‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 78 sur 725 · LE MIRACLE DE JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

LE MIRACLE DE JEANNE D'ARC

L'Enfance. || Vaucouleurs. HChinon. || Orléans. Il Le Sacre. || Rouen: le procès, le bûcher || Fin de ia Guerre de Cent Ans.

AINSI abîmée, la France ne pouvait être Merlin l'Enchanteur), lisière de l'épaisse

sauvée que par un miracle ; elle Ip forêt des Vosges. Ce qu'elle vit passer

fit elle-même, son miracle : Jeanne d'Arc, ensuite de la guerre sur les routes,

du plus pur de son essence. brigands et fugitifs, lui en donna l'hor-

La libératrice fut paysanne, ni une reur. Pourtant elle ne s'émut pas seu-

noble demoiselle ni une bourgeoise ou lement pour son village, ses champs

une fille d'artisan. C'était la terre, la lorrains, mais sa pitié tressaillit pour tout

glèbe sacrée qui souffrait, criaifle plus, le royaume.

« La plus grande pitié du royaume de Les voix. — Bientôt Saint Michel,

France », c'est ce paysan qui cesse de grand patron de France, lui apparut

labourer et fuit dans îes bois comme une dans des clartés. « Fille de Dieu, va au

bête. secours du roi de France et tu lui rendras

Enfance de Jeanne. — Une com- son royaume. — Messire, je ne suis

plainte du temps, — presque tout ce qu'une pauvre fille, je ne saurais che-

qu'on y a ajouté n'est que littérature, — ■ vaucher ni conduire des hommes d'armes.

résume bien les débuts de l'extraordinaire aventure :

Vint au roi une bergerelle Du village dit Vaucouleurs, Qu'on nommait Jeanne la PuccUe.

C'était une pauvre bergère

Qui gardait les brebis aux champs.

— Tu iras trouver M. Robert de Baudricourt, capitaine de V'aucouleurs, et il te fera mener au gentil dauphin. » Voilà son récit. Puis ce furent «les voix» de ses saintes familières. Elle voua sa virginité à Dieu.

Les visions cessèrent quelque temps, mais pour redevenir plus fréquentes. Elle était née vers 1412, à Domrémy, après une incursion des Anglais qui obli-

r'atbfriiip' » et iiamne dakc MHM-fc au roi Dour les Anglais

L-aincrniC » l l i.-i;,„r.ni..n .l.- l'iiquipce qui incii« Jeanne du Vaucouleurs à Chinoii. f "^ii icb /Mit,iaih «MadaineSaUltC Dumcre tUu, deux des ho les d'.-iriii(S ; sur le chemin des paysans Ct, pour ICS

Marguerite». qui saluent « la Saime de France » F'rançais, cspolr

, , , (I)'.iprès une niniialurc de la Bibl. Nat.) - „

De la maison ' ' suprême.

de son père, elle voyait le bois chenu, Vaucouleurs — Jeanne cesse alors de

hanté par les fées (auquel 011 appliciuera résister à ses voi.x. Elle se rend avec ses

par la suite une prétendue prophétie de gros habits rouges de paysanne à Vau-

LEVkE DU SIÈGE D'ORLÉANS.

couleurs '. D'abord, Baudricourt la bijuscule. soupçonnant quelque diablerie.

Elle lui tient tète ; « Dussé-je aller trouver le dauphin sur mes genoux, j'irai. ♦ Baudricourt la fait exorciser par le curé de Vaucouleurs.

Comme elle n'arrêtait pas de prophétiser, les gens du peuple n'eurent pas un doute, se cotisèrent pour l'équiper (en habits d'homme) et lui acheter un cheval. Le capitaine, gagné par la confiance populaire, lui douua une épée et des lettres de créance.

Chinon. — Partis de Vaucouleurs le 13 février 1429, par la route de France, Jeaiuie et son escorte de six hommes d'armes chevauchèrent pendant dix jours, à travers un pays couru des soldats des deux partis. Elle rassura ses compagiions qui s'effrayaient : « Ne craignez rien, Dieu me fait ma route ». A quelque distance de Chinon, où Charles VII résidait, elle échappa à une embuscade.

Le dauphin la reçut le deuxième soir après son currivée, rassuré par les récits de l'escorte qu'il avait fait interroger. Ce n'était pas une sorcière ni une jettatrice '. Il se dissimulait parmi ses familiers, épreuve médiocre, car elle s'était fait évidemment décrire le roi. Elle alla droit à lui, salua, se nomma, puis lui parla en secret.

Après beaucoup de questions qu'il lui fit : « Je te dis de la part de Messire (Saint Michel) que tu es vrai héritier de France et fils du roi », — ce qui était réponse à sa pire angoisse secrète, — <• et il m'envoie vers toi pour te conduire à Reims, afin que tu y reçoives ton couronnement et ta consécration ».

Charles \'II fit paraître sa joie. Mais il ne dit point à ses conseillers, après l'avoir congédiée, qu'elle lui avait révélé un secret connu de lui seul. Cela fut inventé, par la suite, avec beaucoup d'autres légendes, comme si cette histoire eût besoin d'être embellie.

Poitiers. — On la fit encore examiner à Poitiers par des grandes dames, des évêques et des moines.

Elle logeait chez la femme d'un avocat au Parlement où toute la ville vint la voir. Elle gagna tout le monde par son rayonnement héroique, sa franchise fruste de campagnarde, la foi dans sa mission et dans la victoire, sa claire raison, un •sentiment très vif de la réalité, une simplicité naturelle, la solidité et la saveur

1. Il est étaijli qu'elle ne lit qu'un voyage à Vaucouleurs ; la version de deu.x voyages, longtemps acceptée, e=t controuvée.

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