‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 79 sur 725 · Jeteuse de sort · texte numérisé non relu

Jeteuse de sort

de son bon sens et l'esprit qu'elle avait prompt, gai et péremptoire, et tout cela chez une fille de dix-huit ans qui ne connaissait que son village et ue savait ni A ni B.

\'oici de ses ripostes. A un moine limousin qui lui demande : « Quelle langue parlent vos voix? — ■ Une meilleure que la vôtre. » Aux docteurs qui l'accablent de textes d'église : « II y a aux livres de Notre Seigneur plus qu'aux vôtres. » A d'autres qui réclament un signe, comme qui dirait un papier notarié, qui établirait bien sa mission : « Le signe que je ferai voir, ce sera Orléans secouru et le siège levé. »

Une sotte imagerie la représente comme un petit être frêle et mièvre qui n'aurait pas pu faire la rude guerre d'alors pendant deux jours. D'après les quelques documents certains que nous avons, elle était, tout à l'opposé, une fille robuste, d'assez belle taille, d'aspect presque viril, la chevelure brune et la poitrine forte.

Comme les docteurs ecclésiastiques et l'archevêque d'Embrun, qu'on avait consulté par surcroît, décidèrent qu'on la pouvait «licitement employer», on l'équipa pour la guerre et lui monta une maison militaire. Elle dicta une dépêche qui fut expédiée aux chefs anglais devant Orléans: «Je suis envoyée de par Dieu, le roi du ciel, pour vous bouter hors de toute France. »

Après tout, que risquait-on? Les chefs de guerre, La Hire, Xaintrailles, le duc d'Alençon, le sire (le futur maréchal) de Rais, allèrent avec elle, dit un contemporain, « pour en advenir ce qu'il pourrait et en faire l'essai ». Le jjeuple, lui, la comprit, se reconnut en elle : « Cette fille est envoyée de Dieu. »

Elle monta «sur un grand cheval noir, vêtue tout en blanc, sauf la tête "» , et portait à la main, tantôt une petite hache, tantôt une épée qu'elle avait fait déterrer derrière l'autel de Sainte Catherine de Fierbois, ou encore son étendard fleurdelysé, avec la devise chère aux franciscains : Jésus, Maria.

« 11 semblait chose toute divine et de la voir et de l'entendre *. »

Levée du siège d'Orléans. — L'opération pour la délivrance d'Orléans fut vivement conduite.

De Blois, d'où l'armée de secours sortit le 28 avril, Jeanne aurait voulu aller droit aux Anglais. Les capitaines

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