ROI DES BELGES
du ministre Jagow lui-même parlant à l'ambassadeur anglais Goschen, le succès du plan était subordonné à une condition souveraine : « Agir avec rapidité, c'est le maître atout de l'Allemagne, c'est question de vie ou de mort. »
La résistance de la Belgique et la bataille de la Marne firent perdre à l'Allemagne son « maître atout ». Entrée en Belgique le 4 août, l'Allemagne perdra la guerre le 10 septembre, sur la Marne.
L'attaque par la Belgique. — De la frontière allemande à la trouée de l'Oise, il y a six jours d'étape.
Les armées allemandes de von KliJck et de von Hausen mirent seize jours à franchir cette distance. La défense héroïque de Liège, la retraite en combattant du roi Albert vers le camp retranché d'Anvers, le harcèlement des gardes civiques, coûtèrent dix jours (4 aoùt-24 août) aux Allemands.
Us avaient compté traverser la Belgique <' aussi aisément, disait le kaiser, que je remue la main ». Ils se vengèrent de la déception par d'affreux massacres de civils, des incendies où périrent des chefs-d'œuvre de l'art et d'irremplaçables trésors (Louvain, Dinant).
Le plan français. — Le chef des armées françaises était le général Joffre, officier du génie, qui avait gagné ses éperons au Tonkin et à Tombouctou, républicain de principe, très libéral, de bronze pour le caractère et, pour l'esprit, réfléchi, judicieux, d'un bon sens cartésien, avec une profonde connaissance des hommes et le don du commandement.
La mobilisation et la concentration s'opérèrent avec une admirable exactitude, comme un mouvement d'horlogerie.
Le plan de l'Etat-Major était de prendre l'offensive sur toute la frontière franco-allemande, Alsace et Lorraine mosellane.
Le commandement avait prévu la violation de la neutralité belge par les Allemands ; l'hypothèse qu'il avait admise, c'était l'attaque par la rive droite de la Meuse.
La parade préparée
GÉNÉRAL DUBAiL (jonctiou dcs 4" et 5«
fcl'Pirou.j armées à la trouée de la
Meuse) devenait insuffisante devant le mouvement divergent de grande envergure des Allemands poussant en masse, par les deux rives du fleuve.
Joffre donna l'ordre aux 2^ et 4" armées de prendre l'offensive contre le centre de l'armée ennemie en marche par le Luxembourg belge, et à la 5^ de monter le long de la frontière vers la Sambre, où elle serait au contact des Anglais qui débarquaient sous le maréchal Fren^h.
L'échec de l'offensive. — La stratégie défensive de 1870 avait conduit à des défaites irréparables ; l'offensive générale d'août 1914 échoua, mais Joffre, ayant repris du champ, arrêta les Allemands sur la Marne : voilà tout le premier mois de la guerre.
L'offensive napoléonienne était depuis nombre d'années la doctrine de l'Ecob de guerre et des états-majors ; elle correspondait au tempérament français.
Dans l'enthousiasme des premiers jours, on eût voulu voler au secours des Belges. C'eût été courir au désastre. Mais fallait-il débuter par la faute suprême : subir la volonté de l'ennemi?
Par malheur, les moyens étaient insuffisants, la tactique très arriérée ; nombre de chefs d'unité n'étaient pas à la hauteur de leur tâche ; enfin l'Ardenne belge, avec ses inextricables fourrés, et la région des étangs lorrains étaient des terrains défavorables pour l'attaque.
La bataille des frontières. — Cependant les Allemands ne durent l'importance de leur victoire à la bataille des frontières qu'à leur félonie, à la violation de la neutralité belge.
A l'Est, leurs succès locaux ne les portèrent pas très loin. En Alsace, Mulhouse leur resta, après avoir deux fois changé de mains, mais nous demeurâmes à Thann et dans la vallée.
Repoussés à Sarrebourg et à Morhange, Dubail et Castelnau se replièrent en ordre sur la Meurthe et sur le Grand- Couronné de Nancy, tinrent héroïquement contre tous les assauts, fermèrent la trouée de Charmes. Au centre, ^., ^^ ^^,.,^,, ,^, après leurs succès de (1851).
Virton et de Neufchà- fc/. Pitr>e PiUt.)
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G>1 GALLIENI (C/. Pirou.)
teau, les Allemands étaient arrêtés aux débouchés des Ardennes quand la victoire de leur aile marchante sur Sambre ouvrit les portes de l'invasion (23 août).
La splendide retraite.
— Si criiello-i qu'aient été les pertes, ni la défaite de l'armée anglaise à Mens, ni celle de notre 5® armée dans la même journée à Charleroi n'avaient rien d'irréparable, et, sans doute, un autre que Joffre aurait cherché aussitôt une revanche tactique. Mais il vit plus loin et plus haut ; sa vision magnifique de la bataille de la Marne, il l'eut tout de suite, le 25 août, quand, reconnaissjmt Téchec de son offensive et ordonnant la retraite générale, sauf des armées de Lorraine qu'il « ii.xa » au Grand-Couronné, il décida de constituer sur le flanc droit des Allemands un important groupement de forces (6« armée), et de reconstituer, par la jonction des \''- et 5® armées, de l'armée anglaise et de forces prélevées sur la région de l'Est, une masse capable de reprendre l'offensive.
Il était dur de livrer presque sans combat de vastes régions à une invasion sauvage — car les Allemands menaient la guerre comrfle les Huns, pillant, brûlant, massacrant — et d'exposer à une ruée furieuse Paris, d'où le gouvernement, sur les judicieuses instances du général en chef, allait partir pour Bordeaux.
Mais rien ne devait compter, sauf la reconstitution de l'armée par le regroupement des forces, par le renouvellement delà tactique, par l'élimination des chefs incapables, en vue d'un puissant retour offensif.
Joffre, avec le sang- froid dont il ne se départait jamais, en prit toute la responsabilité.
La « splendide retraite », comme l'appela le maréchal French, se poursuivit jusqu'au 5 septembre. Jamais encore on n'avait vu reculer pareille massç d'hommes avec plus de méthode. De temps à autre, Langle de Cary et Sarrail, entre Meuse et Aisne, Lanrezac entre Aisne et Oise (à Guise), envoyaient aux Allemands de vigoureux coups de boutoir.
C'était déjà Joffre qui manœuvrait l'ennemi.
Le pays fut saisi par la brusque révélation de la défaite, mais il garda son calme et sa confiance. Viviani
Mal FRE.NCH (Cl. Russel et Sons.)
renouvela son ministèr.' avec des parlementaire^ éprouvés (Ribot,Brian(l, Millerand, Delcassé) et deux socialistes (Guesde, Sembat). Les trois gouvernements alliés (Angleterre, l'rance, Russie) convinrent « de ne pas conclure de paix séparée » (Londres, 6 septembre).
La marche de von Kliick. — Sans l'épuisement de l'année anglaise, de beaucoup la plus éprouvée aux rudes combats de Mons et de Cambrai, peut-être Joffre eût-il arrêté plus tôt la retraite. Il a probablement mieux valu que toutes les armées allemandes descendissent, à la suite des nôtres, jusqu'aux plaines de la Marne, voisines des champs catalanniques, où fut arrêtée la fortune d'Attila.
La menace sur Paris. — L'aile droite des Allemands, sous le général von Kliick, marchait, à plus de 40 kilomètres par jour, dans une sorte d'ivresse, certaine de célébrer les fêtes de Sedan à Paris. On l'entendait crier sur les routes : Nach Paris ! Combien la situation eût été plus grave si les Allemands avaient fait halte à Amiens pour aller de là occuper le littoral de la Manche, Boulogne, Dunkerque, à peu près dénués de troupes !
C'était, dans le monde entier, l'opinion générale que Paris était l'objectif des Allemands. Paris les attendait d'un cœur ferme, confiant dans son grand chef, Gallieni. Il avait juré « de défendre Paris jusqu'au bout ».
La manœuvre allemande. — Le chef de l'Etat-Major allemand, Moltke le jeune, ne commit pas la faute d'attaquer le camp retranché de Paris, avec le risque d'être pris sur les flancs par les Anglo-Français; il joua la règle qui était de mettre d'abord l'ennemi principal hors de combat.
Il y eut des indices, dès le 31 août, que- Klûck infléchissait vers le Sud-Est, laissant Paris sur sa droite, courant à la Marne, et que tout le reste de l'armée allemande^poussait au Sud. Le 2 septembre, sur des renseignements plus précis, Joffre annonça comme imminente la reprise des opérations : « Que chacun tende ses énergies pour la victoire finale ! »
Déjà Gallieni brûlait de lancer sur le flanc de Kliick la ô** armée, qui était placée sous ses ordres directs. Il avisa Maunoury de son intention « d'entamer (le 5) un mouvement général dans l'est du camp retranché ».
Ainsi Joffre touchait à la bataille
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