CHAPITRE VII
LOUIS XI
L'homme, le roi. Il La Ligue du bien public. H Louis XI et Charles le Téméraire. || Fin de Louis XI.
E roi terrible, et qui s'en vante, ce très
grand roi, malgré ses vices et ses crimes, a résumé lui-même, dans ses instructions à son fils, son règne, l'mi des plus pleins de notre histoire (1461-1483) : «J'ai si bien entretenu, défendu et gouverné le royaume que je l'ai augmenté et accru de toutes parts. 0
Il l'accrut, en effet, de huit grandes provinces ' et il l'augmenta en puissance par la destruction des dernières aristocraties féodales. Il a reculé les frontières de la monarchie et il fut l'un des grands fondateurs de l'unité française.
Louis dauphin. — Selon l'ordinaire de beaucoup de princes héritiers, Louis, étant dauphin, se montra fort impatient du pouvoir, persuadé « qu'il ferait très bien, disait-il, le bien du royaume », tandis que <i le roi se gouvernait si mal qu'on ne pouvait pis ».
• Il noua toutes sortes de cabales avec des hommes dont il fut par la suite l'ennemi déclaré (les grands vassaux qui supportaient mal les progrès de la monarchie), fut battu, et se confina alors pendant dix ans dans son gouvernement du Dauphiné. Finalement, se croyant menacé dans sa vie, il demanda asile à l'hilippe le Bon. D'où le mot prêté à Charles VII : « Mon cousin de Bourgogne nourrit le renard qui mangera ses poules. »
L'homme, le roi. — Après avoir refusé obstinément de retourner auprès de son père, il apprit, dans cet exil volontaire, l'événement qui le faisait roi.
Il avait trente-neuf ans quand il monta sur le trône, mais il en paraissait bien plus, tant il était débile sur ses grêles jambes déformées et avait l'aspect maladif, avec son jaune visage où reluisaient sur un long nez bossue deux yeux ardents d'intelligence et aussi de méchanceté.
Il affectait de se vêtir très simple-
I. Picardie, Bourgogne, Franche-Comté, Artois, Anjou, Maine, Provence, Roussillon et Cerdapne.
ment, sous son étemel chapeau de pèlerin orné d'une médaille sainte en plomb, si bien que les pauvTes gens, accoutumés aux draps d'or et d'argent et aux bijoux des princes et des nobles, s'en indignaient pour l'honneur du roi de France, le plus grand roi du monde ; et son cheval et son costume, disaient-ils, « tout ne valait pas vingt francs ».
Il y a pas mal d'exagération dans tout ce qui a été dit de sa tyrannie, de sa cruauté, de ses fourbes, de la bassesse de ses dévotions (pensant corrompre les saints par la magnificence de ses cadeaux à leurs églises et les tromper ni plus ni moins que (es autres hommes), et, encore, des singularités d'une nature à la fois impulsive et cauteleuse. Il semble bien qu'il faudrait lui faire un mérite de la plupart des haines qui l'ont poursuivi jusque dans l'histoire. Mais tant d'ombres, alors même qu'elles n'auraient pas été à plaisir noircies, ne font que mieux détacher ses qualités de roi, son respect pour son métier, son infatigable activité, son sens du monde moderne et, pour tout dire, chez ce prince où il y avait un conventionnel en puissance, sa passion du bien public.
Le début du règne. — Louis XI se conforma, dès son avènement, au principe qui ne pardonne pas à ceux qui le méconnaissent : à savoir qu'on gouverne avec des capacités, non pas a\cc des favoris et des clientèles.
S'il a eu dans sa domesticité quelques vilains hommes (Tristan l'Hermite, Olivieile Daim), la plupart de ses serviteurs furent des gens nouveau.x, nobles et roturiers, choisis sans autre préoccupation que celle 1 "i i,s.\i (m-3-"4-;( de leur valeur et de i^^'^^" "'"^ "'=^i«i'i<=
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leur autorité. Il rallia bim. Nat.j
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