‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 66 sur 725 · I. Chateaubriand · texte numérisé non relu

I. Chateaubriand

La grande ordonnance. — Les Etats généraux se réunirent une première fois en 1356 ; le dauphin, effrayé de leur hardiesse, les ajourna, à peine eurent-ils voté les subsides pour la guerre. Marcel réclama et obtint leur convocation pour l'année d'après.

Robert le Coq, ancien avocat, évèque de Laon, présenta le cahier des doléances qu'un délégué de la noblesse et Marcel, pour le tiers Etat, déclarèrent «avouer» entièrement. Le dauphin les sanctionna dans « la grande Ordonnance «(mars 1357).

C'était tout un code de réformes :

l'administration aux mains d'élus des Etats ; plus d'impôts hormis ceux que voteraient les Etats et dont ils régleraient l'emploi ; plus d'arbitraire dans la justice et plus grande diligence ; plus de falsification dans les monnaies ; amélioration du sort des paysans autorisés à « se revenger » contre qui voudra les « battre et vilainer ».

La « Grande Charte » d'.Angleterre ne contient rien de plus.

L'événement montra que l'Ordonnance faisait passer le gouvernement, non pas à une aristocratie terrienne, comme de l'autre côté de la Manche, mais à une démocratie qui n'existait pas encore, ou qui commençait à peine à avoir conscience d'elle-même. Paris ne donnait pas encore le branle au royaume. Ses couleurs : rouge et bleu, ne dépassèrent point les bords de la Seine. Il leur faudra encadrer le blanc de la Royauté pour faire le tour du monde.

L'espèce de démocratie à la romaine qui se constitua à Paris, au milieu de la féodalité, « ébranlée dans les institutions, encore puissante par les mœurs ^ >> , fut forcément précaire.

Ce mouvement d'émancipation était né de la douleur et de la colère qu'avait causée « aux bons Français », selon la formule qui est de l'époque, l'extrême péril de la récente patrie. Même avec ses tares, — d'ailleurs, il y a encore beaucoup d'obscurités dans l'histoire de ce précurseur vaincu, — le grand prévôt des marchands de Paris a mérité la statue qui s'élève aux côtés del'Hôtel de Ville et le montre en marche vers des horizons nouveau.x.

Mort de Marcel. — Cette fatalité, que l'on retrouve dans beaucoup d'autres révolutions, le fit glisser à des intrigues pernicieuses qui le menèrent peu à peu à l'opposé de ses premiers desseins. S'étant appuj'é sur le roi de

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