étendu leurs .ravages sur moins de pays ; et il y avait eu déjà de grandes guerres d'idées, pour la libération des peuples et pour l'indépendance des Etats. Mais il n'y avait pas encore eu de guerre qui eût entraîné dans son tourbillon presque tous les peuples de la terre, de sorte qu'elle fut vraiment mondiale ; qui eut fauché tant de vies humaines et qui, dans l'âme profonde des nations coalisées contre leur agresseur, eût été la guerre contre la guerre.
Dans le progrès général des mœurs, si les hommes d'Etat considéraient encore la guen-e comme une continuation de la politique, ils ne l'admettaient plus que comme Vultima ratio, la suprême ressource d'un peuple menacé dans son honneur et d.ins ses intérêts vitaux, après qu'eussent été épuisés tous les moyens de conciliation et d'arbitrage. Le mot de Proudhon semblait vrai : « L'humanité ne veut plus la guerre ».
Or, un homme l'av^ait voulue ; une caste militaire et féodale l'avait voulue ; ime partie considérable d'im peuple, encore ivre du vin d'anciennes victoires, halluciné par la vision de la domination universelle, de l'exploitation de -toutes les richesses du globe à son profit, l'avait voulue.
Jamais catastrophe — sans doute, la plus énorme catastrophe de l'histoire — ■ n'avait été déchaînée pour un plus misérable prétexte. Du premier jour, la conscience de tout ce qu'il y avait d'un peu noble dans le monde se révolta.
La révolte se fût
peut-être apaisée si
l'.AUemagne avait eu
seulement les torts
de l'agression. Mais
son premier acte de
guerre fut la viola-
R.For.cAKK t'-t'." cynique, et de-
(iK, . puis longtemps pre-
ra. HaJietu.) méditée, d'un pacte
international qu'elle avait signé elle-même et que Bismarck lui-même avait respecté. Et, comme les crimes appellent les crimes, elle mena la guerre avec une sauvagerie systématique, déchira comme autant d'autres chiffons de papier les conventions qui avaient introduit dans la guerre quelques règles d'humanité, et, sur mer comme sur terre, coimnit tant d'atrocités que sa victoire, si elle l'avait remportée, en eût été à jamais éclaboussée.
Ainsi la pitié et la colère tinrent la conscience humaine éveillée.
La grande iniquité de 1871 avait condarmié l'Europe, qui l'avait laissé accomplir, aux charges écrasantes de la paix année, et la paix armée avait conduit de nouveau à la guerre ; le vainqueur avait été à la fois perverti et abusé par la victoire.
Cette fois les peuples comprirent que la pire erreur, c'est de se désintéresser, comme d'une chose étrangère, de l'injustice dont on n'a pas été soi-même victime, et que le droit de tous est en péril quand le droit d'un seul a été impunément violé. Ceux du Nouveau Monde comme ceu.x de l'Ancien sentirent sur eux la menace, prochaine ou lointaine, du militarisme prussien, de l'hégémonie allemande.
Ils entrèrent donc successivement dans l'effroyable conflit qui devint ainsi ime suite des guerres d'affranchissement de la Révolution. Le même souffle poussa les armées. Ce fut la vraie bataille des nations.
Chacun des peuplequi fut engagé dans la bataille eut, sans doute, son objet particulier, mais tous combattirent aussi pour le même objet supérieur à tous les autres :
rendre impossible la récidive d'un pareil crime, tuer la guerre.
On ne croira point qu'un pareil idéal puisse (Ci. Boissoùnade.
igi4. — ATTENTAT DE SÉRAJEVO.
être réalisé sans que le passé résiste encore ; il a la vie dure ; il y aura encore des guerres ; dans rébranlement du monde comme par une révolution géologique, la défaite allemande ne termina point le drame immense ; des peuples entiers restèrent en armes, soit contre des pays voisins, soit contre eux-mêmes.
L'AGRESSIO]\
T a veille du conflit. — Les craintes de •'-' guerre qui, depuis plusieurs années, hantaient les esprits, s'étaient dissipées dans les premiers mois de 1914.
Les élections, au printemps, donnèrent une majorité au.x adversaires de la loi de trois ans.
Le chef des socialistes, Jaurès, s'était persuadé que la Sozial-Demoktatie opposerait à toute velléité belliqueuse la grève générale. A la veille môme de la catastrophe, il fraternisa encore avec les socialistes allemands dans ua congrès à Berne.
De nouveau l'opinion ne fut occupée que de querelles intérieures. Les radicaux avaient repris le pouvoir à la lin de 1913. Démissionnaire après les élections, le ministère de Doiunergue fut remplacé par un ministère de Ribot que la Chambre renversa du premier jour où il se présenta devant elle. Le gouvernement de Viviani obtint, à grand'peine, que la loi de trois ans ne fût pas tout de suite abrogée.
La grande affaire, c'était le procès de la femme du ministre Caillaux ; elle avait tué à coups de revolver un journaliste qui poursuivait son mari de violentes attaques. Caillaux avait dû remettre son portefeuille, mais il gardait la direction de son parti.
Bien qu'il fût informé des armements allemands et de la conversation de T'cmpereur allemand avec le roi des Belges S le gouvernement ne prévoyait pas une guerre prochaine.
La même confiance dans la paix continentale régnait en Angleterre ; l'opinion n'était occupée que des projets financiers <hi ministre Lloyd I icorge et des agitations (le l'Irlande, à la veille, s< inblait-il, de la guerre civile.
Rien ne pouvait mieux servir les desseins allemands que ces troubles intérieurs, symp-
l-KAM. iJlh-JOSLI'U
(jiJ30-HJl6).
(Cl. Kotter Karoty.)
( 1. Voir p. 496.
Le fléau séculaire qu'est la guerre n'en est pas moins arrivé à sa dernière transformation ; et ce ne furent plus seulement des philosophes et des économistes, ce fureni les nations et leurs gouvernements qui entreprirent de créer un ordre nouveau, où la paix ne sera plus à la merci d'un seul.