ACTE DEUXIEME
FRANGINE
Il ne VOUS a pas dit qu'il a une maîtresse ?
HENRI
Jamais.
FRANGINE
Et vous ne vous en êtes pas aperçu ?
HENRI
Pas davantage.
FRANGINE
Dites-moi tout de suite que vous êtes un niais...
HENRI
Si c'est votre idée, vous n'avez pas besoin que je vous le dise pour le croire.
FRANGINE
Eh bien, sachez donc que mon mari a une maîtresse. II ne l'a pas prise depuis que je suis sa femme, non, il ne m'a pas même fait l'honneur d'une nouveauté, il est retourné à l'ancienne. C'est à elle qu'il a été infidèle en m'épousanl; j'ai été un entr'acte dans les galanteries de cette demoiselle; quel honneur pour moi ! C'est celte personne dont nous parlions hier. Vous n'en saviez rien, pauvre innocent! Vous étes-vous bien amusé au bal de rOpéra?
HENRI
Je n'y suis pas allé.
FRANGINE
Lucien y était cependant.
HENRI
Ce n'est pas une raison.
70 FRA.NCILLON.
FRAXCIXE.
Je croyais que vous vous suiviez partout, et il m'avait (lit qu'il y allait avec ses amis. Il montait une fois de plus, qu'importe! 11 n'y allait donc bien que pour elle. Vous avez eu tort de ne pas y aller; c'était charmant.
HENRI
Comment le savez-vous?
FRANGINE
J'y suis allée.
Lucien vous y a conduite?
FRANGINE
Pour qui le prenez-vous? J'y suis allée toute seule.
HENRI
Allons donc !
FRANGINE
Qu'est-ce qu'il y a d'élonnaut? M. le maire, quand il nous a mariés, quel beau jour! ne m'a-t-il pas dit : « La femme doit suivre son mari. s> Mon Mari sortant, je l'ai suivi. Il allait au bal de l'Opéra; je suis allée où il allait. Ce n'est pas ma faute, s'il est allé là. Du reste, j'étais absolument résolue à le suivre n'importe où il irait. Pas un de ceux qui se disent mes amis n'a pensé à essayer (\o faire comprendre à M. de PiiveroUes, que, quand on quitte une femme comme moi à une heure du matin, pour aller rejoindre une fille comme celle-là, on est un sot d'abord et un manant ensuite.