‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 648 sur 725 · Annotation de sa main · texte numérisé non relu

Annotation de sa main

cère son désir de garder la paix et pressants les conseils de résignation qui lui vinrent des gouvernements de Paris, de Londres et de Pétersbourg. Elle ne fit de réserves que sur la collaboration du gouvernement austro-hongrois à l'action judiciaire ouverte sur son propre territoire ; encore se borna-t-elle à demander que la question fût soumis^, à l'arbitrage.

L'Autriche s'attendait à un refus, le désirait. Elle ne s'arrêta pas à l'humble réponse. Moins d'une heure après l'avoir reçue, son ministre quitta Belgrade et, le soir même, à Vienne, la mobilisation fut décrétée (25 juillet).

Aussitôt l'empereur allemand revint à Potsdam (26 juillet).

Négociations. — Les puissances occidentales s'efforcèrent, pendant une semaine tragique (dimanche 26 juilletsamedi ler août), d'écarter la catastrophe.

D'une part, la Russie ne pouvait laisser écraser injustement un petit peuple slave ; l'Allemagne, d'autre part, déclarait que, si le conflit n'était pas localisé, elle interviendrait, d'où, pour la France, liée par l'alliance, l'obligation de se porter au secours de la Russie.

Le prince Lichnowski, ambassadeur allemand à Londres, mais qui n'était pas dans le secret du maître, a écrit lui-même que, dans un entretien de quelques heures, les ambassadeurs des grandes puissances eussent certainement réglé le conflit.

C'est ce que ne voulait pas l'empereur allemand, dominé par les coteries militaires et féodales. C'est encore un ministre allemand, celui des Affaires étrangères (Jagow), qui écrit que les militaires l'emportèrent à Potsdam. L'empereur écarta toutes les propositions de conférence et de médiation qui lui furent adressées par le ministre anglais Grey, d'accord avec les gouvernements de Paris et de Rome, et avec l'assentiment de la Russie.

Le tsar télégraphia directement à l'empereur pour so-i mettre le différend à 1 1 conférence de La Ha\( l'empereur ne répontL' même pas à la confiai! ti missive. L'Angleterre lui offrit de laisser à l'Alli' magne le choix menu de la formule de cou férence. 11 refusa.

Le prétexte de la kro\pri\7 guerre, qui allait coûter ôuaLALyp la vie à plus de 10 mil- /u. Biebcr.j

iL)i4. — LES DÈCLARATIOXS DE GUERRE.

lions d'hommes, était si futile que l'Autriche s'effraya de sa docilité à suivre l'Allemagne ; elle consentit (31 juillet) à accepter la médiation « sur le fond même de l'ultimatum à la Serbie ».

Les mobilisations. — C'était la paix.

L'empereur allemand se hâta aussitôt de couper les ponts.

Comme l'Autriche, en guerre déclarée depuis le 28 juillet avec la Serbie, continuait à armer sur toutes ses frontières, la Russie avait commencé, elle aussi, à mobiliser, d'abord pai'tiellement. L'Autriche et la Russie ordonnèrent ensuite, dans la même matinée, la mobilisation générale, mais sans que, pour l'une ni pour l'autre, la mobilisation <• signifiât inévitablement la guerre », comme c'était la nouvelle thèse allemande.

Cyniquement, l'Allemagne se fit plus autrichiemie que l'Autriche. Dans cette journée du 31 juillet où l'Autriche accepta le principe de la médiation et n'objecta point à la mobilisation russe, l'empereur Guillaume proclam > à Berlin <i le danger de guerre » (qui est la mobilisation allemande) somma le tsar d'arrêter ses préparatifs dans les douze heures, et invita la France à dire, dans les dix-huit heures, si elle resterait neutre pendant une guerre russo-allemande.

Pour le cas où le gouvernement de la République consentirait à une pareille trahison de son alliance, il serait invité à remettre pour la durée de la guerre, comme garanties, Toul et Verdun aux Allemands.

Déclaration 1 de guerre. — Autant déclarer tout de suite la guerre à Pétersbourg et à Paris.

La Russie n'ayant fait aucune réponse à l'insolente mise en demeure, l'ambassadeur allemand demanda ses passeports (i" août).

Le gouvernement français se borna à répondre que, si la guerre éclatait entre la Russie et l'Allemagne, « il s'inspirerait de ses intérêts ».

Comme l'empereur allemand ne pouvait plus avoir de doute sur la loyauté de la France envers son alliée et comme les militaires le pressaient, ce fut lui qui déclara la guerre, et sous le prétexte le plus impudent.

Le gouvernement français avait poussé si loin sa volonté de ne pas compromettre la paix qu'il avait fait ramener les postes avancés de notre couverture à 10 kilomètres en arrière de la frontière. Le kaiser inventa (3 août) que des avions, avant toute déclaration de guerre, avaient jeté des bombes près de Wesel et sur Nurem-

berg, mensonge dont l'aveu a été fait plus tard par les Allemands. i

Violation de la neutralité de la Belgique. — Ce grand crime contre l'humanité qu'était la guerre engagée sans autre raison que l'occasion qui semblait favorable, fut suivi d'un abominable attentat contre le droit des gens.

L'Angleterre, voyant venir la guerre malgré tous ses efforts pour sauver la paix, avait, comme en 1870, demandé aux gouvernements de Paris et de Berlin leur engagement de respecter, selon la foi des traités, la neutralité de la Belgique.

Le gouvernement français répondit aussitôt par l'affirmative ; le gouvernement allemand refusa de répondre. Dès le 2 août, ses avant-gardes envahirent le grand-duché de Luxembourg, neutralisé en 1867, et s'emparèrent par surprise de la capitale. Le même jour, le gouvernement belge fut sommé d'ouvrir lui-même son territoire aux armées allemandes, faute de quoi ce serait la guerre.

Il n'y eut qu'un sursaut d'honneur chez l'héroïque petite nation, ses représentants et son roi ; ils ne trahiront pas leurs devoirs enver^s l'Europe.

Déjà les Allemands passaient le pont de Visé et poussaient sur Liège.

L'ultimatum anglais. — L'Angleterre adressa aussitôt un ultimatum à l'Allemagne : l'une des garantes de la neutralité belge, elle exige le retrait des troupes qui ont franchi la frontière ; si, le jour même, avant mhmit, elles ne sont pas rappelées, l'ambassadeur britannique prendra ses passeports.

Comme tout le plan, depuis longtemps étudié, des généraux allemands reposait sur l'invasion de la Belgique, ouvrant par la vallée de l'Oise la route directe de Paris, autant renoncer à la victoire ; mais c'était y renoncer aussi que d'appeler dans la guerre l'Angleterre qui fermera les mers et tarira les sources mêmes de la vie allemande par un blocus implacable.

L'empereur sentit passer le vent de la défaite, entra en fureur, renvoya ses décorations et tous ses titres anglais ; le chancelier étala son étonnement :

« Quoi ! rien que pour un mot : neutralité ! Rien que pour un chiffon de papier ! » (4 août.)

L'Italie, alliée des Empires centraux, mais dans l'éventualité d'une guerre défensive, se hâta de publier qu'elle restait neutre. Le Japon, allie de l'Angleterre, la suivit contre l'Allemagne.

L'opinion allemande. — L'Allemagne, presque tout outière, drcbsée depuis

L'UNIO\ SAC RE i:.

quarante ans pour de nouvelles conquêtes, ivre de pangermanisme, applaudit à la rapide éclosion de la guerre, o la gnerre IrJche et joyeuse », disait le kronprinz ; dipe et complice à la fois, elle ne doutait ")as de la victoire.

Au début, elle s'irrita plus qu'elle ne s' nquiéta de l'interventioji anglaise, > répliqua par un refrain infâme : le Chant de la Haine.

Le Rtichstag.avec tous les socialistes, à Tunanimité, vota les crédits. Le chancelier convint que l'entrée de l'armée en Belgique, « c'était contre le droit des nations » ; mais « nécessité ne connaît pas de Ici ».

L'Union sacrée. — Attendue par les Allemands, la guerre surprit la France.

En moins de huit jours, il lui fallut passer de l'extrême quiétude à l'angoisse des pires épreuves. L'affaire serbe, aujourd'nui élucidée, était encore très obscire. Par contre, ce qui parut tout de saite clair, ce fut "que l'empereur allemand voulait la guerre ; voilà des années qu'il menaçait, empoisonnait la vie du ilonde ; mieux valait cette fois en finir.

La guerre de revanche, la guerre pour reprendre l'Alsace-Lorraiiic, des soldats et des poètes, des patriotes et des démagogues l'avaient évoquée ; elle n'avait été à aucun moment dans la pensée de la masse de la nation. Bien que définitivement relevé de la défaite, le pays, dans sa volonté de la paix, avait refoulé le désir des réparations légitimes. La plaie était restée saignante au flanc ; la France avait mal à l' Alsace- Lorraine ; il n'y avait pas de statue plus

sacrée que celle de Strasbourg sur là place de la Concorde, avec ses drapeaux et ses couronnes en deuil ; mais qui ne savait l'eftroyablc enjeu d'une nouvelle guerre allemande : pas moins que l'existence même de la France?

Quarante-trois ans durant, le traité de Francfort fut scrupuleusement respecté par tous les gouvernements.

Maintenant, victoire sur l'agresseur et retour de l'Alsace-Lorraineà la mèrepatrie devenaient synonymes. Provoquée sans l'ombre d'un prétexte, brutalement assaillie, la France luttera jusqu'à la libération de Strasbourg et de Metz.

Du soir au matin, dans cette ardente démocratie, divisée par les partis, r (I Union sacrée » se fit. La France superficielle disparut ; la France du fond, celle de Jeanne d'Arc et de Hoche, remonta à la surface ; on ne verra plus qu'elle.

L'assassinat de Jaurès par un détraqué, à la veille de la mobilisation, fit craindre des troubles ; au contraire, les partis se rapprochèrent autour du cercueil du grand orateur, les socialistes entrèrent dans le pacte d'alliance. A la Chambre et au Sénat, une seule acclamation accueillit le message de Poincaré et le discours de Viviani sur le rôle de la France dans la semaine tragique (4 août) .

Point de manifestations dans les rues ; rien que la ferme et calme résolution d'un peuple sûr de son droit.

L'Allemagne, en reprenant l'entreprise pour la domination universelle, rouvrait l'ère des guerres révolutionnaires pour l'indépendance et la liberté des peuples.

Le plan allemand. — L'Allemagne, préoccupée, depui; l'alliance franco-russe, d'une double guerre à soutenir à l'Ouest et à l'Est, avait décidé de se porter avec le gros de ses années contre la France, le principal ennemi et le premier prêt à l'action. Elle arrêtera en Prusse orientale les Russes que l'Autriche attaquera sur leur frontière galicienne.

Le plan de la campagne de France, dessiné parlegénéralde Schlieffen, dont avait hérité le neveu du maréchal de Moltke, se justifiait (techniquement) par notre système de fortification : notre frontière de l'Est protégée par une véritable ceinture de fer, œuvre puissante de Séré de Rivière ; nos frontières du Nord et du Nord-Est entr'ouvertes.

C'était une vaste bataille d'enveloppement, sur le classique modèle de la manoau\'ra célèbre d'Annibal à Cannes.

A travers la Belgique, la droite de l'armée entre en France par la trouée de l'Oise, défaut de notre cuirasse, et suit le long de la rivière la voie des plus anciennes invasions ; le centre s'engage par la vallée de la Meuse ; la gauche, entre Nancy et Epinal, pousse, par la trouée de Charmes, vers le plateau de Langres. Ainsi l'armée française se trouvera prise, dans im véritable filet, entre Marne et Seine. Pendant que ses débris s'enfuiront vers la Suisse, Paris tombera comme un fruit mûr.

Pour l'exécution de ce plan, l'Allfmagne disposait d'une armée en première ligne de 2 500 ooj ho.nmes, avec une supériorité marquée en artillerie, surtout en canons loiu:ds, en mitrailleuses et en avions. Elle avait le nombre et la force : l'offensive.

Toutefois, de l'aveu des Allemands,

— BATAILLE DES FROXTJERES.

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