I43I- — LE PROCÈS
Jean de Luxembourg, le plus renommé homme de guerre du duc Philippe, l'attaquèrent. Elle s'attarda « à sauver sa compagnie, demeurant derrière comme chef et comme le plus vaillant du troupeau ».
Quand elle voulut regagner le pontlevis, elle se trouva entourée d'ennemis. Un archer la tira à bas de son cheval. Elle se rendit au bâtard de Vendômei qui « se montra plus joyeux que s'il avait pris le roi ».
Rouen. — Charles VII ne s'affligea pas autrement. Le chancelier Regnault de Chartres écrivit aux gens de Reims que Jeanne avait été prise « parce qu'elle n'écoutait aucun conseil et faisait tout à son plaisir ».
Bien que le vicaire général du grand inquisiteur de France, le recteur de l'Université de Paris et l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, ayant Compiègne dans sa justice, eussent chacun requis Jean de Luxembourg de leur remettre sa prisonnière, il la fit conduire à Beaulieu en Vermandois, puis à Beaurevoir, près Cambrai, et à Arras, la traitant d'ailleurs avec honneur.
Elle essaya de fuir pendant son séjour à Beaurevoir, sauta par la fenêtre du donjon et se blessa.
Plus tard, ayant besoin d'argent, Luxembourg la livra pour dix mille francs d'or aux Anglais, qui la menèrent à Rouen. Elle y fut enfermée dans un cachot de la tour du Vieux Château (où résidait le jeune roi Henri VI), les chaînes aux pieds, gardée par une douzaine de soldats. Son procès commença le 21 fé\T:ier de l'année d'après, devant l'évêque comte de Beauvais, Cauchon, assisté de Jean le Maître, vicaire de l'Inquisition pour Rouen, et d'un grand nombre d'assesseurs, quatre-vingt-quinze, mais qui ne siégèrent jamais tous ensemble, clercs et laïqties, docteurs en théologie, en droit canon et en droit civil, et tous du parti anglais.
V.We était citée « en cause de foi », c'est-à-dire pour crime d'hérésie et de sortilège.
Procès de sorcellerie. — La grande période des procès de sorcellerie date du xv'" siècle. C'était une croyance générale. Les ims consultaient les sorcières ; les antres les mettaient à la torture, à mort, ])ar le feu, par l'eau. La sf)rce]lerie, c'est le pacte a\cc Satan, avec des esprits inalins et dialjoliqties.
En faire un crime, c'est croire à la réalité du pacte.
Il y avait surtout des sorcières. Le
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grand inquisiteur Sprenger, dont le livie sur les malétîces (à Cologne, 1489) eut force de loi de par les bulles de trois papes, écrit : « Il faut dire l'hérésie des sorcières et non des sorciers ; ceux-ci sont peu de chose. » Un autre : « Pour un sorcier, dix mille sorcières. » Traquées, emprisonnées, brûlées par centaines, elles se multipliaient par la persécution. Les légistes condamnèrent autant que les religieux. Le Parlement de Toulouse, en une fois, mit au bûcher quatre cents corps humains ^. Au xviii^ siècle encore, à Wurzbourg, on brûla une sorcière, la nonne Renata.
Cette immense, effroyable aberration explique le procès de Jeanne d'Arc.
L'hérésie, c'eût été de nier la possibilité d'un pacte avec le diable, les esprits malins. Le procès de la Pucelle, c'est de savoir si ses voix furent de saintes et de saints, donc divines, ou de diables.
On ne peut pas reprocher davantage aux Anglais et aux Bourguignons qu'aux Français, aux prêtres qu'aux laïques, à l'évêque Cauchon qu'à l'Université de Paris d'avoir cru aux sorcières. La chose atroce, c'est l'erreur judiciaire : de s'être trompé sur l'admirable fille.
La Sainte de France. — Shakespeare, dans la première partie de son Henri VI, met Jeanne en scène. « Amazone, dit Charles, tu combats avec l'épée de Debora ; sublime Pucelle... Ce n'est plus Saint Denis que nous invoquerons ; Jeanne la Pucelle sera désormais la Sainte de France. » Talbot : « Démon mâle ou femelle, vile soi'cière, odieuse sorcière...» et York: «Va t'évanouir en cendres, objet odieux, exécrable agent de l'Enfer. » Le poète fait parler ses personnages anglais et français selon leurs {sentiments ; lui-même, quel est le sien ?
Est-il dans le monologue de la Pucelle? Jeanne y est à la fois la serve du diable et la plus haute image du patriotisme. « Vous, génies légers, agents dévoués au souverain monarque d\i Nord, esprits familiers qui sortez du redoutable empire des régions souterraines, a.ssistez-moi et faites que la Franco ait la victoire ! (Les esprits secouent la tête.) Quoi ! le sacrifice de mon corps et de mon sang ne peut vous toticher et obtenir votre assistance. Prenez donc mon âme. Oui, mon corps, mon sang, mon âme, toiit plutôt que de laisser la France succomber sous l'Angleterre ! »
Je crois bien que Siiakespearc ne nous